Football: Guadalajara se prépare à accueillir le Mondial malgré le spectre de la violence
par Diego Oré
GUADALAJARA, Mexique, 27 mars (Reuters) – Voitures calcinées, commerces aux rideaux tirés, rues jonchées de douilles vides: il y a un peu plus d’un mois, Guadalajara, la deuxième plus grande ville du Mexique, était encore sous le choc d’une vague de violence déclenchée par l’arrestation puis la mort du patron de cartel Rubén « El Mencho » Oseguera.
Jeudi soir, la ville a montré un tout autre visage en accueillant son premier match international de football depuis cette opération militaire, dans une course contre la montre pour rassurer sur la question sécuritaire à moins de trois mois de la Coupe du monde, que le Mexique coorganisera avec les États‑Unis et le Canada.
Au terme d’un barrage âpre, la Jamaïque a dominé la Nouvelle‑Calédonie (1-0) dans un stade Akron de 50.000 places quasiment plein et se rapproche un peu plus de son rêve : retrouver la Coupe du monde, 28 ans après son unique participation.
« Tout ça, c’est quelque chose qui n’a duré qu’une journée. Le lendemain, tout était sous contrôle, alors je n’ai pas annulé les billets d’avion. J’ai toujours eu confiance », raconte Rick Brown, un Jamaïcain de 53 ans installé au Canada et arrivé mardi en ville avec ses deux jeunes enfants pour soutenir son équipe.
« Je me sens plutôt en sécurité. Il y a beaucoup de gardes », ajoute‑t‑il en désignant les agents lourdement armés postés devant le stade.
Mais l’essentiel se jouait hors du terrain. Les deux sélections ont rejoint le stade sous l’escorte de militaires et policiers armés de fusils.
Guadalajara accueillera quatre rencontres de phase de groupes de la Coupe du monde, avec notamment le Mexique, l’Espagne et l’Uruguay. Les sélections sud‑coréenne et colombienne ont choisi d’y établir leur camp de base.
CRISE DES DISPARUS
La ville espère faire de l’événement une vitrine touristique. Mais l’arrivée d’environ trois millions de visiteurs braque aussi les projecteurs sur la violence des cartels et sur les milliers de disparus de l’État de Jalisco, dont Guadalajara est la capitale.
« Nous continuons à renforcer la sécurité, surtout à l’échelle de l’État. Nous avons rétabli une présence institutionnelle et des dispositifs de sécurité pour que les gens se sentent en sûreté où qu’ils aillent », explique le secrétaire à la Sécurité publique du Jalisco, Juan Pablo Hernández, qui assure que plus de 2.000 agents veillent sur les équipes et le public dans l’enceinte de l’Akron.
« Jamaïque – Nouvelle‑Calédonie est l’un des tests les plus importants avant la Coupe du monde », ajoute‑t‑il, en précisant que ses services ont été formés par le FBI et différentes forces de police, notamment françaises et colombiennes.
Le président de la FIFA Gianni Infantino a indiqué que l’instance « analysait » la situation au Mexique, tout en minimisant les inquiétudes et en martelant qu’il avait « une totale confiance » dans le pays, sa présidente Claudia Sheinbaum et les autorités.
Le Mexique traverse surtout une importante crise puisque plus de 132.000 personnes sont officiellement portées disparues. Le Jalisco, fief de l’un des deux groupes criminels les plus puissants du pays, concentre à lui seul 10 % de ces cas.
Des collectifs de recherche des disparus critiquent alors les dépenses liées à l’accueil du Mondial l’été prochain.
« Ce n’est pas qu’on soit contre la Coupe du monde, on est contre ces dépenses publiques démesurées dans l’esthétique, le nettoyage pour les touristes, alors que le Mexique traverse de nombreuses crises, en particulier sur la sécurité et les disparitions », estime Héctor Flores, 45 ans, cofondateur du collectif de recherche Luz de Esperanza.
« La Coupe du monde est une occasion idéale de demander de l’aide à la communauté internationale et de lui faire voir ce qui se passe au Mexique », espère-t-il. « Le Jalisco est une fosse commune, tout le Mexique est une fosse commune.
(Reportage de Diego Oré, version française Vincent Daheron, édité par Sophie Louet)
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