Cyclisme/Tour de France-La nouvelle vie de Thibaut Pinot
par Vincent Daheron
BELFORT, Territoire de Belfort, 17 juillet (Reuters) – Il fallait au moins ça, une étape du Tour de France qui passe sur ses terres et un sprint intermédiaire placé dans sa commune de Mélisey (Haute-Saône) pour que Thibaut Pinot sorte de la ferme dont il s’occupe à temps plein depuis sa retraite en 2023.
Le troisième du Tour 2014 était l’attraction principale au départ de Dole (Jura) vendredi matin. Le bus de la Groupama-FDJ United, son équipe de toujours, a été assailli par les journalistes et ses fans, lui qui n’aime rien tant que sa solitude.
« On est très loin du calme. C’est assez perturbant, quand même. Il y a deux heures, j’étais avec mes animaux », a-t-il souri face à la presse. « Être au milieu de vous, de tout le Tour de France, ça me rappelle des souvenirs et c’est plutôt sympa. »
Entre Thibaut Pinot et le Tour de France, c’est une longue histoire. Le Franc-Comtois a longtemps été vu comme le successeur de Bernard Hinault, dernier vainqueur français du Tour en 1985, dans la foulée de sa victoire d’étape à Porrentruy (Suisse), dès sa première participation en 2012, puis sa troisième place au général deux ans plus tard, à 24 ans.
Le plus grand regret date de 2019. Cet été-là, Thibaut Pinot vole dans les Pyrénées, signe sa troisième victoire sur la Grande Boucle au sommet du Tourmalet et navigue non loin de la première place au classement général.
Victime d’une lésion musculaire à la cuisse gauche à cause d’un choc avec son guidon, il est forcé d’abandonner à deux jours de l’arrivée sur les Champs-Élysées.
Lors de sa dernière participation, en 2023, le vainqueur du Tour de Lombardie 2018 termine quatre fois dans le top 10 d’une étape, sans parvenir à accrocher un nouveau succès à son palmarès.
Depuis, il vit la vie qu’il avait toujours imaginée, voire rêvée.
« Ma nouvelle vie est assez simple. Je m’occupe de ma ferme toute la journée, je suis au milieu de mes bêtes et à la campagne, au calme. C’est une vie qui me va bien, » raconte-t-il.
« Je suis aussi heureux dans mes deux vies », poursuit-il. « J’ai eu beaucoup de chance d’avoir réussi ma reconversion. Ce n’est pas toujours simple de retrouver sa voie après avoir passé toute sa vie sur un vélo, donc je suis plutôt chanceux d’avoir trouvé ce que j’aime vraiment. »
Avant de se présenter au départ à Dole, Thibaut Pinot s’est levé aux aurores pour faire le travail quotidien au sein de sa ferme. Le vélo, lui, prend la poussière.
« Il a a gardé quelques vélos, mais, par contre, le vélo est rangé », assure son frère Julien, directeur de l’entraînement de la formation Groupama-FDJ United.
« Il s’adonne pleinement à ses nouvelles activités. Il fait beaucoup de travail manuel de 6h du matin jusqu’à 22h le soir, tous les jours. C’est du travail 24 heures sur 24, donc forcément, il n’a pas pris un gramme. »
Même si sa vie est désormais loin du cyclisme, impossible de ne pas faire le parallèle avec Paul Seixas, prodige français de 19 ans également présenté comme un possible vainqueur du Tour de France dans les prochaines années.
« Je n’ai pas trop de conseils à donner. Je pense qu’il est plus préparé que je ne l’étais à l’époque », estime Thibaut Pinot à propos de l’actuel sixième au classement général du Tour. « Ce qu’il fait à son âge, (Tadej) Pogacar ne le faisait peut-être pas, c’est exceptionnel ce qu’il fait. On a un phénomène devant nous, c’est facile de s’extasier. »
De la carrière de Paul Seixas dépendra, peut-être, la tranquillité tant recherchée par Thibaut Pinot, l’idole d’une génération pour le cyclisme français.
(Reportage de Vincent Daheron à Belfort, édité par Jean-Stéphane Brosse)
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