Football/Coupe du monde: Le rêve inachevé des Bleus, prélude d’une nouvelle ère programmée
DALLAS, 15 juillet (Reuters) – L’élimination de l’équipe de France en demi-finales de la Coupe du monde a brisé encore une fois le rêve de gloire de l’une des générations les plus talentueuses des Bleus, qui devraient après le tournoi être dirigés par Zinédine Zidane, auquel incombera la tâche de trouver la formule pour remporter une troisième étoile.
Parmi les favoris pour le titre et invaincus depuis le début du tournoi, dans le sillage d’une attaque percutante, les Bleus ont vu mardi face à l’Espagne (2-0) la porte d’une troisième finale mondiale consécutive se refermer brutalement, presque inexorablement.
Si le résultat est douloureux, la manière l’est au moins tout autant. Pour leur premier grand défi dans ce Mondial 2026, les Français ont été incapables à Dallas de faire la différence techniquement et ont été dominés tactiquement par l’équipe championne d’Europe en titre.
Comme lors de l’Euro, il y a deux ans, comme en Ligue des Nations, en juin 2025, l’équipe de France a subi la loi de l’Espagne en demi-finales d’un tournoi. Contrairement à leurs deux précédentes confrontations, elle se présentait cette fois avec davantage de certitudes et d’aplomb dans son jeu.
Mais le quatuor offensif des Bleus, dans lequel figuraient le co-meilleur buteur (Kylian Mbappé, à égalité avec Lionel Messi, 8 buts) et le meilleur passeur (Michael Olise, 5 passes décisives) du tournoi à l’orée du dernier carré, n’a pas pesé face à la « Roja », meilleure défense (un seul but encaissé).
L’Espagne a contrôlé la possession de balle et le tempo, fidèle aux principes qui l’ont portée vers un quatrième titre continental – un record – deux ans plus tôt. Et les tentatives des Bleus pour la mettre sous pression ont échoué, plombées par de trop nombreuses erreurs techniques.
« QUAND TU NE FAIS PAS CE QUE TU ES CENSÉ FAIRE… »
« On n’a pas fait le match qu’on voulait faire, que ce soit tactiquement, techniquement, dans le niveau global qu’on a fourni », a déclaré Kylian Mbappé devant les journalistes. « Quand tu ne fais pas ce que tu es censé faire dans une demi-finale de Coupe du monde, tu ne gagnes pas. »
Le capitaine des Bleus a admis que l’Espagne a été supérieure dans le contrôle du match, constatant que la France n’était pas parvenue à modifier le rapport de forces.
Rayan Cherki, entré en jeu en seconde période mardi à Dallas, a résumé le match ainsi: « La seule équipe qui nous a battus, c’est nous-mêmes ».
« On n’a pas perdu contre l’arbitre, on n’a pas perdu contre l’Espagne. On a perdu contre nous-mêmes », a-t-il ajouté en conférence de presse. « On a été battu techniquement, tactiquement, dans les duels ».
Cette défaite envoie les Bleus à Miami pour y disputer samedi le match pour la troisième place, plutôt que la finale dimanche à New York, en guise d’ultime match de Didier Deschamps comme sélectionneur après 14 ans en poste.
L’ancien milieu de terrain, capitaine de l’équipe de France sacrée championne du monde pour la première fois de son histoire en 1998, a transformé une sélection tricolore en crise pour en faire l’une des puissances du football international.
SUR LES RUINES DE KNYSNA
Quand il a pris les commandes des Bleus, en 2012, Didier Deschamps a dû bâtir sur les ruines du « fiasco de Knysna » – la grève des joueurs lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud -, qui a plongé le football français en crise et dont le souvenir était alors toujours omniprésent.
Imposant discipline et rigueur, il a donné sur le terrain priorité à l’équilibre collectif, obtenant souvent des résultats lors des grands tournois, même s’il lui a parfois été reproché de ne pas optimiser le potentiel offensif des Bleus.
Six ans après sa nomination, Didier Deschamps a mené l’équipe de France vers sa deuxième étoile mondiale, puis vers une seconde finale consécutive de Coupe du monde en 2022.
Celui qui devrait prendre le relais à la tête des Bleus, son ex-coéquipier Zinédine Zidane, va hériter d’une sélection en bien meilleure posture qu’en 2012, avec un éventail de talents que peuvent envier bon nombre de pays.
S’il n’a pas encore été officiellement nommé, l’ancien entraîneur du Real Madrid est considéré comme le successeur idoine, avec pour défi de trouver la formule qui permettra à l’équipe de France d’exprimer tout son potentiel collectif et d’utiliser pleinement ses talents offensifs, à l’image de Michael Olise, l’un des joueurs émergents des Bleus.
Le groupe actuel est composé de joueurs n’ayant pas encore atteint le pic de leur carrière et sur lesquels Zinédine Zidane, s’il venait à être confirmé comme sélectionneur, pourra s’appuyer pour l’Euro 2028 puis la Coupe du monde 2030.
Parmi eux: Kylian Mbappé (27 ans), Ousmane Dembélé (29 ans), Michael Olise (24 ans), Bradley Barcola (23 ans) et Désiré Doué (21 ans), pour lesquels le temps n’est pas encore compté.
Reste que les opportunités au plus haut niveau mondial sont rares, même si l’ère Deschamps a été marquée par l’habitude des Bleus à être présents dans les grands rendez-vous.
La nouvelle ère qui se profile doit permettre à cette génération dorée de concrétiser ses rêves et de ne pas quitter la scène en se remémorant uniquement des occasions manquées.
(Reportage de Julien Pretot; rédigé par Jean Terzian, avec Vincent Daheron)
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