En Inde, les chrétiens du Kandhamal craignent un nouveau pogrom
Environ 100 chrétiens ont été assassinés et plus de 50 000 autres ont été chassés dans l’État fédéré d’Odishaen en 2008. Le pasteur Rishabh Kayan craint de nouvelles violences. Il en a fait part à la délégation de la Solidarité Chrétienne Internationale (CSI).
CSI continue de soutenir les chrétiens menacés dans les collines boisées du district du Kandhamal. Nos partenaires ont fait preuve d’une extrême prudence lors de leur voyage et à plusieurs reprises, le responsable CSI pour l’Inde n’a pas été autorisé à quitter la voiture, car une grande fête hindoue avait lieu à cette période. Des processions parcouraient les rues de nombreux villages et certaines routes étaient bloquées. Ces festivités ne sont pas seulement une coutume populaire inoffensive : un rituel prévoit par exemple qu’un prêtre hindou soit suspendu par les pieds afin de souffrir à la place du peuple pour ses péchés. Le voyage à travers cette région, qui n’était pas sans risque, a permis à notre équipe de rencontrer Rishabh Kayanx84x, un pasteur qui dirige une communauté baptiste d’environ 70 familles.
Le pasteur a déploré l’insécurité croissante : « Les chrétiens ont de plus en plus peur : les réunions dans les Églises de maison et les visites à domicile ne sont pratiquement plus possibles. » Le 11 avril 2025, une réunion a eu lieu entre le BJP, le parti nationaliste hindou au pouvoir, et la milice paramilitaire hindoue RSS. « Il est apparu qu’ils prévoyaient de nouvelles attaques contre les chrétiens, à l’image de celles qui ont eu lieu en 2008 », raconte Rishabh Kayan avec inquiétude.
Un ami catholique qui travaille pour l’État à Bhubaneswar, la capitale d’Odisha, lui aurait confirmé cette menace. En outre, le meurtre du prêtre hindou Laxmanananda Saraswati en 2008 devrait faire l’objet d’une nouvelle enquête. Or c’est précisément cet incident qui avait déclenché les violences contre les chrétiens en 2008.
Dans de nombreux endroits du district du Kandhamal, de nouveaux temples hindous sont construits et des fêtes religieuses sont organisées, a poursuivi le pasteur Kayan. « L’ambiance peut alors devenir très tendue. »
À la question de savoir si la violence pourrait réellement éclater comme en 2008, le pasteur baptiste répond : « Je ne sais pas si cela se produira réellement. Mais certains politiciens du parti au pouvoir disent publiquement : « La violence qui a été utilisée contre les chrétiens au Manipur (nord-est de l’Inde) doit être répétée ici. » Ils sont prêts à tout pour nous empêcher d’œuvrer en faveur de la conversion d’autres personnes à la foi chrétienne. »
Les chrétiens de la région se préparent-ils à une éventuelle escalade de la violence ? Le pasteur Kayan soupire : « Pourquoi et comment pourrions-nous nous préparer ? Nous ne faisons de mal à personne ! Nous voulons simplement vivre en liberté. Beaucoup d’entre nous ne souhaitent rien d’autre que d’en savoir plus sur Jésus, mais ils ont peur d’aller à l’église ou de professer ouvertement leur foi. »
Même parmi les pasteurs, la peur de la répression est palpable. Rishabh Kayan connaît une Église où des policiers ont interrompu le service dominical. Lorsque le pasteur leur a demandé pourquoi ils faisaient cela, les agents ont prétendu que leur communauté se livrait au trafic de drogue. Ils ont alors dû chercher un nouveau bâtiment pour se réunir.
Le pasteur Kayan ne se voile pas la face : « La situation est très tendue. Nous célébrons nos offices à huis clos. » La situation politique contribue également à la peur : depuis juin 2024, le BJP dirige le gouvernement de l’État fédéré d’Odisha et, depuis août 2024, les dirigeants hindous organisent des rassemblements de village en village dans le district du Kandhamal. Selon certaines rumeurs, ils demanderaient les noms des responsables chrétiens afin de les inscrire sur des listes.
Les pasteurs s’entraident
Malgré toutes ses inquiétudes, le pasteur Kayan est heureux de faire partie d’un nouveau réseau soutenu par CSI qui offre une aide à l’autonomie ainsi qu’un soutien juridique aux chrétiens du district. « Je suis reconnaissant pour ce réseau. Il nous renforce dans cette période difficile. »
Le responsable CSI a pu assister à une rencontre de ce groupe. Il a ainsi été confronté aux préoccupations des chrétiens locaux.
« Depuis que le nouveau gouvernement est au pouvoir, nous avons de plus en plus peur. Nous n’osons plus prêcher librement ni faire de visites à domicile », a rapporté un pasteur. Un autre s’est plaint que les enfants chrétiens n’étaient pratiquement plus admis dans les écoles publiques. De plus, on rapporte que de nombreux parents chrétiens ne reçoivent plus l’aide financière étatique à laquelle ils ont droit.
La partenaire de CSI, juriste et fondatrice du réseau, a encouragé les pasteurs à persévérer : « Il est important que vous restiez unis et que vous vous aidiez mutuellement. Nous pouvons vous offrir des conseils juridiques et des formations pour vous apprendre à mieux vous protéger. »
Les écoles CSI jettent des ponts
Le financement de deux écoles chrétiennes dans le district du Kandhamal est une autre aide importante apportée par CSI, qui profite également aux enfants de pasteurs. Elles ont été fondées en 2015 pour les enfants touchés par le massacre de 2008. Aujourd’hui, près de 150 enfants fréquentent ces écoles, de la maternelle à la 3e année. Elles sont désormais un signe de paix entre les religions. En effet, outre la majorité d’enfants chrétiens, de nombreux élèves sont hindous et on compte quelques musulmans.
Reto Baliarda
Violence extrême contre les chrétiens
Après le meurtre de Laxmanananda Saraswati en août 2008, une terrible persécution des chrétiens a éclaté. Du 25 au 28 août, plus de 100 chrétiens ont été assassinés, 400 églises détruites et 6 000 maisons incendiées. Des milliers de personnes ont fui dans les forêts et ont dû vivre pendant plusieurs semaines dans des camps de déplacés. Sept chrétiens ont été injustement condamnés pour ce meurtre et ont passé onze ans en prison alors qu’ils étaient innocents. Dans différentes localités du Kandhamal, des initiatives sont en cours pour ériger une statue de Laxmanananda Saraswati et donner son nom à des rues.
Le Journal Chrétien est un média indépendant financé par des chrétiens comme vous, en accès libre, sans subventions ni publicité. La générosité de la communauté chrétienne garantit notre indépendance.
Aujourd’hui, une poignée de chrétiens rendent possible une information indépendante accessible gratuitement à des millions de personnes sur nos sites, nos applications et notre chaîne de télévision chrétienne.
Chaque article, chaque émission, chaque reportage, chaque enquête existe uniquement grâce à votre générosité. C’est ce qui nous permet de répondre à l’immense soif spirituelle de nos contemporains et ce, avec une exigence de qualité journalistique reconnue, et de donner la parole à ceux qu’on n’entend jamais ailleurs.
Mais aujourd’hui, nous arrivons à un moment décisif. Partout, les médias indépendants sont fragilisés, attaqués, précarisés. Pendant que quelques grandes fortunes verrouillent toujours davantage le paysage médiatique, les médias chrétiens et tous ceux qui refusent de se soumettre sont maintenus sous pression permanente.
Le Journal Chrétien et sa chaîne Chrétiens TV, diffusée sur le canal 246 de la Freebox, n’échappent pas à cette réalité. Oui, nos médias chrétiens pourraient disparaître si nous ne parvenons pas à toucher de nouveaux donateurs dans les prochains mois.
Je soutiens le Journal Chrétien !
Au moment où les milliardaires étendent leur emprise sur l’information, nous pensons au contraire qu’il faut plus de travail de terrain, plus de reportages, plus d’enquêtes, plus de pluralisme, plus de médias chrétiens capables de résister aux pressions religieuses, politiques et économiques. C’est pour cela que nous lançons un appel à la communauté chrétienne.
La question est simple : voulons-nous laisser mourir les médias chrétiens et laisser la presse ainsi que la télévision aux mains des grands groupes privés ?
Si vous lisez les articles du Journal Chrétien, regardez nos émissions sur Chrétiens TV, partagez nos contenus dans les réseaux sociaux ou pensez qu’une autre voix doit continuer d’exister dans le débat public, alors c’est maintenant qu’il faut agir.


