Le centre-gauche, grand absent de l’élection présidentielle
Dans les anciens bassins miniers du nord de la France où la culture ouvrière est encore vivace, les promesses du communiste Fabien Roussel d’augmenter le salaire minimum, d’abaisser l’âge de la retraite et de taxer les grandes entreprises trouvent un écho que le centre-gauche semble avoir perdu.
Premier candidat communiste à se lancer dans la course à l’Elysée depuis 15 ans – le PCF s’est effacé au profit de Jean-Luc Mélenchon en 2012 et 2017 – l’enfant de Béthunes (Pas-de-Calais) veut faire renaître un espoir à gauche et face à l’extrême droite, bien ancrée dans la région, autour d’une campagne sur le thème des « Jours heureux », en référence au Conseil national de la Résistance.
Il est crédité d’au moins 4% dans les sondages d’intentions de vote, devant la candidate socialiste Anne Hidalgo, elle-même issue d’une famille politique en recul en Europe à quelques exceptions comme le Portugal et l’Allemagne.
« Le problème de la gauche n’est pas qu’il y ait plusieurs candidatures, ça a toujours été le cas, mais elle est faible quand elle additionne ces candidatures », a dit Fabien Roussel à Reuters avant de prendre la parole à Valenciennes devant quelque 1.800 sympathisants qui ont entonné la Marseillaise et l’Internationale en guise de final.
« Je veux m’adresser à ceux qui ne croient plus en la politique, à ceux qui doutent, à ceux qui ont quitté la gauche tellement cette gauche-là, quand elle a été au pouvoir, a déçu et trahi », a-t-il ajouté en référence au président socialiste François Hollande, à qui Emmanuel Macron a succédé en 2017 sur un programme « ni de droite ni de gauche ».
A trois semaines du premier tour, le 10 avril, c’est le chef de file de l’Union populaire Jean-Luc Mélenchon qui est en tête des candidatures de gauche dans les sondages et prétend au duel final face à un président sortant donné pour l’heure favori.
Le député La France insoumise au positionnement radical, qui propose la retraite à 60 ans et un smic à 1.400 euros, a fait une démonstration de force dimanche avec une « Marche pour la VIe République » au coeur de Paris.
UN PARTI SOCIALISTE EN VOIE DE DISPARITION ?
L’élection présidentielle de ce printemps en France survient au terme d’une décennie qui a vu une partie de l’Europe basculer à droite, les électeurs de la classe ouvrière et soucieux de justice sociale ayant déserté le centre-gauche après la crise financière mondiale de 2008.
En 2012 en France, le Parti Socialiste avait toutes les cartes en main : l’Elysée, le Parlement, la plupart des grandes villes et la quasi-totalité des régions. Aujourd’hui, Anne Hidalgo peine à atteindre 2% des intentions de vote.
« Le Parti socialiste a connu son sommet et il est maintenant quasiment en voie de disparition », dit Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles.
Nombre d’électeurs de gauche ont été déçus par le virage social-démocrate pris par François Hollande, à l’image d’Isabelle Perello, rencontrée dans le rassemblement parisien pro-Mélenchon.
« Il n’y a pas eu beaucoup de changement en ce qui concerne le pouvoir d’achat, le partage des richesses », dit celle qui a voté par le passé pour François Mitterrand et François Hollande.
Donnée loin derrière Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel et l’écologiste Yannick Jadot, Anne Hidalgo veut malgré tout croire au renouveau de son camp à l’image de ce qui s’est passé en Norvège, en Suède, au Danemark, en Allemagne et, plus récemment, au Portugal.
Son programme propose une hausse de 15% du salaire minimum, le retour de l’impôt sur la fortune supprimé par Emmanuel Macron et une hausse des droits de succession pour les plus riches.
« Il est vrai que la crise financière de 2008, notamment, a beaucoup fait douter sur la réponse sociale-démocrate et sur l’État-providence », a dit Anne Hidalgo à Reuters à son siège de campagne. « Mon programme est profondément lié à la lutte contre les injustices et les inégalités sociales, en s’appuyant sur la transition écologique. »
Si la maire de Paris n’atteint pas 5% des voix, ses frais de campagne ne seront pas remboursés, fragilisant les finances d’un PS qui a déjà dû se séparer de son siège parisien historique de la rue de Solférino. Le nombre de membres du PS est passé de 232.500 en 2008 à 22.000 en 2021.
Les élections législatives de juin seront un moment de vérité pour les socialistes, qui ont sauvé les meubles aux municipales et aux régionales de 2020 et 2021. Le lendemain des élections de cette année « sera un jour de reconstruction, de renaissance pour cette gauche qui renaîtra parce qu’elle est là », veut croire Anne Hidalgo.
Pour Pascal Delwit, le Parti socialiste a perdu du terrain en oubliant les questions socio-économiques au profit de sujets sociétaux comme le mariage homosexuel et l’égalité femmes-hommes. « Quand vous abandonnez la question sociale, vous perdez votre base électorale traditionnelle », prévient-il.
(Reportage Elizabeth Pineau, Richard Lough et Yiming Woo)
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