Gaza: Les menuisiers se tournent vers les palettes d’expédition pour fabriquer du mobilier rudimentaire
par Haseeb Alwazeer
GAZA, 5 mai (Reuters) – Dans la bande de Gaza, où Israël continue d’imposer des restrictions sur l’entrée de marchandises, le recours aux matériaux de récupération devient une nécessité, à l’instar des charpentiers locaux qui construisent désormais du mobilier à partir de palettes d’expédition et de chutes de bois.
Dans un atelier de menuiserie du sud de l’enclave palestinienne, les palettes usagées sont ainsi démontées pour être recyclées en lits, tables ou étagères.
Mohammed Wafi, 34 ans, menuisier à Khan Younès, a déclaré que les palettes étaient devenues l’une des rares sources de bois disponibles à Gaza et que les prix des composants de base avaient explosé.
Selon l’artisan, la demande pour son travail manuel a augmenté alors que des milliers de Gazaouis déplacès vivent désormais dans des tentes ou des abris de fortunes.
« Aujourd’hui, les gens disent : ‘J’ai juste besoin de quelque chose pour m’en sortir, quelque chose pour ne pas laisser mes vêtements par terre’. Surtout ceux qui vivent sous des tentes », a poursuivi Mohammed Wafi.
« À cause des rats et des cafards, ils ont besoin d’une tente ou d’un lit surélevé par rapport au sol », a-t-il ajouté.
Dans l’enclave palestinienne, les rats et parasites ont envahis les camps de déplacés, grignotant les rares denrées disponibles, propageant des maladies et mordant les doigts des enfants pendant leur sommeil.
Le COGAT, l’agence militaire israélienne chargée de coordonner l’aide à Gaza, n’a pas répondu à une demande de commentaires dans le cadre de cet article.
L’Etat hébreu interdit l’entrée à Gaza du bois car il estime que le matériau peut être utilisé à des fins militaires. Israël invoque des raisons de sécurité pour justifier les restrictions imposées à Gaza.
Les pénuries d’électricité dans le territoire ralentissent par ailleurs la production de mobilier, a déclaré Mohammed Wafi.
« Avant, on payait un kilo de clous 5 shekels (1,45 euros). Aujourd’hui, un kilo de clous coûte environ 100 ou 130 shekels », a-t-il ajouté. Les charnières et autres ferrures ont également vu leur prix bondir.
Pourtant, les meubles fabriqués à partir de palettes restent bien moins chers que les ensembles de chambre à coucher classiques, composés d’un lit, d’une armoire et d’une commode, a-t-il ajouté.
Un ensemble de palettes se vend entre 4.000 et 5.000 shekels, contre 18.000 pour un ensemble traditionnel.
Dans les campements de tentes près de Khan Younès, Mohammed Tayseer, qui vit sous une tente depuis deux ans, a déclaré qu’il dormait à même le sol jusqu’à récemment.
« Le sol est sablonneux et sale, et comme vous pouvez le voir, les vêtements sont pleins de sable. Il y a des rats et des souris », a-t-il déclaré.
« On a mal au dos et on est raide à force de dormir par terre… maintenant, on a un lit. »
(Reportage Haseeb Alwazeer à Gaza ; rédigé par Nidal al-Mughrabi ; version française Etienne Breban, édité par Benoit Van Overstraeten)
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