Un des meurtriers présumés du journaliste saoudien Khashoggi arrêté en France
PARIS (Reuters) – L’un des suspects saoudiens du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi dans la capitale turque Istanbul en octobre 2018 a été arrêté mardi matin en France, a-t-on appris de sources policière et judiciaire.
RTL, qui a révélé l’information, rapporte que Khaled Aedh Al-Otaibi a été appréhendé à l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle où il s’apprêtait à embarquer pour Ryad.
Cet ancien membre de la Garde Royale a été placé en rétention judiciaire sur la base d’un mandat d’arrêt turc, a-t-on précisé de source judiciaire.
Des vérifications sont en cours sur son identité et il est prématuré de dire qu’il sera déféré dès mercredi en vue de son extradition vers la Turquie, a-t-on ajouté de même source.
L’ambassade d’Arabie saoudite a déclaré qu’il s’agissait d’une erreur, indiquant que l’homme arrêté en France n’était aucunement lié au meurtre de Jamal Khashoggi et que les coupables de cet assassinats avaient été jugés et emprisonnés en Arabie saoudite.
Cette arrestation intervient trois jours après une visite d’Emmanuel Macron en Arabie saoudite, où il a rencontré le prince héritier.
Le président français est le premier dirigeant occidental d’importance à s’être entretenu avec Mohammed ben Salman depuis l’assassinat du journaliste saoudien.
« Je salue l’arrestation aujourd’hui en France de l’un des meurtriers de Jamal », a réagi via Twitter la fiancée du défunt journaliste, Hatice Cengiz.
« La France doit le juger pour son crime, ou l’extrader dans un pays capable et désireux d’enquêter et de le poursuivre, de même que la personne qui a donné l’ordre de tuer Jamal », a-t-elle ajouté.
Jamal Khashoggi a été tué et démembré en octobre 2018 par des agents saoudiens dans les locaux du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, ont reconnu les autorités saoudiennes au bout de plusieurs mois, après de multiples déclarations contradictoires à ce sujet.
Les agents ont agi selon Ryad de leur propre initiative. Huit personnes ont été condamnées en 2020 par la justice saoudienne à des peines allant de sept à vingt ans de prison pour leur implication dans la mort du journaliste, un verdict alors qualifié de « farce » par la fiancée du défunt journaliste.
Dans un rapport d’enquête publié en 2019, le Bureau des droits de l’homme des Nations unies avait conclu à l’existence de « preuves crédibles » de l’implication de Mohamed ben Salman, et d’autres hauts responsables saoudiens dans la mort du journaliste, collaborateur du Washington Post très critique envers le pouvoir en place à Ryad.
En février dernier, la CIA américaine estimait dans un autre rapport que « MBS » avait approuvé l’opération visant à capturer ou tuer Khashoggi. Le gouvernement saoudien a toujours démenti toute implication du prince dans cette affaire.
L’ONG Reporters sans frontières a annoncé en mars dernier le dépôt d’une plainte en Allemagne pour crimes contre l’humanité contre Mohamed ben Salman et d’autres responsables du royaume, en vertu du principe de compétence universelle qui permet aux tribunaux allemands d’engager des poursuites pour des crimes contre l’humanité commis dans des pays tiers.
« Excellente nouvelle que la police française n’ait pas fermé les yeux sur la présence sur le territoire national de Khaled Al-Otaibi, un des membres présumés du commando « Khashoggi », et ait procédé à son arrestation. Enfin un protagoniste qui pourra parler », a réagi mardi sur Twitter le directeur de RSF, Christophe Deloire.
(Reportage Alain Acco, Tangi Salaün, John Irish, avec Ghaida Ghantous à Dubaï; rédigé par Nicolas Delame, Jean-Stéphane Brosse et Jean Terzian)
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