La Géorgie ouvre la cave à vin de Staline pour en estimer la valeur
par Lucy Papachristou
TBILISI, 29 mai (Reuters) – Dans la pénombre, des toiles d’araignée enchevêtrées pendent du plafond et une agréable odeur musquée imprègne l’air de ce dépôt d’une précieuse collection de vins, ayant appartenu au plus tristement célèbre des Géorgiens, Joseph Staline.
Le gouvernement géorgien, propriétaire des quelque 40.000 raretés françaises et géorgiennes, a ouvert cette semaine, pour la première fois, la cave à vin dans la capitale, Tbilissi.
Il prévoit de vendre aux enchères la collection, dont certaines pièces datent du début du XIXe siècle, et d’utiliser les fonds pour ouvrir une école d’œnologie en Géorgie.
Irakli Gilauri, propriétaire de Gilauri Wines et qui a collaboré avec le ministère géorgien de l’Agriculture sur ce projet, a déclaré que la vente aux enchères contribuerait à « placer la Géorgie sur la carte des collectionneurs ».
Ce pays du Caucase du Sud se présente comme le berceau du vin, avec des preuves archéologiques démontrant une tradition viticole continue depuis 8.000 ans.
Staline, né en Géorgie et dirigeant de l’Union soviétique de 1924 jusqu’à sa mort en 1953, était un amateur et un collectionneur de vin enthousiaste.
Sa collection comprend des vins provenant des plus prestigieux domaines bordelais, ayant appartenu au tsar Alexandre III et à son fils Nicolas II. Après la révolution russe de 1917, les Soviétiques se sont emparés de la collection impériale des Romanov, dont Staline est devenu le gardien, y ajoutant peu à peu ses variétés géorgiennes préférées.
En observant le liquide ambré à l’intérieur des bouteilles couvertes de poussière, le collectionneur Victor Chen, venu à Tbilissi de Dallas au Texas, est enchanté par ce qu’il voit.
« J’ai l’impression que vous êtes Indiana Jones qui ouvre une grotte : ça pourrait n’être rien, ça pourrait être quelque chose », a-t-il dit, faisant référence à l’archéologue intrépide et fictif de la franchise cinématographique.
« Il ne reste plus beaucoup de choses qui sont encore des moments historiques à ce niveau. Et celui-ci pourrait être l’une d’entre elles ».
(Reportage Lucy Papachristou; version française Rihab Latrache, édité par Augustin Turpin)
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