L’Espagne dit avoir renvoyé au Maroc la plupart des migrants entrés à Ceuta
par Ahmed Eljechtimi et Michael Francis Gore
CEUTA, Espagne/FNIDEQ, Maroc, 31 juillet (Reuters) – L’Espagne a annoncé vendredi qu’une grande partie des migrants entrés dans l’enclave de Ceuta avaient été renvoyés au Maroc, alors que cet afflux massif et soudain a mis à l’épreuve les autorités de Madrid mais aussi l’Union européenne dans son ensemble, où des Etats comme l’Italie se sont élevés contre une atteinte à l’intégrité de l’espace Schengen.
Au moins 57 personnes sont mortes depuis jeudi parmi les dizaines de milliers qui ont tenté de pénétrer dans l’enclave, a déclaré le gouvernement espagnol. Des cadavres ont notamment été retrouvés dans la mer, certains migrants tentant d’atteindre Ceuta à la nage.
Selon le président conservateur de Ceuta, Juan Jesus Vivas, qui s’exprimait devant des journalistes, quelque 60.000 migrants ont gagné l’enclave d’environ 19 km2, qui compte près de 83.000 habitants.
Le ministère espagnol de l’Intérieur estime pour sa part qu’environ 50.000 personnes ont franchi la frontière depuis jeudi matin mais il a affirmé vendredi en fin d’après-midi que 48.300 d’entres elles étaient soit reparties volontairement vers le Maroc, soit avaient été expulsées.
Pour bloquer l’afflux de migrants, l’Espagne et le Maroc ont dit avoir renforcé la clôture qui borde l’enclave, Madrid envoyant notamment des renforts policiers et militaires.
Venu sur place, le président du gouvernement, le socialiste Pedro Sanchez, a dénoncé vendredi une violation de la souveraineté territoriale de l’Espagne et assuré que les autorités procéderaient au rapatriement des migrants entrés illégalement.
« Nous (…) préparons les mesures nécessaires pour un retour à la normale dans les plus brefs délais », a-t-il également dit sur X.
Ceuta et Melilla, une autre enclave espagnole située quelque 400 km plus à l’est, constituent les seules frontières terrestres de l’Union européenne sur le continent africain. Ces deux villes autonomes connaissent périodiquement des vagues de tentatives de passage de migrants cherchant à entrer en Europe.
LA FRANCE RENFORCE LES CONTRÔLES FRONTALIERS
Le ministre espagnol de la Politique territoriale, Angel Victor Torres, a estimé vendredi que les arrivées avaient été provoquées par une combinaison de facteurs, notamment une décision récente de la Cour suprême espagnole, laquelle a jugé que les migrants interceptés en mer alors qu’ils tentent de rejoindre Ceuta ou Melilla ne peuvent être renvoyés immédiatement en vertu d’un régime spécial applicable dans ces enclaves.
Les « mafias de trafiquants d’êtres humains » ont eu « une lecture intéressée » de cet arrêt qui s’est répandue « comme une traînée de poudre », a accusé vendredi Pedro Sanchez.
En France, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a déclaré sur X avoir donné dès jeudi soir des « instructions pour renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole ».
« Des contacts sont par ailleurs en cours avec les autorités espagnoles et marocaines afin d’assurer un suivi étroit de la situation et de renforcer la coordination entre les différents services concernés », a fait savoir vendredi l’entourage du président Emmanuel Macron.
La France « se tient prête à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire, si celles-ci en expriment le besoin, y compris au travers de l’agence Frontex ».
Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN) à l’élection présidentielle française de 2027, a déclaré que si elle venait à l’emporter, elle réserverait la libre circulation dans l’espace Schengen aux seuls ressortissants européens pour « stopper cette folie ».
« Face aux entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol, la France doit sans délai renforcer les contrôles à ses frontières », a-t-elle écrit sur X.
« CELA NE PEUT PAS CONTINUER »
L’événement suscite la controverse également à l’échelle européenne, la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, suggérant de fermer l’espace Schengen à l’Espagne. Cette proposition a reçu vendredi le soutien de la Finlande.
« L’Espagne a complètement échoué à protéger la frontière extérieure de l’espace Schengen contre les intrusions. Cela ne peut pas continuer », a écrit sur X la ministre finlandaise de l’Intérieur, Mari Rantanen.
Rome a déclaré vendredi suspendre les accords de Schengen qui prévoient la libre circulation des personnes aux frontières avec l’Espagne.
Si l’Italie ne partage pas de frontière commune avec l’Espagne, cette décision risque d’irriter Madrid et pourrait impacter les personnes voyageant entre les deux pays par avion ou bateau.
Le gouvernement italien a précisé que cette mesure ne concernerait pas les ressortissants espagnols et de l’Union européenne voyageant en Italie et ciblerait des citoyens de pays tiers arrivant d’Espagne par voie maritime ou aérienne.
« C’est une mesure extraordinaire adoptée pour sauvegarder la sécurité nationale et se prémunir de conséquences pour notre nation », a déclaré Giorgia Meloni sur X.
« Cette mesure ne restera en vigueur que le temps nécessaire, en veillant tout particulièrement à limiter son impact sur les flux touristiques estivaux », a-t-elle ajouté.
Le ministère italien de l’Intérieur a également annoncé être convenu avec la France de renforcer les contrôles à la frontière franco-italienne pour empêcher le passage de migrants sans papiers.
Evoquant l’Espagne, le chancelier allemand, Friedrich Merz, a dit attendre de tous les pays de l’UE qu’ils assument leur obligation de protection des frontières extérieures du bloc, condition essentielle à ses yeux pour lutter contre l’immigration clandestine.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a estimé sur X que les images de Ceuta étaient « inacceptables », au regard des règles de l’UE, et a dit s’attendre à des « résultats concrets » grâce à un « partenariat étroit » avec le Maroc. « Il faut démanteler les réseaux de passeurs. Les expulsions doivent être rapides », écrit-elle.
Aux portes de Ceuta, les autorités marocaines ont déployé des camions lance-eau et tentaient de repousser la foule. On pouvait apercevoir les carcasses calcinées d’un bus et de sept voitures, stigmates des affrontements de la veille.
Du côté marocain de la frontière, des milliers de candidats au départ ont continué à affluer la nuit dernière vers Fnideq, proche de Ceuta, se déplaçant le long de la côte à la recherche d’itinéraires alternatifs malgré le déploiement des forces de sécurité qui ont permis de bloquer la plupart des tentatives de passage.
Brahim, âgé de 32 ans, qui n’a pas souhaité donner son nom complet, a raconté être arrivé de Tanger dans l’espoir de franchir le point de passage vers l’enclave espagnole, qu’il a trouvé fermé. Un autre migrant, refusant également de décliner son identité, a dit avoir été pris dans une bousculade lors d’une tentative de traversée.
« J’ai craint pour ma vie », témoigne-t-il, décrivant des scènes de chaos, avec de personnes se bousculant et se marchant dessus le long d’une étroite route côtière.
Les migrants massés à Fnideq étaient principalement des Marocains, ainsi que quelques personnes originaires d’Afrique subsaharienne et d’Algérie, dont des femmes et des enfants.
(Reportage Michael Gore, Emma Pinedo, Ahmed Eljechtimi et Joan Faus; avec la contribution d’Inti Laudaro, Francesca Piscioneri et Alvise Armellini; version française Claude Chendjou, Jean-Stéphane Brosse et Bertrand Boucey, édité par Sophie Louet et Tangi Salaün)
POURQUOI SOUTENIR LE JOURNAL CHRÉTIEN ?
Le Journal Chrétien est le premier pure-player chrétien francophone, c’est-à-dire un média d'information et d'opinion d'inspiration chrétienne qui diffuse ses contenus exclusivement sur Internet. Il offre au quotidien une information fiable et de qualité avec un regard chrétien.Face à l'hégémonie de grands groupes de médias détenus par des milliardaires ou à des multinationales très puissantes, la montée en puissance du Journal Chrétien depuis sa création en 2003 permet aux citoyens d’avoir accès à une information libre de tout conflit d’intérêt.
Le Journal Chrétien est un média :
- Indépendant. Nous ne recevons aucune aide de l’Etat, nous n’appartenons pas un grand groupe ni à une église. De ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons est exempt d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Gratuit. Le Journal Chrétien produit chaque jour des articles, enquêtes et reportages sur les enjeux religieux, économiques, politiques, environnementaux et sociaux qui intéressent un large public. Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde. Nous considérons que s’informer est un droit essentiel, nécessaire à la compréhension du monde et de ses enjeux. Ce droit ne doit pas être conditionné par les ressources financières de chacun.
- Sans publicité. Nous estimons que la publicité a tendance à distraire le lecteur et à favoriser la surconsommation. Le journal n’affiche donc strictement aucune publicité. Cela garantit l’absence de lien financier avec des entreprises, et renforce d’autant plus l’indépendance de la rédaction.
- Diffusé à la télévision sur le réseau de l'opérateur Free (canal 483) par sa chaîne Chrétiens TV, qui est née avec l'idée de proposer une programmation protestante de référence, en permettant aux chrétiens d'être édifiés dans leur foi par des enseignements émanant des églises enracinées dans la saine doctrine.


