Bamenda au Cameroun paralysée par la pénurie d’essence : quand le transport devient un luxe »
La capitale régionale du Nord-Ouest du Cameroun est frappée par une crise énergétique qui bouleverse son quotidien. La raréfaction du carburant, aggravée par la baisse des approvisionnements informels en provenance du Nigeria, a entraîné une flambée des prix et une hausse des tarifs de transport. Entre taxis garés, files d’attente interminables et ménages étranglés par les coûts, Bamenda vit au ralenti et appelle à des mesures urgentes.
Depuis plusieurs semaines, Bamenda est confrontée à une pénurie d’essence qui paralyse la mobilité urbaine. Les stations-service locales sont souvent à sec, tandis que le marché parallèle, longtemps considéré comme une bouée de secours, s’est effondré. Les saisies opérées par les autorités et les difficultés logistiques transfrontalières ont réduit l’offre, créant une tension immédiate sur le marché.
Le litre d’essence, officiellement fixé à 840 FCFA, se vend désormais entre 1 000 et 1 500 FCFA chez les revendeurs informels. Pour les chauffeurs de taxi, cette hausse est insoutenable. « Nous ne pouvons plus travailler à perte », explique un conducteur rencontré au carrefour City Chemist. Beaucoup ont choisi de répercuter les coûts sur les passagers, augmentant les tarifs de 50 à 100 % selon les trajets. D’autres ont garé leurs véhicules, incapables de couvrir leurs frais journaliers.
La conséquence est visible dans les rues : moins de taxis circulent, les files d’attente s’allongent aux carrefours majeurs, et les navetteurs doivent patienter de longues minutes avant de trouver un véhicule. Les moto-taximen, eux aussi, augmentent leurs prix, accentuant la pression sur les ménages. « Je payais 300 FCFA pour aller au marché, aujourd’hui c’est 500 FCFA », témoigne une commerçante. Les étudiants et les petits commerçants sont particulièrement touchés, car leurs revenus ne suivent pas la flambée des tarifs.
Au-delà du transport, la pénurie affecte l’ensemble de l’économie locale. Les commerçants redoutent une hausse des prix des denrées alimentaires et des produits de première nécessité, car les coûts de transport influencent toute la chaîne d’approvisionnement. Les activités quotidiennes, des livraisons aux services de santé, sont perturbées. Les habitants craignent que la crise ne s’installe durablement, aggravant la précarité déjà présente dans une région marquée par des tensions sociopolitiques.
La dépendance au marché noir n’est pas seulement une question économique : elle comporte aussi des risques sécuritaires. Le stockage clandestin de carburant dans des conditions précaires expose la ville à des dangers d’incendie et d’explosion. Les autorités locales, conscientes de ces menaces, multiplient les opérations de saisie, mais sans parvenir à stabiliser l’offre officielle.
Face à cette crise, les habitants de Bamenda réclament des mesures urgentes. Ils demandent au gouvernement de renforcer l’approvisionnement officiel, de réguler les prix et de réduire la dépendance aux circuits informels. Les syndicats de transporteurs, eux, plaident pour une subvention temporaire afin de maintenir les tarifs à un niveau accessible.
La situation de Bamenda illustre plus largement les fragilités du système énergétique camerounais, où les ruptures d’approvisionnement se traduisent immédiatement par des tensions sociales. Dans une ville déjà éprouvée par les crises sécuritaires, la pénurie d’essence agit comme un catalyseur de frustrations et de vulnérabilités. Restaurer un système fiable et transparent d’accès au carburant apparaît désormais comme une urgence vitale pour redonner souffle à une cité asphyxiée.
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