Macron promet de l’aide au Liban, appelle à refonder l’ordre politique
BEYROUTH (Reuters) - Emmanuel Macron a promis jeudi à Beyrouth toute l'aide de la France au Liban au surlendemain de l'explosion massive qui a endeuillé la capitale libanaise tout en appelant de ses voeux la "refondation d'un ordre politique nouveau" dans le pays.
Au terme d'une visite d'une journée dans la ville dévastée par la déflagration, qui a fait 145 morts selon le dernier bilan disponible, le président français a annoncé l'envoi d'un porte-hélicoptères amphibie français, le BPC Tonnerre, jeudi prochain à Beyrouth et l'organisation dans les tout prochains jours d'une conférence internationale sur l'aide d'urgence.
La France a déjà envoyé un détachement de sauveteurs de la Sécurité civile ainsi que du matériel sanitaire et des équipes de soignants pour aider les services de secours libanais.
"Nous organiserons une conférence de soutien et d'appui avec pour objectif de mobiliser les financements internationaux et européens, des Américains, de tous les pays de la région et au-delà, afin de fournir des médicaments et des soins, la nourriture, le nécessaire pour le logement", a-t-il dit.
"Nous mettrons aussi en place une gouvernance claire et transparente pour que l'ensemble de cette aide (...) soit directement acheminée aux populations, aux ONG, aux équipes sur le terrain qui en ont besoin, sans qu'aucune opacité, aucun détournement ne soit possible."
"Les Nations unies et la Banque mondiale joueront un rôle essentiel en la matière", a-t-il précisé.
Emmanuel Macron a précisé qu'une cinquantaine de Français vivant à Beyrouth avaient été "touchés". "Il est trop tôt pour donner des chiffres et des précisions", a-t-il ajouté. Quelque 25.000 Français vivent au Liban.
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"LA RESPONSABILITÉ DES DIRIGEANTS LIBANAIS EST IMMENSE"
Arrivé en fin de matinée à Beyrouth, le président français a rencontré son homologue libanais Michel Aoun et les principales figures de la scène politique locale pour les inciter à lancer les réformes nécessaires pour sortir le pays de la crise économique sans précédent qu'il traverse et que l'explosion meurtrière est venue exacerber.
La France, qui a administré le Liban pendant l'entre-deux-guerres, est à la pointe des efforts visant à sortir le pays de la crise. Paris a organisé une conférence des donateurs il y a deux ans.
Plus de 11 milliards de dollars avaient été alors promis par les bailleurs de fonds, à condition que le pays, qui a entamé des discussions avec le FMI en mai dernier, engage des réformes qui n'ont toujours pas été mises en place.
"Les financements sont là, ils attendent les réformes", a insisté Emmanuel Macron, citant l'énergie, l'électricité, la commande publique, les douanes, la lutte contre la corruption, et réclamant le lancement rapide d'un audit des comptes du pays.
"Il faut rebâtir la confiance (...) mais elle suppose une refondation d'un ordre politique nouveau où chacun, au-delà des divisions dans lesquelles il s'est réfugié, d'un confessionnalisme qui a été parfois capturé, d'un système qui a été lui aussi capturé par une corruption organisée, d'avoir la force de rebâtir une union nationale pour mener les réformes indispensables dont les Libanaises et les Libanais ont besoin."
"J'ai été franc, direct, sincère, j'attends des autorités libanaises des engagements", a souligné Emmanuel Macron, assurant qu'il ne ferait preuve d'"aucune complaisance", ni d'"aucune ingérence".
"Je ne peux me substituer aux responsabilités d'un gouvernement souverainement élu, d'un président souverainement élu", a-t-il poursuivi.
"Leur responsabilité est immense. C'est celle d'une refondation, d'un nouveau pacte avec les Libanais dans les prochaines semaines. Ce changement profond, c'est celui qui est attendu. Les forces politiques libanaises ont aujourd'hui une démonstration à faire: celle de leur capacité à y répondre. Je le dis avec beaucoup d'humilité et beaucoup d'exigence."
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(Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse)
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