Ukraine: La capacité d’aide de l’Europe de l’Est mise à rude épreuve par l’afflux continu de réfugiés
par Marek Strzelecki et Jason Hovet
MEDYKA, Pologne/PRAGUE (Reuters) – La mobilisation des populations des pays frontaliers de l’Ukraine en faveur des réfugiés ukrainiens est freinée par le manque de logements et de moyens, alors que le nombre d’exilés a dépassé les 2,5 millions.
L’aide en Pologne, Slovaquie, Roumanie, Hongrie et Moldavie est principalement le fait de citoyens qui se sont portés volontaires pour véhiculer, nourrir ou loger des personnes déplacées, avec le soutien d’organisations non-gouvernementales et des autorités locales.
Mais, alors que la guerre en Ukraine entre dans sa troisième semaine et que le nombre de réfugiés ne cesse d’augmenter, il devient de plus en plus difficile de fournir une aide suffisante.
À Cracovie, deuxième ville de Pologne, une ONG parle d’une situation « tragique » à la gare.
« Nous appelons de nombreux endroits, mais la seule réponse est : il n’y a plus de lits. L’intervention du gouvernement est nécessaire ! », a écrit sur Twitter la Fundacja Brata Alberta, une organisation qui habituellement prend en charge des personnes souffrant d’un handicap mental.
À Hrubieszow, une petite ville polonaise proche de la frontière ukrainienne, la maire Marta Majewska a déclaré avoir dépensé toute la réserve de crise, soit 100.000 zlotys (20.847 euros), ainsi que 170.000 zlotys du budget de la province, pour gérer un centre d’accueil pour des personnes déplacées.
10% DE LA POPULATION DE VARSOVIE
La Pologne est le premier pays de destination des civils qui fuient la guerre, présentée par le président russe Vladimir Poutine comme une « opération militaire spéciale » visant à démilitariser et « dénazifier » le pays voisin.
Selon la garde-frontière polonaise, 1,5 million de personnes sont entrées en Pologne depuis que la Russie a déclenché son invasion le 24 février.
A Varsovie, les réfugiés représentent désormais 10% de la population de la ville, selon le maire Rafal Trzaskowski.
À Przemysl, près du poste-frontière le plus fréquenté de Pologne, l’adjoint au maire Boguslaw Swiezy dit constater une baisse du nombre de bénévoles, dont certains sont des étudiants et d’autres des personnes en congé de travail.
Pour faire face aux besoins des arrivants, le gouvernement polonais prépare un fonds de 1,6 milliard d’euros et a mobilisé la police, les pompiers et d’autres services pour la distribution de l’aide.
En Roumanie, un centre de conventions de Bucarest et un stade couvert ont été transformés en centres d’accueil; la Hongrie étudie la possibilité de convertir des bâtiments publics de Budapest en centres d’hébergement et Prague a lancé un appel à la population et des hôteliers pour accueillir les réfugiés.
A ce jour, 365.000 réfugiés ont été accueillis en Roumanie, 219.000 en Hongrie, 176.00 en Slovaquie, et quelque 200.000 en République tchèque (qui n’a pas de frontière commune avec l’Ukraine), selon des données officielles des pays.
(Reportage Marek Strzelecki et Jason Hovet, avec la contribution de Mari Saito à Medyka, Anna Wlodarczak-Semczuk à Varsovie, Luiza Ilie à Bucarest, Anita Komuves et Krisztina Than à Budapest, et Jason Hovet à Prague; rédigé par Gwladys Fouche ; version française Diana Mandiá, édité par Sophie Louet)
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