L’Europe doit lancer plusieurs « petites » réformes pour relancer fortement la croissance, selon le FMI
par Jan Strupczewski
(Reuters) – L’Union européenne (UE) n’a besoin que d’adopter un petit nombre de réformes pour stimuler fortement la croissance économique, accroître la compétitivité et maintenir les programmes sociaux, a déclaré vendredi à Reuters Alfred Kammer, chef du département Europe du Fonds monétaire international (FMI).
« Au niveau européen, nous avons quelques petites réformes que nous appelons un ‘acompte’, et elles produisent un taux de croissance du PIB plus élevé, de 3% en moyenne, dans 10 ans », a affirmé Alfred Kammer.
Ces réformes permettraient de réduire les prix de l’électricité, d’accroître la mobilité de la main-d’œuvre, d’harmoniser les lois sur les faillites entre les pays de l’UE et d’augmenter la part des actifs des fonds de pension et d’assurance investis dans le capital-risque de l’UE, a-t-il ajouté.
Le PIB de l’UE a augmenté de 1,0% en 2024 et la Commission européenne prévoit une accélération de la croissance à 1,1% en 2025 et 1,5% en 2026.
L’UE pourrait stimuler davantage la croissance et compenser la hausse des droits de douane américains sur les produits européens en supprimant certaines barrières commerciales internes entre les 27 pays du bloc, qui ont actuellement un effet équivalent à un droit de douane de 44% sur les biens et de 110% sur les services, a déclaré Alfred Kammer.
L’UE souhaite accélérer sa croissance et concurrencer plus efficacement les États-Unis et la Chine. Pour y parvenir, les États membres doivent collaborer plus étroitement sur les questions politiques, économiques et réglementaires afin que les entreprises de l’ensemble du bloc puissent tirer parti de son principal atout, à savoir un marché unique de 450 millions de personnes.
Mais l’intégration plus approfondie du marché intérieur est difficile sur le plan politique, même si l’Europe dispose de tous les ingrédients nécessaires à la réussite, a dit Alfred Kammer.
Les États-Unis sont leaders en matière d’innovation mais pas dans le domaine de la fabrication. La Chine est très forte dans le domaine de la fabrication et rattrape son retard en matière d’innovation, a-t-il déclaré.
« L’Europe dispose d’une base industrielle solide et d’une forte capacité d’innovation : elle bénéficie du meilleur des deux mondes, mais elle doit relier ce que chaque pays possède et l’utiliser, et c’est là que réside le marché unique et la force de l’Europe », a affirmé Alfred Kammer.
Pour y parvenir, l’UE souhaite créer une Union de l’épargne et de l’investissement (UEI) entre ses 27 pays, afin de permettre à quelque 10.000 milliards d’euros d’épargne des consommateurs, actuellement placés dans des dépôts bancaires à faible rendement, d’être placés dans des investissements et des titres plus rentables.
Mais le rapprochement de 27 systèmes fiscaux, sociaux et juridiques a freiné les progrès pendant une décennie. Commencer par des petites réformes pourrait contribuer à stimuler la croissance plus rapidement, selon Alfred Kammer.
« Ces réformes sont vraiment importantes pour générer de la croissance et augmenter les niveaux de revenus, et elles sont essentielles pour maintenir les États providence européens, car plus vous mettez en œuvre de réformes favorables à la croissance, moins vous avez besoin d’ajustements budgétaires pour faire face aux pressions à long terme sur les dépenses », a déclaré Alfred Kammer.
Il a ajouté que si certains pays tireraient davantage profit de ces réformes que d’autres, tous les États membres de l’UE connaîtraient une croissance du PIB plus forte, comprise entre 2% et 5%, après 10 ans.
Il a toutefois ajouté que les intérêts nationaux acquis et la résistance des ministères nationaux de la Justice et du Travail rendaient la mise en œuvre difficile.
Les dirigeants de l’UE reconnaissent l’importance de ces réformes mais de nombreuses questions requièrent leur attention, a affirmé Alfred Kammer.
« Les dirigeants comprennent qu’ils doivent agir, mais l’un des problèmes est leur disponibilité », dit-il. « Ils sont occupés par (…) tant de questions politiques nationales. »
(Reportage Jan Strupczewski, Mara Vîlcu pour la version française, édité par Blandine Hénault)
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