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USA-Powell (Fed) dit être menacé de poursuites pénales par l’administration Trump

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par Howard Schneider et Ann Saphir

WASHINGTON, 12 janvier (Reuters) – Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, a déclaré dimanche que l’administration du président Donald Trump l’a menacé de poursuites pénales en lien avec l’une des auditions qu’il a effectuées l’été dernier devant le Congrès à propos des rénovations du siège de la banque centrale.

Régulièrement visé par des critiques de Donald Trump, qui lui reproche depuis son retour au pouvoir en janvier dernier de ne pas baisser suffisamment les taux d’intérêt, Jerome Powell a dénoncé un « prétexte » destiné à accentuer la pression sur la Fed pour qu’elle réponde aux demandes du président américain.

Il a fait savoir que la Réserve fédérale avait reçu ​vendredi des convocations du département de la Justice pour témoigner devant un grand jury, une étape préalable à de possibles inculpations et qui constitue une ‍escalade significative dans les tensions entre Donald Trump ⁠et Jerome Powell.

Réagissant au communiqué diffusé dimanche soir par le patron de la Fed, le sénateur républicain Thom Tillis, membre de la commission sénatoriale des Banques, a déclaré que la menace d’inculpation soulevait ⁠des questions sur l' »indépendance et la crédibilité » du département de la Justice.

Thom Tillis a ajouté sur le réseau social X qu’il s’opposerait à de quelconques candidats nominés par Donald Trump pour siéger à la Fed « tant que cette question juridique ne sera pas complètement réglée ». La commission sénatoriale des Banques a notamment pour mission d’examiner les candidatures proposées pour les postes à la Réserve fédérale, dont sa présidence.

Jerome Powell ​a été nommé à la tête de la Fed en 2018 par Donald Trump, lors du premier mandat présidentiel de ce dernier, avant d’être confirmé à son poste par Joe Biden. Son mandat actuel doit prendre fin en mai prochain.

« SERVIR LE PUBLIC, PAS SUIVRE LES PRÉFÉRENCES DU PRÉSIDENT »

« J’ai un profond respect pour la règle de droit et l’imputabilité dans notre démocratie », a dit Jerome Powell dans le communiqué. « Mais cette démarche sans précédent doit être regardée dans le contexte plus large des menaces et des pressions de l’administration » à propos des taux d’intérêt.

« Cette nouvelle menace ne concerne pas mon audition en juin dernier, ni les rénovations des bâtiments de la Réserve fédérale », a-t-il ajouté. « Ce sont des prétextes », a-t-il poursuivi, y ‌voyant la « conséquence » de la politique monétaire de la Fed. Celle-ci, a-t-il dit, est fixée pour « servir le public, pas pour suivre les préférences du président ».

Donald Trump a nié avoir connaissance des mesures prises par le département de la Justice. « Je ​ne sais rien du tout à propos de cela », a-t-il déclaré dimanche soir à la chaîne de télévision NBC News. « Mais (Powell) n’est pas très bon à la Fed, et il n’est pas très bon pour construire des bâtiments ».

Un porte-parole du département de la Justice a décliné une demande de commentaire, se contentant de déclarer que la ministre fédérale de la Justice avait demandé aux procureurs du pays d’enquêter en priorité sur toute malversation qui concernerait l’argent des contribuables.

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump presse la Fed de réduire nettement les taux d’intérêt, reprochant à la banque centrale de nuire à l’économie et évoquant à plusieurs reprises l’hypothèse de limoger Jerome Powell, bien ‌qu’un locataire ‌de la Maison blanche n’a pas autorité pour prendre une telle décision uniquement en raison d’un désaccord sur la politique monétaire.

Le président américain a également tenté en août ​de limoger une gouverneure de la Réserve fédérale, Lisa Cook, une mesure bloquée par une juge fédérale. L’affaire a été transmise à la Cour suprême américaine.

« LA PRÉSIDENCE DE TRUMP TOUCHE LE FOND »

L’indépendance des banques centrales, tout du moins pour fixer les taux d’intérêt afin de contrôler l’inflation, est considérée comme un pilier d’une politique économique solide, protégeant les responsables monétaires face à de quelconques considérations politiques à court-terme ​et leur permettant de se focaliser sur des objectifs à long-terme.

Aux yeux de Peter Conti-Brown, historien spécialiste de la Fed à l’université de Pennsylvanie, la présidence de Donald Trump « touche le fond » avec l’enquête ouverte contre Jerome Powell.

« Le Congrès n’a pas conçu la Fed pour qu’elle reflète les fluctuations quotidiennes du président, et comme la Fed a repoussé les ⁠efforts du président Trump (…), il jette tout le poids du droit pénal américain » contre le patron de la Fed, a-t-il dit.

La Maison blanche a multiplié depuis l’an dernier les critiques contre le projet de rénovation du siège ​de la Fed, situé à Washington, dont le coût est estimé à 2,5 milliards de dollars.

Certains analystes ont estimé à l’époque que l’administration Trump cherchait ainsi à faire pression pour obtenir de la Fed des taux d’intérêt plus bas – en vain, Jerome Powell détaillant même les raisonnements de la banque centrale sur le site internet de celle-ci et transmettant des lettres explicatives à des membres de l’administration.

En juin dernier, dans le cadre d’auditions annuelles devant le Congrès sur la politique monétaire, Jerome Powell a été interrogé sur les travaux de rénovation, qu’il a décrits comme nécessaires en raison d’infrastructures obsolètes.

Donald Trump a effectué le mois suivant une rare visite présidentielle au siège de la Fed, lors de laquelle Jerome Powell lui a servi de guide.

Jerome Powell, qui s’est globalement ⁠gardé de répondre aux multiples critiques et menaces de Donald Trump, a de nouveau promis dimanche de « continuer à faire le travail pour lequel le Sénat » l’a nommé.

Si son mandat de président de la Fed prend fin en mai, il est en droit de rester au conseil des gouverneurs jusqu’au 31 janvier 2028, ce qui, le cas échéant, empêcherait Donald Trump de ‌nommer un gouverneur à la place de Jerome Powell avant son ultime année à la Maison blanche.

(Howard Schneider et Ann Saphir, ⁠avec la contribution de Trevor Hunnicutt et Michael Derby; version française Jean Terzian)

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