États-Unis: La Fed devra probablement encore relever ses taux et peut-être plus vite, dit Powell
par Howard Schneider et Lindsay Dunsmuir
WASHINGTON (Reuters) – La Réserve fédérale américaine (Fed) devra probablement relever ses taux d’intérêt davantage que prévu face aux récentes solides données économiques et elle est prête à des décisions encore plus importantes si la « totalité » des informations entrantes suggère que des mesures plus restrictives sont nécessaires pour contrôler l’inflation, a déclaré mardi son président.
« Les dernières données économiques sont plus fortes que prévu, ce qui suggère que le niveau ultime des taux d’intérêt sera probablement plus élevé que prévu », a déclaré Jerome Powell dans des propos préparés pour une audition devant la commission bancaire du Sénat américain.
Il s’agit des premières déclarations publiques de Jerome Powell depuis que l’inflation a fait un bond inattendu en janvier et que l’administration américaine a fait état d’une hausse inhabituellement élevée du nombre d’emplois salariés au cours de ce mois.
Même si une partie de cette vigueur économique inattendue pourrait être liée à la douceur des températures et à d’autres effets saisonniers, Jerome Powell a souligné que la Fed était consciente que cela pouvait également être un signe que la banque centrale américaine doit faire davantage pour juguler l’inflation, peut-être même en revenant à des augmentations de taux plus importantes que celle d’un quart de point décidée récemment et que les responsables avaient prévu de poursuivre.
« Si l’ensemble des données devait indiquer qu’un resserrement plus rapide est justifié, nous serions prêts à augmenter le rythme des hausses de taux », a déclaré Jerome Powell.
La Fed tiendra sa prochaine réunion de politique monétaire les 21 et 22 mars, tandis que le rapport mensuel sur l’emploi sera publié vendredi et celui sur l’inflation la semaine prochaine. Ces données seront cruciales pour permettre aux responsables politiques de déterminer s’ils sont à nouveau en train de prendre du retard sur la courbe de l’inflation ou s’ils peuvent s’en tenir à une politique plus modérée comme prévu lors de leur dernière réunion.
Quelle que soit la conclusion retenue, les nouvelles déclarations de Jerome Powell sont une forme de reconnaissance que le « processus de désinflation » évoqué à plusieurs reprises lors de sa conférence de presse du 1er février n’est peut-être pas aussi évident que prévu.
Même si l’inflation « a ralenti » depuis son pic de l’année dernière, Jerome Powell a déclaré que « le processus visant à ramener l’inflation à 2% est loin d’être achevé et qu’il sera probablement semé d’embûches ».
Le président de la Fed sera interrogé par les membres de la commission bancaire du Sénat après son témoignage, une audition similaire étant par ailleurs prévue mercredi devant cette fois-ci la commission des services financiers de la Chambre des représentants.
UN POSSIBLE ASSOUPLISSEMENT DU MARCHÉ DE L’EMPLOI
Le témoignage de Jerome Powell fait écho à un sujet désormais au centre des discussions au sein de la banque centrale, ses responsables se demandant si les données récentes sont juste une « anomalie » passagère, comme l’a suggéré l’un des collègues du président de la Fed, ou si elles doivent être perçues comme une preuve que la banque centrale doit s’appuyer sur l’économie encore plus fortement que prévu actuellement.
Dans son témoignage, Jerome Powell a indiqué qu’une grande partie de l’impact de la politique monétaire de la banque centrale n’avait pas encore produit ses effets, le taux de chômage aux Etats-Unis étant tombé à 3,4%, du jamais vu depuis 1969, tandis que les salaires augmentent fortement.
Jerome Powell a en outre laissé entendre que le marché du travail pourrait devoir s’affaiblir pour que l’inflation diminue dans le vaste secteur des services, qui emploie beaucoup de personnes et où les prix continuent d’augmenter.
« Pour rétablir la stabilité des prix, nous devrons constater une baisse de l’inflation dans ce secteur, et il est très probable que les conditions du marché du travail s’assouplissent », a-t-il dit.
Sur les marchés, le Dow Jones recule de 0,88%, le Standard & Poor’s 500 de 1,01% et le Nasdaq de 0,77% vers 16h15 GMT.
Le dollar bondit de 0,82% face à un panier de devises de référence et le rendement des bons du Trésor américain à deux ans, le plus sensible à l’évolution de l’inflation, prend six points de base, à 4,95%.
(Reportage Howard Schneider et Lindsay Dunsmuir; version française Claude Chendjou, édité par Kate Entringer)
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