Peu d’espoir de compromis sur le traité contre la pollution plastique
par Olivia Le Poidevin et Emma Farge
GENEVE (Reuters) – Les négociations sur un traité international de lutte contre la pollution plastique, qui entrent dans leur dernière journée ce jeudi à Genève, risquent d’échouer faute de compromis au lendemain du rejet massif d’un texte de synthèse jugé trop peu ambitieux par une majorité de pays et d’ONG.
Des Etats comme la France, le Panama, le Kenya ou le Royaume-Uni ont déploré que des articles consacrés à la lutte contre la pollution à toutes les étapes de vie des produits, de la production des polymères à la gestion des déchets, ainsi qu’à l’impact du plastique sur la santé, aient tout bonnement été supprimés de cette base de négociation.
Face à eux, les pays producteurs d’hydrocarbures comme les Etats-Unis ou l’Arabie saoudite s’opposent à toute mesure contraignante de réduction du volume de production de plastique vierge, dérivé du pétrole, du charbon et du gaz, préférant insister sur les questions de recyclage et de gestion des déchets.
« Il semble peu probable que tous les pays parviennent à surmonter leurs divergences », estime Zaynab Sadan, du Fonds mondial pour la nature (WWF) tout en relevant que les négociateurs n’ont « jamais été aussi loin » dans les discussions visant à conclure un accord.
Ces négociations de Genève, qui ont débuté le 4 août dernier et où sont réunis un millier de délégués dont les représentants de 184 pays, sont considérées comme celles de la dernière chance après trois ans de pourparlers et l’échec du précédent cycle de discussions fin 2024 à Busan, en Corée du Sud.
La Norvège, qui copréside la Coalition de haute ambition rassemblant des dizaines de pays favorables à un traité global et juridiquement contraignant, n’avait pas renoncé à un compromis à quelques heures de l’échéance.
« Nous sommes prêts à discuter de tous les articles (…) pour pouvoir créer un ensemble suffisamment bon pour tout le monde, » a déclaré le ministre norvégien du Climat et de l’Environnement, Andreas Bjelland Eriksen.
Le député colombien Juan Carlos Loazada, dont le pays lutte pour un texte ambitieux, a quant à lui dit préférer voir les négociations échouer plutôt que de déboucher sur un accord au rabais.
L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) estime que sans intervention, la production de plastique dans le monde devrait tripler d’ici 2060, entraînant des conséquences d’autant plus néfastes pour les océans, la santé publique ou le changement climatique.
(Reportage Olivia Le Poidevin et Emma Farge à Genève, avec Alexander Marrow à Londres ; Jean-Stéphane Brosse pour la version française ; édité par Augustin Turpin)
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