Stellantis va arrêter l’assemblage à Poissy, nouvelles activités automobiles en vue
par Gilles Guillaume
PARIS, 16 avril (Reuters) – Stellantis a annoncé jeudi son intention d’arrêter l’assemblage de voitures neuves sur son site de Poissy (Yvelines) d’ici trois à quatre ans, mais sans fermer l’usine qui accueillera progressivement de nouvelles activités industrielles automobiles.
Le groupe né de la fusion entre PSA et FCA est confronté, comme l’ensemble des constructeurs historiques, à des surcapacités de production chroniques en Europe, seul marché automobile mondial à ne pas avoir retrouvé ses niveaux de vente d’avant le Covid.
L’offensive de nouveaux concurrents chinois sur le marché européen, ainsi qu’une transition vers l’électrique plus lente que prévu, qui a conduit Stellantis à passer des charges exceptionnelles massives de 22 milliards d’euros, sont également venues compliquer la donne.
« Poissy ne fera plus de véhicule nouveau, mais nous annonçons une enveloppe de 100 millions d’euros pour en faire un site qui va s’occuper des différentes vies du véhicule », a dit à Reuters un porte-parole de Stellantis à l’occasion d’un CSE exceptionnel.
« Le site reste industriel », a-t-il ajouté, conformément à l’engagement du directeur général Antonio Filosa.
L’annonce que l’usine ne se verra pas attribuer de nouveau véhicule au-delà des DS3 et Opel Mokka, qu’elle fabriquera au moins jusqu’à la fin 2028, augure la troisième fermeture d’un site d’assemblage de véhicules neufs en France en une quinzaine d’années, après Aulnay-sous-Bois (PSA) en 2014 et Flins (Renault) en 2024.
Lors du CSE, la direction a indiqué que la date définitive de fin de production de véhicules neufs, inscrite provisoirement pour la fin 2028, serait confirmée ultérieurement. Selon une source, la prochaine présentation du plan moyen terme de l’usine est envisagée en novembre.
PIÈCES DE RECHANGE ET ECONOMIE CIRCULAIRE
Environ 1.600 ouvriers travaillent actuellement à Poissy, un nombre qui devrait tomber à 1.200 en 2030 eu égard à la pyramide des âges. Le plan de transformation de Stellantis prévoit le maintien d’un nombre de postes équivalent – 1.000 – à cet horizon.
« Il n’y aura pas de plan de départs particulier et un gros travail de formation va s’engager », a ajouté le porte-parole. Dès lundi, des cellules emploi vont être mises en place pour rassurer les ouvriers et recueillir leurs voeux.
Poissy sera doté d’une nouvelle presse d’emboutissage et de nouveaux ateliers ferrage et peinture pour des pièces et sous-ensembles destinés à d’autres usines d’assemblage du groupe, à l’après-vente ou à des partenaires.
Le site accueillera aussi une activité de déconstruction de véhicules usagés et de valorisation de pièces automobiles, dans une logique d’économie circulaire, une activité de préparation de véhicules neufs ainsi que de l’impression 3D de pièces détachées.
« Dans une industrie automobile en pleine transformation, ce projet co-construit avec les partenaires sociaux garantit un futur pérenne au site industriel de Poissy autour d’activités résolument tournées vers l’avenir », a déclaré Xavier Chéreau, directeur des Ressources humaines de Stellantis, cité dans un communiqué.
Si le plan annoncé devrait permettre de maintenir globalement les effectifs ouvriers de Stellantis à Poissy, les syndicats soulignent que l’équation s’annonce beaucoup plus délicate pour les équipementiers travaillant pour l’usine.
L’arrivée sur place d’une ligne d’assemblage de moteurs de rechange, transférée depuis Vesoul, a également fait réagir la CFTC du site Stellantis de Haute-Saône. « C’est une nouvelle perte d’activité pour notre site, une nouvelle fragilisation du bassin vésulien », a écrit la CFTC dans un communiqué.
Elle souligne que cette décision impactera 122 personnes sur le site de Vesoul.
UNE USINE AUX ORIGINES AMÉRICAINES
La question de la fin de l’assemblage de voitures neuves dans l’usine de Poissy, située dans une zone très urbanisée à l’ouest de Paris, fait l’objet de rumeurs récurrentes depuis plusieurs années. Selon une source du secteur, ses volumes de production sont devenus relativement faibles, avec une prévision de 68.000 unités en 2026 et de 65.000 en 2027, très loin des 145.800 de 2023.
« L’arrêt de l’assemblage sur le site de Poissy, c’est la page d’un livre qu’on va refermer, mais par contre l’engagement d’avoir 1.000 emplois plus 100 millions d’investissement, c’est quand même finalement aussi une nouvelle histoire qu’on est en train d’écrire », a commenté Frédéric Lemayitch, représentant CFTC sur le site.
Cette page d’histoire remonte à 1938, quand l’américain Ford engage la construction de l’usine de Poissy, qui ne commencera à produire qu’après la Seconde Guerre mondiale, en 1946, avec des modèles comme la Vedette ou la F472.
En 1954, le site est cédé par Ford à Simca, qui y produit pendant plusieurs décennies les modèles Versailles, Chambord ou Présidence. En 1963, un autre américain, Chrysler, rachète Simca et fait du site son fleuron européen au début des années 1970. À son apogée, en 1976, l’usine emploie près de 27.000 salariés pour une production annuelle pouvant dépasser les 500.000 véhicules.
Deux ans plus tard, Peugeot reprend les activités européennes de Chrysler. L’usine de Poissy passe ensuite dans le giron du groupe PSA, puis en 2021 dans celui de Stellantis.
« Dans une industrie automobile en pleine transformation, ce projet co-construit avec les partenaires sociaux garantit un futur pérenne au site industriel de Poissy autour d’activités résolument tournées vers l’avenir », a déclaré Xavier Chéreau, directeur des Ressources humaines de Stellantis, cité dans un communiqué.
(Reportage Gilles Guillaume, édité par Blandine Hénault et Augustin Turpin)
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