L’Ukraine dit que son armée progresse autour de Kharkiv
par Jonathan Landay
KHARKIV, Ukraine (Reuters) – Les autorités ukrainiennes ont revendiqué mercredi la reconquête de quatre villes près de Kharkiv, où la contre-offensive lancée par les troupes de Kyiv contre l’armée russe pourrait préfigurer d’un changement de rapport de force dans l’est du pays.
Depuis qu’elle a renoncé à prendre la capitale ukrainienne fin mars, la Russie s’est reconcentrée sur la conquête du Donbass, dans l’est du pays.
Elle utilise la ville d’Izioum, près de Kharkiv, comme base arrière de son offensive venant du Nord, la ligne de front située plus à l’Est, le long des territoires des républiques séparatistes autoproclamées de Louhansk et Donestk, étant puissamment fortifiée depuis le conflit de 2014.
Sans chercher à prendre Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine avec 1,5 million d’habitants avant la guerre, en grande majorité russophones, l’armée russe l’a bombardée pendant des semaines avec des missiles, des roquettes et de l’artillerie.
Mais la contre-offensive lancée depuis plusieurs jours par l’armée ukrainienne a permis de desserrer l’étau sur la ville, a déclaré une porte-parole des forces de Kyiv dans la région, en revendiquant mardi la reconquête de quatre villes situées entre Kharkiv et la frontière russe, plus au Nord.
L’armée russe s’emploie désormais à essayer d’empêcher les forces ukrainiennes de les repousser jusqu’à la frontière et de reprendre totalement le contrôle de la ville de Roubijné, a ajouté mercredi l’état-major ukrainien.
Du côté russe de la frontière, le gouverneur de la région de Belgorod a annoncé sur son compte Telegram le passage en état d’alerte « jaune », le deuxième plus élevé, au moins jusqu’au 25 mai. L’Ukraine a lancé plusieurs attaques contre des centres logistiques de la région, notamment des dépôts de pétrole de l’armée russe.
La poursuite de la contre-offensive ukrainienne pourrait menacer les lignes d’approvisionnement de l’armée russe et compromettre sa propre offensive dans la région d’Izioum, allégeant la pression sur le Donbass.
Tout en se félicitant de la progression de ses troupes autour de Kharkiv, le président Volodimir Zelensky a cependant invité ses compatriotes à ne pas nourrir d’espoirs démesurés de changement radical sur le terrain.
« Nous ne devons pas créer une atmosphère de pression morale excessive, où on attendrait des victoires chaque semaine voire chaque jour », a-t-il prévenu dans une vidéo.
L’UKRAINE FERME UN GAZODUC
Dans les villages qu’elle a reconquis, comme Staryi Saltiv et Vilkhivka, l’armée ukrainienne collecte les corps des soldats russes qui ont été tués au combat, ont constaté des journalistes de Reuters.
Plus à l’Ouest, le long de la frontière entre Kharkiv et Kyiv, l’armée russe a bombardé les régions de Soumy et Tchernihiv, ont dit les garde-frontières ukrainiens.
Les combats se poursuivent aussi au Sud, autour de Mykolaïv, verrou sur la route du port stratégique d’Odessa. L’armée ukrainienne dit avoir attaqué neuf cibles russes et tué 79 soldats dans ce secteur.
À Marioupol, les forces russes et séparatistes continuent à bombarder les soldats ukrainiens dans l’usine Azovstal et poursuivent leur assaut pour en prendre le contrôle, selon l’état-major de l’armée ukrainienne.
Reuters n’a pas pu vérifier de manière indépendante les informations sur les combats et leurs bilans.
Au large de la côte ukrainienne, l’île des Serpents est devenue stratégique depuis la destruction du croiseur russe Moskva, qui a contraint le reste de la flotte russe de la mer Noire à se replier vers la Crimée.
La Russie, qui a perdu plusieurs navires de patrouille et de débarquement dans le secteur, détruits notamment par des drones, et dont les troupes sur l’île ont été bombardées par la chasse ukrainienne, continue d’essayer de renforcer ses positions.
Si elle y parvient, elle pourrait contrôler la navigation dans tout le nord-ouest de la mer Noire, sécuriser davantage ses approvisionnements et empêcher ceux de l’Ukraine, a prévenu le ministère britannique de la Défense.
L’Ukraine a de son côté coupé le flot de gaz naturel russe à destination de l’Europe qui emprunte un des gazoducs traversant son territoire, en disant vouloir rediriger le gaz du centre de transit de Sokhranivka, occupé par l’armée russe dans la région de Louhansk, vers un centre sous contrôle ukrainien, ce que Gazprom a d’ores et déjà jugé techniquement impossible.
Cette décision dont il n’est pas encore possible de mesurer les conséquences à moyen terme, pourrait marquer une inflexion majeure au moment où l’Union européenne ne parvient toujours pas à s’entendre sur un embargo sur le pétrole russe, qui se heurte aux objections de la Hongrie.
Mercredi, le flot de gaz russe vers l’Europe avait diminué d’un quart par rapport à mardi, à 72 millions de m3. Environ 8% du gaz russe fourni à l’UE transite par Sokhranivka.
(Reportage Jonathan Landay, avec Tom Balmforth à Kyiv, rédigé par Rami Ayyub et Lincoln Feast, version française Tangi Salaün, édité par Kate Entringer)
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