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En RDC, « la guerre est entretenue par ceux qui tirent profit du chaos », selon Levi Ngangura Manyanya

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Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu immédiat jeudi dernier, les violences se poursuivent en République démocratique du Congo (RDC). Le président de l’Eglise protestante de la province du Sud-Kivu lance un strident appel à la communauté internationale.
Docteur de la Faculté de théologie protestante de Genève, Levi Ngangura Manyanya est aujourd'hui président de l'Eglise du Christ de la République démocratique du Congo (RDC) pour la province du Sud-Kivu. Il est également professeur d'Ancien Testament à l'Université Libre des Pays des Grands-Lacs (ULPGL), à Goma. DR

Docteur de la Faculté de théologie protestante de Genève, Levi Ngangura Manyanya est aujourd’hui président de l’Eglise du Christ de la République démocratique du Congo (RDC) pour la province du Sud-Kivu. Il est également professeur d’Ancien Testament à l’Université Libre des Pays des Grands-Lacs (ULPGL), à Goma. DR

Docteur de la Faculté de théologie protestante de Genève, Levi Ngangura Manyanya est aujourd’hui président de l’Eglise du Christ de la République démocratique du Congo (RDC) pour la province du Sud-Kivu. A ce titre, il est, comme d’autres leaders d’opinion, particulièrement visés par le groupe de rebelles M23, en pleine offensive contre les forces gouvernementales de Kinshasa. Il prend aujourd’hui le risque de témoigner publiquement, alors que les exactions sur le terrain se poursuivent, et ce en dépit de l’engagement pris conjointement par les deux parties, le 23 avril, en faveur d’un cessez-le-feu immédiat. Interview.

Le 23 avril, les représentants de la RDC et ceux du M23 se sont engagées ensemble «en faveur d’une cessation immédiate des hostilités». Que vous inspire cette déclaration?

On doit encourager tous ceux qui s’inscrivent dans la dynamique de paix. Les efforts diplomatiques fournis en vue de faire taire la «langue des armes» sont à féliciter: la guerre n’a jamais été propre et celle de l’Est de la RDC a déjà fait des millions des victimes civiles et militaires. Mais jusqu’à aujourd’hui, sur le terrain au Nord et Sud-Kivu, on ne constate aucune ni trêve ni cessez-le-feu. La guerre se poursuit partout, sur tous les fronts jusqu’aujourd’hui.

En quoi le degré de violences est-il aujourd’hui inédit?

Les combats violents qui sévissent en RDC – entre d’un côté les rebelles du M23 et de l’autre les forces armées de la RDC et les Wazalendo (groupes d’autodéfense constitués de civils, ndlr.) – entraînent une explosion des violences: viols, pillages, enrôlement de force des jeunes et massacre des civils. On vit dans la terreur, les gens ne veulent pas s’exprimer au risque de leur vie. Actuellement, beaucoup d’armes sont circulation de manière incontrôlée et les prisons ont été vidées. Par ailleurs, la prise des villes de Goma et de Bukavu n’a pas arrêté la montée de la criminalité qui a accompagné la conquête de ces deux villes.

Quelle était la situation avant les attaques sur Goma en début d’année, notamment dans les petites villes et villages du Nord-Kivu?

Avant les attaques sur Goma et Bukavu, les gens se livraient à leurs activités de routine, l’agriculture et le commerce, pour vivre. Toutes ces activités sont actuellement en état d’arrêt; l’insécurité est aussi forte dans les villages que les villes.

Qui sont les cibles des rebelles dans cette guerre?

Lorsqu’une guerre se déclenche dans une contrée donnée, les victimes tombent de partout. Même les auteurs qui décident d’ouvrir le feu finissent, eux aussi, à compter des morts dans leur camp. C’est donc toute la population qui souffre dans la guerre du M23. Mais on a aussi constaté des assassinats ciblés de certains leaders d’opinion, même après la prise de la capitale: des artistes, des musiciens, des chefs de village ou de quartiers, des explosifs dans certaines paroisses, et d’autres leaders opposés à la rébellion sont morts dans des conditions que les rebelles n’ont pas encore explicitée.

En février, il était attendu que les Eglises catholique et protestantes du pays œuvrent en tant que médiateur. Qu’est-il ressorti de ces pourparlers?

Les Eglises protestantes et catholique cherchent une voie de sortie de paix et des solutions à court, moyen et long termes à la crise. C’est un travail immense qui est en cours et qui n’est qu’à ses débuts. C’est trop prématuré de parler aujourd’hui des fruits de ces initiatives tant attendues alors qu’il reste encore d’autres actions à mener.

Pensez-vous qu’une solution puisse effectivement être trouvée ou en doutez-vous? 

La solution à cette guerre est possible. J’en suis profondément convaincu: cette guerre a un début, elle aura aussi une fin. Dès lors que les acteurs sont connus et leurs motivations dévoilées, on peut chercher des solutions pacifiques, établir des relations conviviales et fixer des limites à la convoitise. Sur le plan éthique, ce qui intrigue tous ceux qui croient aux grandes valeurs reste ces questions de fonds: faut-il imposer une guerre à un Etat indépendant et souverain pour s’emparer de ses richesses? Peut-on aujourd’hui encourager ceux qui acceptent de «marcher sur le sang» de milliers des civils ou de bombarder des camps de déplacés (par exemple à Goma) pour ensuite faire tomber par des armes un pourvoir élu démocratiquement à Kinshasa?

« L’attitude de la communauté internationale révolte les Congolais »

Comment comprendre ce conflit, alors que la RDC a accueilli tant de déplacés rwandais lors du génocide?

Les relations tendues actuellement entre le Rwanda et la RDC sont tributaires des actions et choix politiques de leurs régimes politiques. Elles s’expliquent par la présence de l’armée rwandaise en RDC pour voler les minerais et appuyer les rebelles du M23 afin de renverser le pouvoir de Kinshasa.

Ce regain de violences en début d’année a été médiatisé, mais ce conflit perdure depuis bien plus longtemps. Comment comprenez-vous ce manque de visibilité? Parleriez-vous d’indifférence de la part de la communauté internationale?

La guerre à l’Est de la RDC est entretenue par ceux qui tirent profit, économiquement parlant, de ce chaos. C’est la pesanteur économique de cette guerre qui empêche la communauté internationale de prendre des positions fermes et justes. Tout le monde sait que cette guerre est marquée par des crimes majeurs, avec des millions des victimes civils et militaires, mais les grandes puissances occidentales n’osent pas condamner les agresseurs et ceux qui violent les droits des conflits armés. Et lorsqu’il y a des rencontres au niveau régional et international, on ne sent pas la prise d’engagement qui ouvre immédiatement la voie à une désescalade durable. L’attitude et la politique actuelles de la communauté internationale concernant la guerre à l’Est de la RDC révoltent les Congolais autant que la guerre elle-même.

Quel message souhaiteriez-vous faire particulièrement passer à travers cet entretien?

Mon message est un cri et un appel pathétique à une action positive. Il faut stopper ou faire stopper la guerre qui sévit à l’Est de la RDC. Elle doit s’arrêter maintenant, sans plus attendre. Les pertes sont déjà énormes, c’est déjà trop. L’Eglise du Christ au Congo, c’est-à-dire l’Eglise protestante de la RDC, a une action diaconale et éducative pour soigner physiquement et spirituellement les victimes. Elle est actuellement débordée par l’ampleur des victimes qui se compte en milliers. Elle sollicite l’aide internationale et un soutien spirituel pour continuer à œuvrer à une réconciliation nationale et sous-régionale.

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