Cameroun: À Buéa, Mgr Michael Bibi recadre les fidèles et ravive le débat sur le célibat des prêtres
Face à ce qu’il qualifie de dérives comportementales menaçant la discipline ecclésiastique, l’évêque de Buéa a publiquement demandé aux femmes de cesser de courtiser les membres de son clergé. Cette sortie vigoureuse suscite une vive controverse au Cameroun, entre partisans d’une moralisation rigoureuse et critiques d’une approche jugée unilatérale.
Dans le sud-ouest du Cameroun, la gestion du diocèse de Buéa par Monseigneur Michael Bibi continue de faire d’importantes vagues. Lors d’une récente intervention publique qui a rapidement franchi les frontières de sa communauté, le prélat a formellement exhorté les femmes, en particulier les jeunes fidèles célibataires, à cesser toute tentative de séduction à l’égard des prêtres. Cette déclaration, centrée sur la préservation du vœu de célibat, remet sous les projecteurs la discipline interne de l’Église catholique romaine en Afrique centrale.
Une mise en garde contre les « fausses dévotions »
Selon Mgr Michael Bibi, certaines interactions formelles au sein des paroisses dissimuleraient des intentions d’ordre privé. L’évêque a explicitement pointé du doigt les sollicitations répétées de bénédictions ou de conseils spirituels à la fin des célébrations eucharistiques. Pour l’autorité diocésaine, ces démarches insistantes visent parfois à détourner les ministres du culte de leurs engagements religieux.
En guise de solution alternative, le prélat a invité les femmes désireuses de fonder un foyer à orienter leurs recherches vers les hommes laïcs disponibles pour le mariage chrétien. Cette démarche s’inscrit dans une politique globale de protection des vocations, l’évêque estimant que la paix spirituelle et la concentration des jeunes prêtres sont indispensables à la bonne marche de sa circonscription ecclésiastique.
L’Église comme refuge et arène dans la crise anglophone
Pour comprendre l’écho et la résonance de cette prise de parole, il convient de situer le diocèse de Buéa dans son contexte géopolitique. Chef-lieu de la région du Sud-Ouest, Buéa se trouve au cœur de la crise anglophone qui secoue le Cameroun. Depuis le déclenchement de ce conflit armé opposant les groupes séparatistes aux forces de défense régulières, le tissu social de la région est profondément fragilisé.
Dans ce climat d’insécurité chronique et de difficultés économiques, l’Église catholique s’impose comme l’une des rares institutions restées debout, jouant un rôle de refuge social et de médiateur moral indispensable. Le clergé jouit d’une influence sociopolitique immense, faisant de la conduite des prêtres un sujet d’intérêt public majeur. Les tensions de gouvernance interne au diocèse de Buéa se superposent ainsi parfois aux lignes de fracture de la crise anglophone, où l’origine de Mgr Bibi (issu de l’archidiocèse voisin de Bamenda) a pu, par le passé, alimenter des résistances de la part de certaines élites locales.
Entre rigueur institutionnelle et contestation sociétale
L’impact de cette déclaration a immédiatement divisé l’opinion publique camerounaise et la diaspora. D’un côté, une frange importante de fidèles catholiques salue le courage pastoral de Mgr Bibi. Ses partisans y voient une mesure nécessaire pour assainir les mœurs paroissiales et protéger l’institution contre les scandales de mœurs qui affaiblissent la crédibilité de l’Église à l’ère des réseaux sociaux, d’autant plus que l’institution doit maintenir sa posture morale irréprochable pour peser dans la résolution du conflit régional.
D’un côté, la sortie de l’évêque essuie de virulentes critiques de la part d’organisations de la société civile et d’internautes. Les opposants à cette rhétorique dénoncent une asymétrie de la responsabilité morale. Ils soutiennent qu’en ciblant exclusivement la population féminine, le discours tend à dédouaner les prêtres — des adultes instruits et consentants — de leur propre devoir de réserve et de fidélité à leurs vœux. Pour plusieurs observateurs, cette situation relance également le débat récurrent sur l’opportunité de maintenir le célibat obligatoire pour le clergé catholique.
Un épiscopat marqué par une reprise en main disciplinaire
Cette intervention ne constitue pas un fait isolé, mais s’intègre dans le style de gouvernance particulièrement ferme développé par Mgr Michael Bibi depuis sa nomination. Le diocèse de Buéa a traversé plusieurs années de turbulences institutionnelles, marquées par des conflits d’autorité ouverte avec certains clercs locaux et des responsables d’institutions académiques catholiques, sur fond de rivalités régionales exacerbées par le contexte de crise.
En réaffirmant son autorité par des rappels stricts à l’ordre — qui incluent également l’obligation pour les prêtres de porter la soutane ou la tenue cléricale réglementaire dans l’espace public, l’évêque a réussi à obtenir la soumission canonique des voix dissidentes au sein de son presbytérium. Si le clergé local affiche désormais une solidarité institutionnelle autour de son leader pour dénoncer les campagnes de dénigrement, l’impact à long terme de ces mesures sur la fréquentation des églises par les fidèles reste sous étroite observation.
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