Israël pilonne le nord de Gaza, 93 morts dans un immeuble
LE CAIRE (Reuters) – Israël a continué mardi de pilonner le nord de la bande de Gaza, frappant un immeuble de quatre étages où au moins 93 Palestiniens ont été tués ou sont portés disparus, dont des femmes et des enfants, dans le cadre d’une intensification de son offensive aérienne et terrestre dans la zone.
Des voisins de la famille Abou Nasser, propriétaire du bâtiment, ont accouru pour tenter de venir en aide à d’éventuels rescapés, trouvant sur place des restes de corps éparpillés au sol et contre les murs.
Parmi les victimes, a rapporté le ministère gazaoui de la Santé, figurent des membres de la famille Abou Nasser de même que des personnes déplacées par les combats à Gaza, qui s’étaient entassées dans chaque recoin disponible de l’immeuble.
Alors que la communauté internationale est surtout focalisée sur la campagne militaire menée par Israël contre le Hezbollah au Liban depuis près de six semaines, Tsahal a intensifié ses opérations dans le nord de la bande de Gaza, avec des bombardements incessants depuis plus de trois semaines.
Les civils sont les principales victimes de ces frappes.
« Il y a des dizaines de martyrs, des dizaines de personnes déplacées vivaient dans cet immeuble. L’immeuble a été bombardé sans avertissement », a déclaré Ismaïl Ouaïda, un témoin venu aider à récupérer les cadavres ensevelis sous les décombres, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.
Selon le ministère gazaoui de la Santé, au moins 20 enfants font parmi des victimes de cette frappe survenue à Beit Lahiya, une ville ravagée par les bombardements d’Israël.
Plus tôt dans la journée, le ministère avait fait état d’un bilan de 60 morts et de dizaines de blessés.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a exprimé sa « consternation » après cette attaque, l’une des plus meurtrières en près de trois mois dans la bande de Gaza. Il a appelé à une enquête rapide et transparente sur l’incident.
Aucun commentaire n’a été effectué dans l’immédiat par l’armée israélienne.
« UN ENFER »
Tsahal répète que ses opérations sont destinées à empêcher un quelconque renouveau du Hamas dans la zone, déclarant que des centaines de combattants ont été tués et les infrastructures du groupe démantelées.
La nouvelle vague d’attaques aériennes et terrestres menées par Israël contre Jabalia, ville qui abrite le plus grand camp de réfugiés de la bande de Gaza, et les villes voisines de Beit Lahiya et Beit Hanoun a tué environ 900 personnes, selon les services de secours palestiniens.
Dans la zone, les habitants rejettent la justification avancée par Israël.
« Il n’y a pas de combats ici, il y a seulement des bombes israéliennes infernales lâchées sur nos têtes depuis le ciel », a déclaré Adel, 60 ans, qui habite à Beit Lahiya. « Ils s’en prennent aux enfants, aux femmes (…) Les gens qui sont bombardés meurent avant que les services médicaux n’arrivent, et ceux qui arrivent à l’hôpital meurent parce qu’il n’y a pas de médicaments », a-t-il ajouté, sans donner son identité complète.
Selon le ministère gazaoui de la Santé, plus de 43.000 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza depuis le début du siège total mené par Israël en réponse à l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, lors de laquelle 1.200 personnes ont été tuées et 250 autres enlevées, d’après les autorités israéliennes.
Le nord de la bande de Gaza est « un enfer », a déclaré à Reuters un porte-parole pour Gaza de l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (UNRWA). « Tueries, destruction, décombres, cimetières de fortune, famine », a énuméré Adnan Abou Hasna.
La décision d’Israël d’interdire lundi les activités de l’UNRWA, citant le rôle d’employés locaux de l’agence dans les attaques du 7-Octobre, a exacerbé chez les alliés occidentaux de l’Etat hébreu les craintes d’une aggravation de la crise humanitaire dans l’enclave.
Prévenant d’un désastre à venir du fait de restrictions importantes sur les flux d’aide, le Programme alimentaire mondial (PAM) a appelé mardi à des mesures immédiates pour empêcher la famine dans la bande de Gaza.
(Nidal Al-Mughrabi au Caire, avec la contribution d’Ali Sawafta, Yazan Kalach Kalach au Caire, Emma Farge à Genève, Michelle Nichols aux Nations unies; version française Jean Terzian, édité par Tangi Salaün)
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