Paris s’opposera « de manière très ferme » à tout passage en force sur le Mercosur, dit Macron
PARIS, 17 décembre (Reuters) – « La France s’opposerait de manière très ferme » à une volonté de passage en force des instances européennes sur le projet d’accord commercial entre l’UE et le Mercosur, a déclaré mercredi Emmanuel Macron, cité par la porte-parole du gouvernement lors du compte rendu du conseil des ministres.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prévu de se rendre au Brésil samedi pour signer cet accord finalisé il y a un an après un quart de siècle de négociations mais elle a besoin pour cela du feu vert des Etats membres de l’UE, dont les dirigeants seront réunis en sommet jeudi et vendredi.
La France, soucieuse de ne pas attiser la colère de ses agriculteurs, a demandé dimanche un report de cette signature en jugeant que l’accord n’était toujours pas acceptable en l’état, notamment en raison des risques d’importation de produits agricoles sud-américains ne respectant pas les mêmes normes que celles imposées aux fermiers européens.
L’accord UE-Mercosur serait bloqué en cas d’opposition de quatre pays de l’UE représentant 35% de la population des Vingt-Sept.
La Pologne s’oppose catégoriquement à l’accord et la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a jugé elle aussi mercredi, comme Paris, qu’une signature était à ce stade « prématurée ».
« C’est bien la preuve que la France n’est pas seule et que d’éminents pays européens sont alignés sur la position que porte le président de la République », a commenté la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. « Nous avons besoin d’échanges commerciaux, et l’agriculture a besoin de pouvoir procéder à des échanges commerciaux, mais pas dans n’importe quelle situation. »
La France, l’Italie et la Pologne sont trois pays parmi les plus peuplés de l’UE et la Hongrie semble elle aussi hostile à l’accord.
« Si l’Italie n’est pas de la partie, c’est fini », a jugé mardi le président de la Commission du commerce international du Parlement européen, Bernd Lange, interrogé par Reuters.
Favorables à l’accord avec le Mercosur, composé de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay, l’Allemagne, l’Espagne et les pays nordiques font quant à eux valoir qu’il favoriserait des exportations européennes pénalisées par les droits de douane américains et réduirait la dépendance vis-à-vis de la Chine en donnant accès à des minerais.
Les eurodéputés ont pour leur part voté mardi en faveur d’un durcissement des clauses de sauvegarde prévues par l’accord sur les importations de produits agricoles sud-américains, ce qui nécessite de nouvelles négociations entre le Parlement et le Conseil européens pour aboutir à un compromis sur ce point.
Des représentants d’Amérique latine ont récemment fait part de leur impatience, un responsable brésilien avertissant qu’un accord devait intervenir « maintenant ou jamais », alors que le Mercosur cherche à s’entendre avec d’autres pays tels que le Japon, l’Inde et le Canada.
(Rédaction de Paris, édité par Sophie Louet)
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