Bangladesh: Une femme tuée lors de manifestations pour des hausses de salaire dans le textile
par Ruma Paul
DACCA (Reuters) – Une femme a été tuée mercredi au Bangladesh lors d’affrontements entre des ouvriers du secteur textile demandant des hausses de salaires et les forces de l’ordre qui ont usé de tirs de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc.
L’ouvrière a été blessée dans les affrontements à Dacca, la capitale du pays, et est décédée sur le chemin de l’hôpital, a annoncé la police sans donner plus de détails. C’est la troisième mort depuis le début du mouvement de contestation observée en une semaine.
Mardi, le gouvernement du Bangladesh a annoncé une hausse du salaire minimum de 56,25% à 12.500 taka (114 euros), la première augmentation en cinq ans, mais les ouvriers demandent près du double.
La police a déclaré avoir fait usage de gaz lacrymogène et tiré des balles en caoutchouc pour disperser les centaines d’ouvriers qui sont descendus dans les rues de Gazipur, zone manufacturière aux environs de la capitale Dacca.
« Les travailleurs ont bloqué les routes et vandalisé plusieurs véhicules. Nous avons dû faire usage de gaz lacrymogène, de balles en caoutchouc et de grenades sonores pour disperser les ouvriers qui nous jetaient des morceaux de briques », a déclaré l’agent de police Ashraf Uddin.
La zone reste sous haute tension et la présence policière est importante.
Le représentant des propriétaires dans les discussions salariales, Siddiqur Rahman, a exhorté les ouvriers à reprendre le chemin du travail.
« Dans le plus grand intérêt du secteur, nous avons accepté les augmentations (de salaire, ndlr). Tout le monde doit s’abstenir d’une telle anarchie, sinon ils en paieront les conséquences. Si les usines ferment, comment allez-vous gagner votre vie ? », a-t-il déclaré.
Le Bangladesh a construit son industrie textile en tirant profit de salaires bas avec près de 4.000 usines employant quatre millions d’ouvriers, fournissant des marques comme H&M, Inditex (Zara) ou encore GAP.
Le secteur du prêt-à-porter est crucial pour l’économie du pays, représentant près de 16% du PIB bangladais.
SECTEUR AU RALENTI
Comme de nombreux vendeurs de biens de consommations, les géants de la mode font face à une économie qui ralenti et des consommateurs qui achètent moins, ce qui a mené à une baisse de 14% des exportations textiles du Bangladesh le mois dernier.
« Le timing n’est pas bon », déclare Fazlul Hoque, directeur-manager à Plummy Fashions et ancien président de l’Association des fabricants et exportateurs de textile, au sujet de la hausse des salaires.
« Le secteur est déjà en difficultés, les commandes ralentissent, l’approvisionnement en énergie n’est pas suffisant et la situation économique générale n’est pas bonne. Dans ce contexte, une grosse hausse de salaires sera difficile (…) mais je conviens que c’est une demande légitime des ouvriers », a-t-il déclaré, ajoutant que ces hausses de salaires pourraient contribuer à une augmentation de 5 à 6% du coût total.
Ces manifestations coïncident avec des protestations contre le gouvernement exigeant la démission de la Première ministre Sheikh Hasina et appelant à la tenue d’élections libres.
Le mois dernier, plusieurs marques de textiles dont Levis, Puma ou encore Adidas ont écrit une lettre à la Première ministre pour communiquer sur leur engagement à de plus hauts salaires.
« Nous continuons à recommander que le gouvernement du Bangladesh adopte un salaire minimal pour s’adapter aux changements macro-économiques », indique la lettre.
Mais pour Abdus Salam Murshedy directeur de Envoy Group qui a pour client Walmart, Zara et American Eagle Outfitter, les clients son réticents à « payer le bon prix, le prix juste » dans un contexte tendu marqué par la guerre en Ukraine et la situation au Moyen-Orient.
« Le secteur doit être en moyen de payer pour les coûts. S’il n’y a pas d’industrie, où iront travailler les ouvriers ? », interroge-t-il.
(Version française Zhifan Liu, édité par Kate Entringer)
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