Japon: La Bank of Japan va relever ses taux directeurs d’ici fin juin selon des économistes
par Satoshi Sugiyama
TOKYO, 11 mars (Reuters) – La Banque du Japon (BoJ) maintiendra son principal taux directeur à 0,75% la semaine prochaine, mais devrait le relever à 1,00% d’ici la fin juin, montre une enquête Reuters auprès d’économistes qui ont laissé leurs prévisions globalement inchangées depuis le début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran.
La guerre au Moyen-Orient, entrée mercredi dans son 12e jour, suscite les craintes d’une résurgence de l’inflation dans le monde en raison de la flambée des cours du pétrole. Elle pourrait compliquer les prochaines décisions des banques centrales qui doivent faire face à la fois à un possible choc négatif sur l’offre et à d’éventuelles répercussions sur la croissance économique.
Au regard de la forte dépendance du Japon vis-à-vis du pétrole en provenance du Moyen-Orient, la BoJ pourrait être particulièrement contrainte de relever ses taux, car la hausse des prix du brut et la faiblesse du yen renchérissent les coûts liés aux importations. Le marché pétrolier a cependant enregistré de fortes fluctuations récemment et ses perspectives à long terme restent très incertaines.
Pour le moment, les prévisions des personnes sondées par Reuters du 2 au 9 mars restent globalement similaires à celles de l’enquête du mois dernier, tout comme la position des banquiers centraux.
La nouvelle enquête montre que les 64 économistes interrogées s’attendent à ce que la BoJ maintienne son principal taux directeur à 0,75% le 19 mars. Mais 60% d’entre eux, soit 37 sur 62, ont prédit que ce taux atteindrait 1,00% d’ici la fin juin, un chiffre pratiquement inchangé par rapport à l’enquête de février qui recueillait un score de 58%.
« La Banque du Japon ne sera probablement pas en mesure de différer le rythme des hausses de taux d’intérêt pour éviter un nouvel affaiblissement du yen », a déclaré Chiyuki Takamatsu, chef économiste chez Fukoku Mutual Life Insurance.
Le yen est en baisse d’environ 1% par rapport au dollar américain depuis le début de la guerre en Iran, déclenchée le 28 février, et s’est affaibli de plus de 6% au cours des six derniers mois.
INCERTITUDE SUR LE RYTHME DES HAUSSES DE TAUX
Le rythme des prochaines hausses de taux directeurs de la BoJ ne fait toutefois pas consensus.
Selon le score médian de l’enquête, la banque centrale du pays devrait attendre le premier trimestre 2027 pour remonter ses taux à 1,25%, puis attendre encore un an, jusqu’au début de 2028, pour les porter à 1,50%.
Kei Fujimoto, économiste chez Sumitomo Mitsui Trust Asset Management, estime que les hausses de prix liées au pétrole ne devraient pas avoir d’effet immédiat sur l’inflation dite sous-jacente. Il y voit un phénomène temporaire à ce stade, ce qui suggère que cela n’aura pas d’impact dans l’immédiat sur la conduite de la politique monétaire.
Le gouverneur de la BoJ, Kazuo Ueda, a déclaré la semaine dernière aux parlementaires japonais que la banque centrale continuerait à relever ses taux directeurs si ses prévisions économiques se concrétisaient, mais a mis en garde contre un éventuel impact de la guerre au Moyen-Orient sur la croissance mondiale.
FAIBLE INFLUENCE DES NOUVEAUX MEMBRES DE LA BOJ
L’arrivée de deux universitaires au sein du comité de politique monétaire de la BoJ ne devrait pas constituer un obstacle majeur sur d’éventuelles hausses de taux directeurs, selon 58% des économistes (soit 18 sur 31) interrogés dans le cadre de la nouvelle enquête.
Ces nouveaux membres ont été nommés par le gouvernement fin février et ils sont considérés par les marchés comme de fervents défenseurs de la relance économique voulue par la Première ministre japonaise Sanae Takaichi.
« Etant donné que la proportion de « reflationnistes » parmi les neuf membres du comité n’est pas élevée, leur comportement en termes de vote et leurs autres décisions ne devraient avoir qu’un impact direct limité sur les décisions politiques », explique Yusuke Matsuo, économiste chez Mizuho Securities.
Yusuke Matsu note cependant que ces nominations traduisent l’opposition de Sanae Takaichi à une éventuelle politique monétaire restrictive qui serait conduite par la BoJ et qu’il y a peu de signes montrant que la Première ministre japonaise soit disposée à faire des compromis.
Plus de la moitié des économistes sondés, soit 17 sur 31, ont déclaré que le risque que la BoJ « prenne du retard » dans la maîtrise de l’inflation était « ni élevé ni faible », un score pratiquement identique à celui de l’enquête de janvier.
Sur le même sujet, 19% ont jugé que le risque était « élevé », 16% « faible » et 6% que la BoJ était « déjà en retard ».
(Reportage Satoshi Sugiyama; enquêtes de Susobhan Sarkar et Renusri K; version française Claude Chendjou, édité par Blandine Hénault)
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