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JO 2026: Après plusieurs tragédies, le ski alpin repense la sécurité sur les pistes

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par Lisa Jucca et Sara Rossi

26 janvier (Reuters) – Les décès en moins d’un an des skieurs alpins italiens Matteo Franzoso et Matilde Lorenzi ont contraint la discipline à se pencher longuement sur ses procédures de sécurité dans la perspective des Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026.

Les deux skieurs sont décédés des suites de blessures subies lors de chutes à l’entraînement, et la Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS) affirme ne rien exclure dans ses efforts pour rendre le ski plus sûr. En course mais pas seulement.

« Nous avons eu deux accidents tragiques. Celui de Franzoso a soulevé de nouvelles questions », a déclaré ​Urs Lehmann, directeur général de la FIS depuis l’an passé, lors d’une interview accordée à Reuters en décembre. « C’est à ce moment-là que ‍nous avons remis en question l’ensemble du système. »

Le ⁠débat sur la sécurité est accentué par les prochains Jeux de Milan-Cortina, où les courses masculines se dérouleront sur la piste du Stelvio, à Bormio, où les descendeurs peuvent atteindre ⁠150 km/h.

Considérée comme l’une des pistes les plus difficiles du circuit, elle a été le théâtre de plusieurs chutes violentes dont celle en décembre 2024 du Français Cyprien Sarrazin, depuis écarté de la compétition.

Sous la direction du Suisse Urs Lehmann, champion du monde de descente en 1993, la FIS a lancé un vaste plan de réforme de la sécurité. Elle a ​d’abord commencé par sonder ses quelque 140 fédérations membres afin de recenser d’éventuelles lacunes dans leurs structures.

« Nous voulons savoir : avez-vous une personne dédiée à la sécurité ? Avez-vous un module dédié à la sécurité dans votre programme de formation des entraîneurs ? Ensuite, nous partagerons les meilleures pratiques et établirons des normes », explique-t-il.

LA FIS VEUT ÉTENDRE L’UTILISATION DES AIRBAGS

Pour Urs Lehmann, l’une des priorités est d’étendre l’utilisation des airbags à un plus grand nombre de séances d’entraînement. La FIS a rendu les airbags obligatoires pour les épreuves de vitesse de la Coupe du monde et les séances d’entraînement officielles depuis la saison dernière.

Des dérogations ont toutefois été initialement accordées à certains athlètes, ‌dont le descendeur italien Dominik Paris, qui a fait valoir que le dispositif limitait ses mouvements. La championne olympique de super-G Lara Gut-Behrami a également critiqué le dispositif.

« L’airbag est obligatoire en compétition, mais ​pas à l’entraînement », précise Urs Lehmann. « L’airbag doit également être porté à l’entraînement (…) Pas d’exception. »

L’airbag utilise des capteurs et la technologie GPS pour surveiller les mouvements de l’athlète et ainsi se déclencher en cas d’accident.

Même s’il s’agit de l’innovation la plus importante en matière de sécurité au cours des deux dernières décennies, l’airbag a mis des années à s’installer dans le milieu en raison de défis techniques, de problèmes de coûts et de la réticence de certains skieurs.

En 2015, un accident impliquant le champion olympique Matthias Mayer a été l’un des premiers cas très médiatisés d’un airbag se déclenchant en pleine course. L’Autrichien ‌s’est cassé ‌deux vertèbres, mais une enquête a montré que les dommages auraient été plus graves sans l’airbag, selon Dainese, une marque italienne qui fabrique 90% des airbags ​utilisés en Coupe du monde.

Plus récemment, l’airbag du champion olympique de slalom géant Marco Odermatt s’est gonflé après avoir évité de justesse une chute à Bormio, en 2024, mais le Suisse avait terminé, indemne, à la cinquième place.

UNE MEILLEURE PROTECTION NÉCESSAIRE SUR LES SITES D’ENTRAÎNEMENT

D’anciens champions estiment que les plus grands risques surviennent en dehors des jours de courses télévisées.

« En Coupe du ​monde, il y a des filets à droite et à gauche. À l’entraînement, les protections sont précaires », assure l’ancien descendeur italien Kristian Ghedina, aujourd’hui à la retraite, à Reuters. « On ne peut pas rendre un sport de vitesse totalement sûr mais on peut faire beaucoup plus sur les pistes d’entraînement. »

L’ancien vainqueur de Cortina et ⁠de Kitzbühel (Autriche) a insisté pour que les skieurs s’entraînent sur des pentes homologuées et pour que davantage de zones dédiées à la descente soient créées.

« Ce qui manque aujourd’hui, ce sont des protections pendant ​l’entraînement », considère également la triple championne olympique Deborah Compagnoni auprès de Reuters. « Il est possible de revoir les matériaux et la configuration des pistes. »

DES FIXATIONS INTELLIGENTES

Adolfo Lorenzi dirige aujourd’hui une fondation en l’honneur de sa fille Matilde, décédée en 2024 à 19 ans à la suite d’une chute lors d’un entraînement dans le Sud-Tyrol.

Selon lui, la sécurité a pris du retard par rapport à l’évolution rapide de l’équipement. Sa fondation promeut une formation pratique pour les entraîneurs et des normes de sécurité plus élevées dans les camps d’entraînement.

« Il y a un coût, mais il n’y a pas de coût lié à une vie humaine », dit-il à Reuters.

Outre les airbags, Urs Lehmann pense que les fixations intelligentes, pour que ⁠les skis se décrochent plus rapidement en cas de chute, réduiront les blessures au genou et au tibia qui affectent ce sport. Elles pourraient être disponibles pour les skieurs d’ici trois à quatre ans.

La FIS envisage également des combinaisons de course plus épaisses, afin de ralentir les skieurs, et des modifications dans la conception des ‌chaussures. Mais Urs Lehmann est conscient que les équipes seraient mécontentes de sacrifier la vitesse.

(Reportage de Lisa Jucca et ⁠Sara Rossi à Milan, version française Vincent Daheron, édité par Kate Entringer)

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