La fusion Facebook-WhatsApp, un cas d’école pour l’Union européenne, selon de Silva
Le rachat de WhatsApp par Facebook en 2014 n’aurait pas dû être autorisé par les autorités de concurrence, estime Isabelle de Silva, qui plaide pour un renforcement du contrôle des concentrations au regard de la montée en puissance des géants du numérique.
Dans une interview accordée à Reuters, la présidente de l’Autorité de la concurrence souligne que l’opération de février 2014, d’un montant de 22 milliards de dollars, est emblématique des questions que l’UE, et la France singulièrement, doivent se poser en matière de concentrations et de concurrence.
« Clairement, des opérations comme Facebook-WhatsApp n’auraient sans doute pas dû être autorisées », juge-t-elle.
« Je pense que parmi les sujets qu’on voit maintenant plus clairement qu’il y a quelques années, c’est à quel point la capacité de collecter et d’exploiter des données est un avantage majeur, puisque très concrètement c’est ce qui permet aujourd’hui à des acteurs comme Facebook et Google de créer leur valeur », poursuit-elle.
Un porte-parole de Facebook n’a pas fait de commentaire dans l’immédiat.
La Commission européenne, qui a pour mission d’apprécier les fusions et acquisitions entre entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse certains seuils, avait donné son feu vert au rachat de WhatsApp par Facebook en octobre 2014 en vertu du règlement de l’UE sur les concentrations.
L’exécutif européen avait toutefois imposé en mai 2017 une amende de 110 millions d’euros à la société américaine pour avoir fourni des données inexactes lors de l’enquête européenne sur le rachat de l’application mobile de messagerie instantanée.
Pour Isabelle de Silva, l’appréciation de la notion de communauté d’utilisateurs doit entrer en ligne de compte dans la mise en oeuvre des règles de concurrence.
« On voit bien que dans ce qui fait le succès de Facebook aujourd’hui, il y a non seulement le fait d’avoir racheté WhatsApp et Instagram en termes de communautés d’utilisateurs, mais d’avoir pu agréger ces communautés d’utilisateurs », relève-t-elle.
« C’est pour ça que je plaide pour un renforcement du contrôle des concentrations car je pense qu’aujourd’hui, il n’est pas suffisamment large, et il n’est pas appliqué d’une façon suffisamment exigeante sur les rachats par ces entreprises de toute une série de start-up. »
La nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, plaide pour une refonte des règles de concurrence de l’UE en vue d' »une approche plus sectorielle, adaptée aux circonstances ».
Sa vice-présidente exécutive Margrethe Vestager – qui garde la main sur la concurrence et le numérique, et a fait des « GAFA » son cheval de bataille – insiste notamment sur la nécessité de prendre en considération les données, désormais partie intégrante du « business model » de plusieurs entreprises, dans la réflexion en cours, de même que la prééminence des compagnies américaines et chinoises sur internet.
L’Autorité de la concurrence prendra part à ces travaux.
Le gendarme français de la concurrence a pour la première fois sanctionné Google le 20 décembre dernier en lui infligeant une amende de 150 millions d’euros pour abus de position dominante sur le marché de la publicité liée aux recherches.
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