L’UE prévoit de renouer ses relations avec la Syrie selon un document consulté par Reuters
par Lili Bayer et Feras Dalatey
BRUXELLES/DAMAS, 17 avril – L’Union européenne projette de renouer ses relations avec la Syrie en relançant les contacts politiques et en coopérant dans les domaines économique et sécuritaire, montre un document consulté par Reuters.
Le document de référence, rédigé par le service diplomatique de l’UE et diffusé cette semaine aux États membres, indique que Bruxelles reprendra pleinement son accord de coopération de 1978 avec la Syrie et entamera, le 11 mai, un « dialogue politique de haut niveau » – terme utilisé par l’UE pour désigner des pourparlers formels et structurés – avec les autorités de transition du pays.
Selon le document, l’UE prévoit également de « redéfinir et adapter » son régime de sanctions afin de conserver son influence tout en dialoguant avec les dirigeants syriens et en ciblant ceux qui entravent la transition.
La plupart des sanctions occidentales visant Damas ont été levées à la fin de l’année dernière, alors que la Syrie cherche à s’intégrer davantage dans la communauté internationale sous la présidence par intérim d’Ahmed al Charaa, chef de file des rebelles qui ont renversé Bachar al Assad le 8 décembre 2024.
RETOUR DES RÉFUGIÉS SYRIENS
Le document consulté par Reuters détaille des projets visant à renforcer l’engagement économique, notamment un cadre pour le commerce et l’investissement, la mobilisation de financements du secteur privé et le soutien aux réformes visant à améliorer l’environnement des affaires en Syrie grâce à un nouveau centre d’assistance technique.
Il indique également que l’UE collaborera avec les autorités pour faciliter le « retour sûr, volontaire et digne » des réfugiés et des personnes déplacées.
Plus d’un million de réfugiés et de demandeurs d’asile syriens sont présents en Europe, dont environ la moitié se trouve en Allemagne. Leur retour figure en tête des priorités dans la plupart des discussions entre les capitales européennes et Damas depuis la chute de Bachar al Assad.
L’ambition d’intégrer la Syrie dans des projets de connectivité régionale est également mise en avant dans le document, notamment en positionnant le pays comme une plaque tournante pour les transports, l’énergie et les liaisons numériques.
La Syrie s’impose comme un point de transit crucial, en particulier dans le contexte de la crise énergétique déclenchée par la fermeture du détroit d’Ormuz avec la guerre américano-israélienne en Iran. Un premier pétrolier transportant du pétrole irakien acheminé par voie terrestre a quitté jeudi le port syrien de Baniyas.
La Turquie, la Syrie et la Jordanie sont également convenues de moderniser leurs réseaux ferroviaires afin de créer un corridor reliant l’Europe du Sud au Golfe, a déclaré mercredi le ministre turc des Transports, Abdulkadir Uraloglu, à Bloomberg.
SOUTIEN À L’INTÉGRATION DES KURDES SYRIENS
En matière de sécurité, le document précise que l’UE pourrait soutenir la formation de la police syrienne et le renforcement des capacités institutionnelles au sein du ministère de l’Intérieur, parallèlement à la coopération en matière de lutte contre le terrorisme et aux efforts visant à lutter contre le trafic de drogue et le crime organisé.
Le document souligne également le soutien de l’UE à la mise en œuvre d’un accord conclu en janvier entre Damas et les autorités kurdes du Nord-Est, qui prévoit l’intégration des institutions locales dans les structures étatiques et l’extension des droits des Kurdes syriens dans le cadre d’une transition politique plus large.
Etape majeure de la mise en œuvre de cet accord, la Syrie a nommé en mars le commandant des forces kurdes YPG, très influentes, au poste de vice-ministre de la Défense pour les territoires de l’Est, où les forces américaines ont remis cette semaine leur dernière base militaire restante à l’armée syrienne.
(Rédigé par Lili Bayer à Bruxelles et Feras Dalatey à Damas ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)
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