L’enquête se concentre sur la sécurité du bar où un incendie a fait au moins 40 morts
par Dave Graham et Emma Farge
CRANS-MONTANA, Suisse, 3 janvier (Reuters) – L’enquête se concentrait samedi sur les mesures de sécurité mises en place dans le bar de Crans-Montana, en Suisse, où un incendie survenu lors du réveillon du Nouvel An a fait au moins 40 morts et 119 blessés dont 16 Français selon un dernier bilan.
Le ministère des Affaires étrangères français a fait savoir samedi matin que 16 ressortissants français blessés avaient été pris en charge et que neuf autres, contre huit vendredi, restaient « non localisés ».
Les autorités suisses ont par la suite annoncé dans un communiqué l’ouverture d’une instruction pénale contre les deux gérants du bar, « prévenus d’homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence ».
Selon les premiers éléments de l’enquête, le feu a probablement été déclenché par des bougies scintillantes à proximité du plafond.
Des témoins ont raconté avoir vu des employés du bar en question, Le Constellation, allumer des bougies sur des bouteilles de champagne, et des questions se posent quant à la composition de la mousse utilisée pour insonoriser le plafond du sous-sol où dansaient les clients.
Béatrice Pilloud, procureure générale du Valais, canton où se situe le bar de la station de ski huppée de Crans-Montana, a déclaré vendredi que les éléments disponibles indiquaient que l’incendie s’était déclaré en raison de la présence de feux de Bengale trop près du plafond.
Des investigations complémentaires permettront de déterminer si des personnes sont tenues pénalement responsables de l’incendie, a-t-elle précisé lors d’une conférence de presse.
L’enquête portera sur les rénovations effectuées dans le bar, les systèmes d’extinction d’incendie et les voies d’évacuation, ainsi que sur le nombre de personnes présentes dans le bâtiment au moment où l’incendie s’est déclaré, ont indiqué les procureurs.
PLUSIEURS JOUR POUR IDENTIFIER LES CORPS
Selon les habitants, la police est arrivée rapidement sur les lieux, mais les victimes étaient si gravement brûlées que les enquêteurs ont fait savoir que l’identification des corps prendrait plusieurs jours.
Pour l’instant, les autorités n’ont identifié qu’un jeune golfeur international italien, Emanuele Galeppini. Selon deux sources proches de l’enquête, certaines victimes pourraient avoir moins de 16 ans.
Les habitants du quartier ont indiqué que le bar était fréquenté par les jeunes, et le gouvernement suisse a précisé que nombre de victimes étaient jeunes. En Suisse, la consommation de bière et de vin est autorisée à l’âge de 16 ans.
Jacques Moretti, l’un des propriétaires du bar, a déclaré au journal La Tribune de Genève que Le Constellation avait été contrôlé trois fois en dix ans et que tout avait été fait dans les règles. Reuters n’a pas pu joindre immédiatement les propriétaires du bar pour recueillir leurs commentaires.
Selon Stéphane Ganzer, responsable de la sécurité du Valais, l’enquête déterminera si le bar a fait l’objet d’inspections annuelles du bâtiment, sachant que la ville n’a fait part d’aucune inquiétude ni signalé aucun défaut au canton.
« Ce tragique incident va avoir des conséquences majeures sur la sécurité des bars en Valais et dans toute la Suisse », a déclaré Sebastian Steuer, un entrepreneur de Saviese, une commune voisine.
Vendredi, les habitants endeuillés ont continué à rendre hommage aux victimes de l’incendie, déposant des fleurs et des hommages à proximité, alors même que la police commençait à rouvrir le périmètre autour du bar bouclé, situé au cœur de cette riche commune montagnarde.
Ashley Hauri, 23 ans, a déclaré à Reuters qu’elle était sur le point de se rendre au Constellation juste avant l’incendie pour retrouver des amis, avant de renoncer.
Six de ses anciens collègues, âgés d’une vingtaine à une quarantaine d’années, se trouvaient à l’intérieur du bâtiment au moment où l’incendie s’est déclaré, a-t-elle indiqué. Deux d’entre eux ont été hospitalisés ; les quatre autres sont portés disparus.
« J’étais vraiment sous le choc », a dit Ashley Hauri, qui a tenté de contacter ses amis. « Mais je n’avais aucune réponse, et j’étais vraiment effrayée et paniquée parce que je voulais faire quelque chose. »
(Reportage de Dave Graham, Emma Farge, Tassilo Hummel et Benoit Van Overstraeten ; version française Elizabeth Pineau et Benjamin Mallet)
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