L’UE prête à soutenir financièrement l’Ukraine jusqu’en 2027, les avoirs russes en débat
par Lili Bayer, Andrew Gray et Bart H. Meijer
BRUXELLES (Reuters) – L’Union européenne va s’engager jeudi à fournir à l’Ukraine l’argent dont elle a besoin pour les deux prochaines années dans sa guerre contre la Russie, a déclaré le président du Conseil européen Antonio Costa lors d’un sommet européen consacré notamment à un projet de « prêt de réparation » financé par les avoirs russes gelés en Europe.
Les Vingt-Sept, déterminés à afficher leur soutien sans faille à l’Ukraine, dont le président Volodimir Zelensky a fait le déplacement à Bruxelles, ont également adopté un 19e paquet de sanctions contre la Russie.
Afin d’avancer sur le projet de prêt de 140 milliards d’euros, les dirigeants européens vont devoir répondre aux préoccupations exprimées par la Belgique à propos des risques juridiques et financiers d’un tel montage. C’est en Belgique qu’est basée Euroclear, structure financière de dépôts de titres, où sont placés la majorité de ces avoirs russes.
A son arrivée à la réunion, le Premier ministre belge Bart De Wever a posé ses conditions à l’utilisation de ces actifs gelés, réclamant que les risques juridiques et financiers soient partagés par tous les Etats membres et que les avoirs saisis dans d’autres pays soient inclus dans l’initiative.
« Si ces conditions sont réunies, nous pourrons aller de l’avant », a-t-il déclaré, ajoutant que dans le cas contraire, il ferait tout ce qui est son pouvoir, au niveau tant national qu’européen, pour bloquer ce dispositif.
Mais Antonio Costa s’est voulu rassurant, déclarant que l’UE s’engagerait à répondre aux besoins financiers de l’Ukraine lors des deux prochaines années et renvoyant à plus tard les discussions techniques.
« Nous prendrons la décision politique d’assurer les besoins financiers de l’Ukraine pour 2026 et 2027, y compris l’acquisition d’équipement militaire », a déclaré le président du Conseil européen.
UN « PAS TRÈS IMPORTANT »
Les dirigeants des Vingt-Sept devraient également réaffirmer leur soutien à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, après plusieurs jours de remue-ménage diplomatique depuis l’annonce d’une rencontre à Budapest entre le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine, ravivant chez les alliés de l’Ukraine la crainte que Washington scelle avec Moscou un accord défavorable à Kyiv.
Mais Donald Trump a annoncé mercredi l’annulation de cette rencontre et dévoilé dans la foulée des sanctions contre les groupes pétroliers russes Loukoil et Rosneft.
A son arrivée à Bruxelles, Volodimir Zelensky a salué « un pas très important » dans l’optique d’obtenir un cessez-le-feu.
Les Vingt-Sept restent divisés sur l’utilisation du « prêt de réparation » qui serait accordé à Kyiv.
Certains pays de l’UE veulent que l’ensemble des fonds soient destinés à l’armée ukrainienne, principalement pour se procurer des armes européennes.
D’autres pensent que l’Ukraine devrait être autorisée à utiliser en partie cet argent pour acheter des armes américaines et pour subvenir à ses besoins budgétaires plus larges.
Une haute représentante ukrainienne a déclaré mercredi à Reuters que Kyiv avait besoin de cette aide financière d’ici la fin de l’année et de disposer d’autonomie pour l’utiliser.
Dans un document envoyé aux pays membres de l’UE que Reuters a pu consulter la semaine dernière, la Commission européenne a suggéré un compromis dans le cadre duquel une grande partie du prêt serait allouée à l’achat d’armes ukrainiennes et européennes, tandis qu’une part plus infime pourrait être utilisée comme soutien budgétaire plus général – sans interdire à Kyiv de s’en servir pour se procurer des armes hors d’Europe.
Il est attendu, comme prochaine étape, que les dirigeants européens demandent à la Commission de formuler une proposition juridique formelle.
Moscou a dénoncé le projet comme une saisie illégale d’actifs russes et prévenu de représailles.
(Lili Bayer et Andrew Gray, avec Julia Payne, Jan Strupczewski, Philip Blenkinsop, Charlotte Van Campenhout et Inti Landauro; version française Jean Terzian et Jean-Stéphane Brosse, édité par Blandine Hénault et Kate Entringer)
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