L’Iran envisage de vendre du pétrole au Japon à la faveur de la dérogation prévue par l’accord avec les USA
par Jonathan Saul et Parisa Hafezi
LONDRES/DUBAÏ, 3 juillet (Reuters) – L’Iran envisagerait d’exporter du pétrole vers le Japon – et a entamé des négociations en ce sens avec des compagnies nippones – à la faveur d’une dérogation aux sanctions internationales prévue par le protocole d’accord avec les Etats-Unis du 22 juin au 21 août, a-t-on appris auprès de trois sources iraniennes et occidentales.
Trois acheteurs japonais seraient disposés à importer du brut iranien, pour la première fois depuis 2019, selon deux sources iraniennes qui ont souhaité rester anonymes en raison de la sensibilité du sujet.
Des responsables japonais et iraniens ont entamé des discussions préliminaires concernant d’éventuelles ventes de pétrole, confirme une source industrielle occidentale.
Un responsable du ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (METI), qui supervise les infrastructures d’approvisionnement en carburant, a déclaré ne pas avoir connaissance de telles tractations.
Le ministère japonais des Affaires étrangères et le Trésor américain n’ont pas répondu dans l’immédiat aux demandes de commentaires de Reuters.
Le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et l’Europe ont cessé d’acheter du pétrole iranien lorsque les sanctions américaines se sont durcies à la suite du retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, décision prise par le président américain Donald Trump en 2018.
La Chine est le principal client de l’Iran depuis quelques années.
RISQUES LIÉS AU DÉTROIT D’ORMUZ
Tout achat japonais relèverait de la responsabilité des entreprises privées, a dit à Reuters en juin un autre responsable du METI, tout en précisant qu’il n’était pas certain que de telles transactions puissent aboutir, compte tenu des délais de transport et des contrats existants.
La sécurité des pétroliers devrait également être garantie, a ajouté ce responsable.
Un haut responsable iranien a déclaré que tout accord nécessiterait que les États-Unis prolongent la dérogation actuelle, compte tenu du temps de transport entre le Japon et l’Iran.
Il a précisé que les cargaisons seraient chargées sur l’île iranienne de Kharg et convoyées par des pétroliers exploités par des compagnies japonaises.
Un haut responsable du ministère iranien du Pétrole a rapporté à Reuters que la compagnie pétrolière nationale iranienne (NIOC) avait contacté ses clients traditionnels, dont le Japon, pour leur faire savoir que si un accord de paix était conclu et que les sanctions étaient levées, l’Iran souhaiterait qu’ils reprennent leurs achats.
Le ministère iranien du Pétrole n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Le transit des navires par le détroit d’Ormuz est loin d’être sûr et on ignore encore comment il sera géré une fois qu’un accord de paix durable entre Téhéran et Washington aura été conclu.
Un porte-conteneurs a été attaqué la semaine dernière dans le détroit d’Ormuz par les forces iraniennes, et les Gardiens de la révolution, l’unité d’élite iranienne, ont déclaré que tout passage par le détroit devait recevoir leur autorisation préalable.
L’agence maritime des Nations unies estime qu’il y a 80 mines flottantes autour de la partie centrale de la voie navigable.
Obtenir une garantie sur les conditions de sécurité constituerait le principal défi, estime un haut responsable d’une grande raffinerie japonaise.
Selon des sources commerciales et des analystes, l’actuelle dérogation a peu de chances d’attirer des commandes de la part des raffineurs asiatiques, dont les stocks sont bien approvisionnés, ce qui laisserait les raffineries chinoises comme principaux acheteurs.
(Rédigé par Jonathan Saul, Parisa Hafezi, Yuka Obayashi, Timothy Gardner et Tim Kelly; Version française Matthieu Huchet, édité par Sophie Louet)
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