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Le corps de l’ayatollah Khamenei exposé à Téhéran au premier jour d’une semaine de deuil

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par Parisa Hafezi et Jana Choukeir

DUBAÏ, 3 juillet – La dépouille de l’ayatollah Ali Khamenei était exposée vendredi dans une vaste salle à Téhéran pour permettre aux dignitaires religieux, à des responsables étrangers et aux Iraniens ordinaires de rendre un dernier hommage à celui qui fut leur guide suprême pendant 37 ans.

Le pouvoir iranien va organiser pendant une semaine de grands cortèges funéraires en mémoire d’Ali Khamenei — tué au premier jour de l’offensive américano-israélienne en février —, afin de démontrer son attachement à la République islamique et à la flamme révolutionnaire.

Après Téhéran, la dépouille du successeur de l’ayatollah Khomeini sera exposée tour à tour à Qom, Najaf et Kerbala, ​les grands centres spirituels chiites d’Iran ‌et d’Irak, avant d’être inhumée jeudi à Mashhad, où se trouve le sanctuaire le plus sacré du pays.

Le ​cercueil d’Ali Khamenei a été présenté jeudi soir ⁠à une foule en larmes, avant d’être exposé aux côtés des dépouilles des membres de sa famille tués en même temps que lui ‌dans une grande salle de prière construite en l’honneur ‌de l’ayatollah Khomeini, transformée en chapelle ardente.

Ces funérailles interviennent à un moment critique pour l’Iran, dont les dirigeants sont au sommet de la gloire après avoir permis au régime de survivre à ce qui apparaissait comme une guerre existentielle contre Israël et les États-Unis.

Mais près de cinq décennies après la révolution de 1979, et malgré toutes les proclamations officielles d’unité nationale à l’approche des funérailles ​d’Ali Khamenei, l’Iran n’a jamais été aussi divisé.

Le soutien aux dirigeants théocratiques du pays est très fragile, soulignent les experts, qui pointent la montée en puissance de l’appareil militaro-sécuritaire incarné par les Gardiens de la révolution, et le nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei, n’a pas été vu en public depuis qu’il a été blessé lors de l’attaque qui a coûté la vie à son père.

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Des années de sanctions internationales ont mis l’économie à genoux, tandis que le régime ne parvient plus à endiguer les vagues de manifestations populaires, de plus en plus fréquentes à l’échelle nationale, qu’au prix d’une répression de plus en plus sanglante, comme il l’a fait en janvier.

Le pouvoir ⁠s’est employé à masquer ces divisions profondes en organisant ces funérailles spectaculaires, dont il espère qu’elles attireront des millions de personnes.

Les rues de Téhéran sont étroitement contrôlées, avec des véhicules militaires alignés le long des axes ⁠principaux, tandis que des policiers et des bassidjis, les membres de la redoutée force paramilitaire du régime, vêtus de chemises noires, patrouillent à moto. L’Iran a mis en garde les États-Unis et Israël contre toute attaque pendant les funérailles.

Vendredi matin, les cercueils ont été portés à bout de bras par la foule jusqu’à une estrade blanche installée dans la salle de prière, flanquée de drapeaux iraniens et de drapeaux de deuil noirs.

Un turban noir, porté par les religieux se réclamant de la lignée du prophète Mahomet, reposait sur le cercueil d’Ali Khamenei, posé sur un keffieh, symbole en Iran des idéaux révolutionnaires et de la solidarité avec les ⁠Palestiniens.

Des délégations ‌venues notamment du Liban – dont les familles de deux figures historiques du Hezbollah assassinées par Israël, Hassan Nasrallah et Imad Moughniyeh -, d’Irak et du Yémen se sont ⁠succédé dans la salle pour se recueillir devant les cercueils.

La Russie et la Chine devaient envoyer des représentants à Téhéran, où le président irakien ​Abdoul Latif Rachid, le Premier ministre ​arménien Nikol Pashinyan et le ministre pakistanais de l’Intérieur, Syed Mohsin Naqvi, sont arrivés pour assister aux cérémonies.

TRADITION CHIITE DE MARTYRE

Dans le système théocratique iranien, Ali Khamenei n’était pas seulement le chef de l’État et ​le guide d’un mouvement révolutionnaire, mais aussi le représentant sur terre du 12e imam de l’islam chiite, disparu au IXe siècle.

Sa mort brutale a réactivé une puissante tradition chiite de martyre et de deuil, marquée notamment par des processions dont les participants se flagellent la poitrine ou le dos ‌pour manifester leur douleur.

« Si Dieu le veut, ce ​n’est qu’en vengeant son sang, en réclamant justice pour lui et en veillant à ce que le meurtre de notre guide ne reste pas impuni que la douleur du peuple pourra un peu s’apaiser », a ​déclaré Mobina Razaaghi, une étudiante de 18 ans originaire d’Ispahan, venue assister aux cérémonies avec ses camarades de classe.

Alors que le cercueil d’Ali Khamenei était exposé, la foule scandait « Ô Hossein » en référence du troisième imam, dont le meurtre par un souverain musulman sunnite à Kerbala, en Irak, est un moteur de la rhétorique révolutionnaire iranienne.

Dans l’islam, les funérailles doivent avoir lieu dans la journée qui suit le décès, mais en raison des risques liés à l’organisation de cérémonies de grande ampleur en temps de guerre, celles d’Ali Khamenei et des membres de sa famille – sa fille, son gendre, sa petite-fille et l’épouse de son fils Mojtaba – ont été retardées.

Tout a été organisé pour permettre aux Iraniens d’assister aux différentes cérémonies. Les autorités prévoient un ⁠grand cortège funéraire lundi dans le centre de Téhéran, avant que le corps de l’ancien Guide suprême ne soit transporté le lendemain à Qom, principale ville sainte chiite du pays.

Des cérémonies se tiendront mercredi dans les villes saintes irakiennes de Najaf et de Kerbala, en présence de dirigeants des mouvements chiites pro-iraniens du Moyen-Orient, avant que la dépouille d’Ali ​Khamenei ne soit inhumée jeudi à Mashhad, près du mausolée de l’imam Reza, qui fait l’objet d’une grande dévotion en ​Iran.

(Rédigé par Parisa Hafezi et Angus McDowall ; version française Tangi Salaün, édité par)

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