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Tensions sur le flanc est de l’Otan face aux incursions répétées de drones ukrainiens

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par Andrius Sytas, Johan Ahlander et Tom Balmforth

VILNIUS/STOCKHOLM/LONDRES, 27 mai (Reuters) – Plusieurs drones ukrainiens ont récemment pénétré dans l’espace aérien des pays baltes après une erreur de guidage présumée, semant la confusion au sein de l’Otan et exacerbant les tensions entre l’Alliance atlantique et la Russie.

Ces incursions dans les espaces aériens de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie sont imputées à la Russie, les pays baltes accusant Moscou de brouiller la trajectoire des drones ukrainiens visant les infrastructures russes.

L’Ukraine, qui cherche à porter des coups à l’économie de guerre du Kremlin après quatre années de guerre, a intensifié ces derniers mois ses attaques de drones contre ​la Russie, visant notamment les ports ‌russes de la Baltique qui traitent près de 40% des exportations nationales de pétrole et de gaz.

La Russie ​utilise de nombreux dispositifs pour perturber la navigation ⁠des drones et des missiles ennemis, à l’aide de défenses électroniques qui brouillent ou falsifient les signaux.

La Russie a laissé entendre que les ‌pays baltes agissaient de concert avec l’Ukraine pour permettre ‌à Kyiv d’utiliser leur espace aérien afin de mener des attaques contre des cibles russes. La Lituanie, la Lettonie, l’Estonie et l’Ukraine nient ces allégations.

Les pays baltes, membres de l’alliance militaire de l’Otan, sont de fervents partisans de Kyiv et accusent la Russie d’utiliser un langage provocateur pour les intimider et ainsi dissuader l’Ukraine de lancer de nouvelles attaques.

« (Les Russes) saisissent désormais désespérément la moindre ​occasion pour diviser la partie occidentale du monde et (…) pour mettre davantage de pression sur l’Ukraine afin qu’elle ne lance pas ces attaques », a déclaré le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, lors d’un entretien téléphonique.

« LE NIVEAU DE MENACE AUGMENTE »

La plupart des drones ukrainiens « égarés » dans les pays baltes n’ont causé aucun dommage, s’écrasant dans des champs ou sortant des espaces aériens rapidement.

Mais un sentiment de malaise au sein de l’Otan ne cesse de croître.

Un avion de combat de l’alliance a abattu un drone ukrainien présumé au-dessus de l’Estonie le 19 mai, une première dans la région des pays baltes depuis leur adhésion à l’Otan en 2004.

Le lendemain, lors d’une séance au Parlement, les députés ⁠lituaniens ont été contraints de se réfugier dans des abris souterrains alors qu’un drone s’approchait de Vilnius. Une alerte aérienne a également été déclenchée le jour suivant dans le nord de la Lituanie.

« Le niveau de menace ⁠augmente. Des drones survolent la région. Ils sont ukrainiens, mais certains sont chargés d’explosifs et peuvent atteindre des cibles civiles. Nous devons protéger la population », a expliqué à Reuters le ministre lituanien de la Défense, Robertas Kaunas.

Asta Skaisgiryte, conseillère en politique étrangère du président lituanien, a déclaré que les pays baltes traversaient actuellement une phase particulièrement intense en raison des progrès réalisés par l’Ukraine dans la guerre des drones, qui rendent ses attaques à longue portée plus efficaces.

Elle a ajouté qu’il était possible que la Russie redirige délibérément ces drones vers les États voisins.

Plusieurs drones ont pénétré dans l’espace aérien balte sans être détectés, mettant en évidence les ⁠lacunes des ‌défenses aériennes à la frontière est de l’Otan, avec la Russie et la Biélorussie.

La Première ministre lettone, Evika Silina, a été contrainte de démissionner après avoir limogé ⁠son ministre de la Défense, qu’elle tenait pour responsable de l’insuffisance des défenses aériennes.

UNE ENQUÊTE « SÉRIEUSE » EN COURS

Malgré un soutien sans équivoque à l’Ukraine, les ​responsables estoniens ont fait savoir à ​Kyiv que ces incursions n’étaient pas utiles et ont exigé de l’Ukraine un contrôle plus exigeant de ses engins sans pilotes.

Une source militaire ukrainienne a déclaré qu’une enquête « sérieuse » était en cours pour déterminer comment la ​Russie parvenait à dévier les drones ukrainiens vers l’espace aérien balte.

Une source militaire suédoise de haut rang a précisé que l’Ukraine faisait voler ses drones délibérément près de la frontière balte avec la Russie, l’utilisant comme une sorte de bouclier – Kyiv estimant que la Russie ne voudrait pas tirer ‌sur le territoire de l’Otan au risque d’une ​confrontation directe.

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a démenti ces allégations. Il a accusé la Russie de brouiller les drones pour les diriger délibérément vers les pays baltes et a déclaré que Kyiv choisissait des ​trajectoires de vol qui minimisaient toute menace pour ses alliés.

« Nous disposons de renseignements indiquant que la Russie agit délibérément de la sorte ; il ne s’agit pas simplement d’allégations abstraites de notre part », a plaidé Heorhii Tykhyi, porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères.

En réponse à l’intrusion de drones, la Lettonie va renforcer ses défenses anti-drones à ses frontières avec la Russie et la Biélorussie, a dit à Reuters Modris Kairiss, directeur du Centre de compétence en systèmes autonomes de l’armée lettone, mercredi.

« Nous prévoyons de déployer des équipes d’interception au cours des deux prochaines semaines », a-t-il déclaré lors d’un événement parallèle à la conférence Drone Summit en Lettonie. Il a aussi précisé que les équipes patrouillant le long des 400 km de frontière entre la ⁠Lettonie et la Russie seraient renforcées.

La Lituanie va de son côté acquérir plus de 900 véhicules blindés auprès du groupe finlandais de défense Patria, dont 300 d’ici 2030, a déclaré mercredi le président du pays Gitanas Nauseda.

Les ambassades de Russie à Vilnius et à Stockholm n’ont pas répondu aux demandes de commentaires concernant cet article.

(Reportage Andrius Sytas à Vilnius, ​Johan Ahlander à Stockholm, Dan Flynn à Kyiv et Tom Balmforth à Londres ; avec Lili Bayev à Bruxelles et Andrius ​Sytas; rédigé par Tom Balmforth ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)

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