Les tensions sur les marchés obligataires au menu de la réunion Finances du G7
par Leigh Thomas, David Lawder et Makiko Yamazaki
PARIS, 18 mai (Reuters) – Les ministres des Finances du G7, réunis lundi à Paris pour deux jours, ont fait part de leur inquiétude croissante face au niveau de la dette publique et à la volatilité des marchés obligataires, dans un contexte marqué par une vague de ventes liée aux craintes concernant les risques d’inflation découlant de la guerre au Moyen-Orient.
Ils devraient aborder les répercussions économiques du conflit et leur impact sur les marchés obligataires mondiaux, tout en cherchant un terrain d’entente pour lutter contre les déséquilibres économiques et coordonner les approvisionnements en minerais critiques, alors même que la montée des tensions commerciales met à l’épreuve la cohésion du groupe des sept pays industrialisés.
De Tokyo à New York en passant par la zone euro, le mouvement de vente sur les obligations souveraines se poursuit lundi, entraînant une hausse des rendements, alors que les investisseurs anticipent des relèvements des taux d’intérêt de la part des banques centrales afin de maîtriser l’inflation provoquée par la flambée des prix de l’énergie.
Interrogé sur la question de savoir si les marchés obligataires s’effondraient, le ministre français de l’Economie, Roland Lescure, a déclaré: « ils corrigent, je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils s’effondrent. »
« Ils corrigent parce qu’ils ont des préoccupations qu’on peut comprendre. L’inflation, le risque de dérapage du déficit public, l’instabilité politique dans certains pays », a-t-il ajouté alors qu’il arrivait à la réunion.
Cette dernière, à laquelle participent également des représentants des banques centrales des membres du G7, portera sur la manière dont les pays peuvent coordonner leur réponse à des chocs tels que l’inflation grâce à des mesures temporaires, ciblées et réversibles, a également dit Roland Lescure.
Le président de la Bundesbank allemande, Joachim Nagel, a déclaré que les responsables pouvaient faire beaucoup pour apaiser les marchés et leur donner un élan positif, tandis que Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a également fait part de ses inquiétudes concernant les difficultés sur le marché obligataire à son arrivée à la réunion.
« Je m’inquiète toujours, c’est mon travail », a-t-elle déclaré.
Interrogée également sur la hausse des rendements à long terme, la ministre japonaise des Finances, Satsuki Katayama, a déclaré avoir reçu pour instruction de la part de la Première ministre nippone, Sanae Takaichi, de « minimiser les différents risques », sans donner plus de détails.
Les tensions sur les marchés obligataires inquiètent particulièrement le Japon, une économie très dépendante des importations d’énergie en provenance du Moyen-Orient, et se sont clairement reflétées lundi dans les rendements des obligations d’État : celui de l’emprunt à 10 ans a grimpé à 2,8%, son plus haut niveau depuis octobre 1996, tandis que celui de l’obligation à 30 ans a atteint un record historique.
DIVISIONS
La réunion des ministres de Finances du G7 intervient quelques jours après la visite de Donald Trump en Chine et son sommet avec Xi Jinping, qui n’a guère produit de résultats concrets sur le plan économique.
Selon Roland Lescure, qui anime les discussions à Paris, le Groupe des Sept (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada et l’Union européenne) offre l’occasion d’un dialogue franc entre alliés à un moment de désaccords croissants avec Washington, à un mois du sommet des dirigeants du G7 à Evian, du 15 au 17 juin.
« Les discussions ne sont pas faciles. Je ne vais pas vous dire qu’on est d’accord sur tout, y compris évidemment en premier lieu avec nos amis américains », a-t-il dit à des journalistes en amont de la réunion.
Les ministres des Finances espèrent obtenir des Etats-Unis une mise à jour sur l’état des relations sino-américaines. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent devrait quant à lui presser les alliés de Washington de s’impliquer davantage dans les efforts visant à rouvrir le détroit d’Ormuz au trafic maritime.
Une deuxième priorité concernera l’accès aux minerais critiques et aux terres rares, alors que les gouvernements du G7 s’efforcent de coopérer pour réduire leur dépendance à la Chine, qui domine ces chaînes d’approvisionnement vitales pour des technologies utilisées dans les véhicules électriques, les énergies renouvelables ou les systèmes de défense.
Roland Lescure a déclaré que le G7 plaiderait en faveur d’une coordination renforcée pour surveiller les marchés, anticiper les perturbations et développer des sources d’approvisionnement alternatives, notamment par le biais de projets conjoints entre économies alliées.
« Il faut qu’on s’assure qu’on soit capable d’organiser le marché de manière à ce que plus aucun pays ne puisse jamais avoir le monopole de ces terres rares », a-t-il souligné.
Par ailleurs, une source proche du dossier a déclaré que la Syrie participerait lundi à une réunion à huis clos avec les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du G7, ce qui témoigne de sa présence croissante sur la scène internationale moins de deux ans après la chute de Bachar al-Assad.
Le ministre syrien des Finances, Yisr Barnieh, devrait assister à la réunion, a précisé cette source, ajoutant que les discussions porteraient sur la reprise durable de la Syrie et sa réintégration dans le système financier mondial.
(Rédigé par Leigh Thomas, avec la contribution de David Lawder, Alistair Smout et Makiko Yamazaki, Jean-Stéphane Brosse et Diana Mandiá pour la version française, édité par Blandine Hénault)
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