Les taliban interdisent la culture du pavot en Afghanistan
KABOUL/PESHAWAR (Reuters) – Les taliban ont annoncé dimanche l’interdiction de la culture des plantes narcotiques, dont celle du pavot, en Afghanistan, premier producteur mondial d’opium.
« Par décision du dirigeant suprême de l’Emirat islamique d’Afghanistan, tous les Afghans sont informés qu’à partir d’aujourd’hui, la culture du pavot est strictement interdite dans le pays », indique un décret signé par le guide suprême du mouvement islamiste, Haibatullah Akhundzada.
« Si quelqu’un ne respecte pas ce décret, la plantation sera immédiatement détruite et l’auteur de l’infraction sera traité conformément à la charia (loi islamique) », ajoute le texte présenté par le ministre de l’Intérieur, Sirajuddin Haqqani, pendant une conférence de presse à Kaboul.
La transformation, l’usage et le transport de drogues sont également interdits, précisé le décret.
Voulant gagner une légitimité internationale, les taliban avaient déjà interdit la culture du pavot en 2000, mais selon les experts, ils étaient rapidement revenus sur cette décision en raison du mécontentement qu’elle avait suscité dans les campagnes, avant d’être chassés du pouvoir par l’invasion américaine après les attentats du 11 septembre 2001.
La communauté internationale, qui s’était depuis accommodée de la culture du pavot en Afghanistan, a posé son interdiction comme condition de la reconnaissance du gouvernement taliban, préalable à la levée des sanctions qui paralysent le système bancaire et l’économie du pays.
La production d’opium afghan – dont la valeur a culminé à 1,4 milliard de dollars en 2017, selon les Nations unies – a fortement augmenté ces derniers mois, selon des paysans et des taliban interrogés par Reuters.
De nombreux habitants des provinces du sud-est du pays se sont tournés vers cette culture plus rémunératrice que celle du blé, par exemple, en raison de la crise économique dans laquelle le pays s’est enfoncé, et des sources proches des taliban ont confié à Reuters qu’ils s’attendaient à ce que son interdiction suscite de fortes résistances.
(Bureau de Kaboul, avec Jibran Ahmad à Peshawar ; version française Tangi Salaün)
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