En Russie, de nombreux restaurants ferment alors que l’économie ralentit
par Ekaterina Maksimova
MOSCOU, 19 février (Reuters) – De nombreux restaurants et cafés ferment en Russie, à un rythme sans précédent depuis le début de la guerre en Ukraine il y a quatre ans, alors que la consommation stagne jusque dans les villes les plus riches, comme Moscou.
Ces fermetures, visibles dans tout le pays, témoignent d’un ralentissement significatif de l’économie russe, qui s’était jusqu’à présent montrée étonnamment résiliente face aux sanctions occidentales.
À Moscou, la propriétaire de la boulangerie BonCafé a fini par jeter l’éponge, prise en étau entre les coûts qui s’envolent et les revenus qui s’effondrent.
« Lorsque nous avons ouvert, nous ne nous attendions pas à un tel ralentissement », soupire Yekaterina Orechkina, 39 ans, dans sa boulangerie aux étagères désormais vides.
Le mois de janvier, traditionnellement calme, a porté le coup de grâce à son activité en raison d’une augmentation de 50% du prix des ingrédients, d’un loyer élevé et d’une hausse des impôts.
Yekaterina Orechkina s’est résolue à fermer sa boulangerie pour tenter de sauver les autres cafés qu’elle possède. Non sans inquiétude, les Russes réduisant de plus en plus leurs dépenses de consommation, en particulier les repas au restaurant.
Sous l’effet de son économie de guerre et de techniques de contournement parfois ingénieuses des sanctions occidentales, la Russie a réussi à enregistrer une croissance moyenne supérieure à celle de la zone euro au cours des quatre dernières années.
Mais les conséquences des taux d’intérêt très élevés, de la hausse des impôts, de l’inflation et de la décote de 20 dollars par baril sur le pétrole russe se font sentir de plus en plus durement, même à Moscou, dont les 22 millions d’habitants avaient été largement épargnés par les effets de la guerre jusqu’à présent.
Les panneaux « À louer » sont omniprésents dans les centres commerciaux de la capitale. Les ventes de véhicules utilitaires légers et de camions neufs, un bon indicateur de la santé du secteur de la vente au détail et de la construction, ont chuté de 38% en 2025 et ont continué à baisser au cours des premières semaines de 2026, selon Autostat.
Les données Sberbank, la plus grande banque russe, montrent que le rythme de fermeture des restaurants n’a pas été aussi élevé depuis 2021, en pleine pandémie de COVID-19, et que les Russes n’avaient pas si peu dépensé dans les restaurants depuis trois ans.
TAUX D’INTÉRÊT TRÈS ÉLEVÉS
Le changement est spectaculaire car les grandes villes russes avaient connu un boom de la restauration avant la pandémie. Certains responsables politiques dénonçaient encore récemment la « frivolité décadente » de Moscou alors que des centaines de soldats russes meurent ou sont blessés chaque jour sur le front ukrainien.
La croissance de l’économie russe, qui dépassait 4% en 2023 et 2024, selon les statistiques officielles, avoisine désormais 1% et la croissance réelle des dépenses de consommation est tombée à zéro en février, ce qui n’était pas arrivé depuis deux ans.
Selon une étude de la banque centrale, les Russes cherchent à réduire leurs dépenses en privilégiant les fast-foods et les produits discount dans les supermarchés, ou en repoussant leurs achats de nouvelle voiture ou d’appartement, préférant épargner et rembourser leurs prêts existants.
Selon des sources proches du pouvoir russe, ces difficultés économiques ne sont pas susceptibles de pousser Vladimir Poutine à changer de stratégie en Ukraine, une guerre qu’il considère comme existentielle.
Le président russe a néanmoins demandé aux responsables de la politique économique du pays de se focaliser sur la relance de la croissance, et non sur la seule inflation. Dix jours plus tard, la banque centrale a réduit son principal taux d’intérêt de 50 points de base, le ramenant à 15,5%. Il avait atteint 21% en 2024.
Les énormes coûts d’emprunt affichés par les grandes banques – 18-19% pour les prêts non garantis aux entreprises – plombent les petites entreprises comme les consommateurs.
« Comme notre activité repose sur l’achat de marchandises, nous devons constamment emprunter, contracter de nouveaux prêts et refinancer les anciens », explique Elena Bannikova, fondatrice d’un magasin de produits de beauté coréens.
« Les taux d’intérêt élevés ont eu un impact très fort sur notre activité. Le taux de refinancement est élevé et le refinancement est devenu extrêmement difficile, voire presque impossible. »
(Rédigé par Guy Faulconbridge ; version française Tangi Salaün, édité par Kate Entringer)
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