L’opposition turque appelle au boycott des médias pro-Erdogan
par Huseyin Hayatsever et Jonathan Spicer
ISTANBUL (Reuters) – L’opposition turque, galvanisée par les manifestations de grande ampleur contre l’emprisonnement du maire d’Istanbul, cherche à maintenir l’élan en appelant notamment au boycott des chaînes de télévision et des entreprises qui, selon elle, ferment les yeux sur le mouvement de contestation.
L’incarcération d’Ekrem Imamoglu, considéré comme le principal adversaire du président Recep Tayyip Erdogan, même si ce dernier ne pourra théoriquement pas briguer un nouveau mandat en 2028, a entraîné les plus imposantes manifestations depuis une décennie en Turquie.
Özgür Özel, président du Parti républicain du peuple (CHP), dont est issu le maire d’Istanbul, a appelé dimanche soir les centaines de milliers de personnes rassemblées dans la ville à boycotter les médias et les entreprises qui soutiennent le gouvernement.
Les médias turcs sont considérés dans leur très grande majorité comme pro-gouvernementaux, et les principales chaînes de télévision ont diffusé très peu d’images des manifestations.
Özgür Özel s’en est également pris aux entreprises qui diffusent de la publicité sur ces chaînes, promettant d’en dresser prochainement la liste.
« Il ne s’agit pas seulement de ne pas regarder leurs chaînes, mais aussi de ne pas acheter leurs produits, car cela revient à être complice », a-t-il dit à ses partisans.
Ekrem Imamoglu est le dernier opposant en date à être ainsi écarté du pouvoir ou empêché de se présenter aux élections par le biais de décisions de justice qu’ils contestent.
DÉSOBÉISSANCE CIVILE EN BERNE
Le pouvoir turc a aussi resserré son étreinte autour des rares médias encore indépendants.
L’organisme de surveillance de la radiodiffusion RTUK a ainsi menacé ce week-end de révoquer les licences des chaînes qui assurent une couverture en direct des manifestations, en les accusant de « partialité ». Plusieurs chaînes ont obtempéré et ont interrompu leur couverture lorsque des affrontements ont éclaté entre policiers et manifestants.
Le réseau social X d’Elon Musk a de son côté bloqué l’accès à des centaines de comptes la semaine dernière à la demande des autorités turques.
La Turquie ne pointait en 2024 qu’au 158e rang du classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), sur 180 pays. Selon RSF, 90% des médias turcs sont contrôlés par le gouvernement.
Pour Özgür Özel, l’arme la plus efficace des opposants est donc économique. Le chef du CHP a appelé ses partisans à mettre « à genoux » les entreprises qui ferment les yeux sur le mouvement de contestation, en boycottant par exemple certaines chaînes de restauration.
L’impact de cette initiative est difficile à évaluer, la désobéissance civile ayant considérablement baissé d’intensité depuis la répression brutale de la révolte partie du parc Gezi d’Istanbul en 2013, qui avait elle aussi été largement passée sous silence par les médias gouvernementaux.
(Reportage de Huseyin Hayatsever, Ece Toksabay et Jonathan Spicer ; version française Tangi Salaün, édité par Sophie Louet)
VOUS AIMEZ NOUS LIRE ? ENGAGEZ-VOUS !
À l'heure de l'intelligence artificielle et des fake news, l'accès à des faits vérifiables est crucial. Le Journal Chrétien, service de presse en ligne et chaîne de télévision chrétienne, se positionne comme le média de la vérité qui propose une information indépendante et fiable, non biaisée par des intérêts d'actionnariat ou publicitaires.
Votre soutien nous est précieux pour nous permettre de continuer à produire ce journalisme chrétien de qualité, à réaliser des enquêtes inédites, des reportages singuliers, pour vous informer et nourrir votre réflexion sur les grands enjeux du moment.
Pour plus d'information, contactez-nous par email à l'adresse admin@chretiens.info ou par téléphone au par téléphone au +33 769138397