Le Jour des martyrs célébré par des milliers de chrétiens est reporté en Ouganda
Les célébrations du Jour des martyrs prévues le 3 juin en Ouganda, une fête nationale qui attire habituellement des milliers de chrétien venus de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), ont été reportées en raison de l’épidémie d’Ebola.
Des professionnels du secteur la santé s’activaient lundi sur les lieux d’une nouvelle épidémie d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), dont la détection tardive et la propagation rapide alarment les experts.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré dimanche que cette épidémie constituait « une urgence de santé publique de portée internationale » en raison du risque élevé que la maladie se propage au-delà des frontières de la RDC après la confirmation de deux cas à Kampala, capitale de l’Ouganda voisin.
L’épidémie aurait fait 105 morts tandis que 393 cas suspects ont été recensés dans la province d’Ituri, dont huit cas confirmés par des analyses en laboratoire, ont annoncé lundi les autorités sanitaires de la RDC.
Un autre cas a été confirmé à Goma, capitale de la province voisine du Nord-Kivu, selon les rebelles du M23 qui contrôlent la ville.
Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des Etats-Unis (CDC) ont en outre annoncé lundi qu’un Américain avait été testé positif au virus Ebola dans le cadre de sa mission en RDC.
Le patient va être transféré en Allemagne afin de recevoir un traitement, a indiqué aux journalistes le responsable de la gestion de crise Ebola au sein des CDC.
Une délégation emmenée par le ministre de la Santé de la RDC, Samuel Roger Kamba, est arrivée dimanche à Bunia, capitale de l’Ituri, avec des tentes devant servir à mettre en place de centres de traitement afin de soulager les hôpitaux locaux, déjà débordés.
« Ce n’est pas une maladie mystique », a-t-il déclaré à Reuters. « Faites-vous connaître afin que l’on puisse vous soigner et empêcher la propagation de la maladie. »
La représentante de l’OMS en RDC, Anne Ancia, a déclaré que l’agence onusienne avait épuisé ses stocks d’équipements de protection dans la capitale, Kinshasa, et qu’elle préparait actuellement un avion-cargo pour en acheminer des fournitures supplémentaires depuis un dépôt situé au Kenya.
UN VARIANT SANS TRAITEMENT SPÉCIFIQUE NI VACCIN
Les organisations humanitaires International Rescue Committee (IRC) et Médecins Sans Frontières ont pour leur part indiqué lundi avoir déployé des équipes.
L’épidémie actuelle est provoquée par le variant Bundibugyo pour lequel, contrairement à la souche plus courante d’Ebola du Zaïre, les professionnels de santé ne disposent pas de traitement spécifique ni de vaccin.
Une épidémie d’Ebola survenue entre 2018 et 2020 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri a été la deuxième plus meurtrière jamais enregistrée, faisant près de 2.300 morts.
La réponse à celle-ci a été compliquée par les affrontements armés dans l’est du Congo et la méfiance des populations locales à l’égard des premiers intervenants.
Ces dernières semaines, des affrontements entre groupes armés rivaux en Ituri ont tué des dizaines de civils, aggravant une situation humanitaire déjà désastreuse.
Jean Pierre Badombo, ancien maire de Mongbwalu, une ville minière de l’Ituri située à l’épicentre de l’épidémie, a déclaré que les gens avaient commencé à tomber malades mi-avril après l’arrivée d’un grand cortège funèbre à cercueil ouvert en provenance de Bunia.
« Après cela, nous avons connu une cascade de décès », a-t-il déclaré.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré vendredi que l’agence avait été informée pour la première fois de cas suspects le 5 mai et avait dépêché une équipe en Ituri, mais que les échantillons prélevés sur le terrain s’étaient initialement révélés négatifs.
Des tests effectués par la suite à Kinshasa ont confirmé des cas positifs le 14 mai et l’OMS a déclaré l’épidémie le lendemain.
LA BAISSE DES FINANCEMENTS AGGRAVE LA SITUATION
Lievin Bangali, coordinateur principal de la santé de l’IRC en RDC, a pour sa part indiqué que la baisse des financements provenant des bailleurs de fonds internationaux avait fragilisé la détection des maladies.
« Lorsque les réseaux de surveillance s’effondrent, des maladies dangereuses comme Ebola peuvent se propager plus loin et plus vite avant que les communautés et les professionnels de santé puissent réagir », a-t-il déclaré.
La RDC a connu 17 épidémies d’Ebola depuis que le virus a été identifié pour la première fois dans le pays, en 1976. La maladie se propage par contact direct avec les fluides corporels de personnes infectées ou avec des matériaux contaminés.
Selon l’OMS, le taux de mortalité moyen lié à Ebola est d’environ 50% et a varié entre 25% et 90% lors des précédentes épidémies.
L’Ouganda a annoncé dimanche le report des célébrations du Jour des martyrs prévues le 3 juin, une fête nationale qui attire habituellement des milliers de chrétien venus de l’est de la RDC, en raison de l’épidémie.
Kithula Haggai Sunday, médecin au ministère ougandais de la Santé, a déclaré lors d’un point presse en ligne que plusieurs personnes originaires de l’ouest de l’Ouganda, qui s’étaient récemment rendues à des funérailles dans l’est du Congo avant de rentrer chez elles, étaient placées en observation.
Certaines ont développé des symptômes et ont été transférées vers la ville de Fort Portal, a-t-il ajouté.
(Avec Aaron Ross, version française Benjamin Mallet, édité par Blandine Hénault)
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