La loi budgétaire de Trump dans la dernière ligne droite au Sénat
par David Morgan, Richard Cowan et Bo Erickson
WASHINGTON (Reuters) – Les sénateurs américains ont entamé mardi matin, après une nuit blanche, leur deuxième journée consécutive d’examen de la « grande et belle loi » budgétaire de Donald Trump en attendant un vote final à l’issue encore incertaine.
Les élus de la chambre haute doivent se prononcer, lors d’une session marathon qui a débuté lundi matin, sur chacun des amendements déposés par le parti présidentiel et l’opposition démocrate avant de se prononcer sur l’ensemble du texte.
Le projet de loi est défendu bec et ongles par Donald Trump, qui espère le voir adopté avant la fête nationale du 4 juillet, mais il ne fait pas l’unanimité au sein du Parti républicain, dont certains élus dénoncent un texte trop dispendieux et d’autres s’inquiètent des coupes dans les dépenses sociales potentiellement impopulaires dans leurs circonscriptions.
S’il est approuvé par le Sénat, le texte de 940 pages reviendra devant une Chambre des représentants également divisée pour son adoption finale.
La loi prévoit de prolonger les crédits d’impôts instaurés par Donald Trump lors de son premier mandat présidentiel, et de défiscaliser pourboires et heures supplémentaires, promesses de campagne du milliardaire, tout en augmentant les dépenses consacrées à la Défense et à la sécurité des frontières et en réduisant des dépenses sociales comme le programme Medicaid d’assurance maladie pour les Américains les plus pauvres.
Le Bureau du budget du Congrès (Congressional Budget Office, CBO), non partisan, a calculé que la version actuelle du Sénat gonflerait la dette publique américaine, qui s’élève déjà à 36.200 milliards de dollars (30.644 milliards d’euros), de 3.300 milliards de dollars, soit 800 milliards de dollars de plus que la version adoptée d’extrême justesse, à une voix près, par la Chambre des représentants le 22 mai dernier.
TOUR DE MAGIE
De nombreux républicains contestent cette estimation et présentent une méthode de calcul alternative qui ne prend pas en compte le coût de la prolongation des baisses d’impôts de 2017, ce qui leur permet d’affirmer que le projet de loi permettrait au contraire d’économiser 500 milliards de dollars.
Un « tour de magie », selon l’expression de l’expert fiscal Andrew Lautz du Bipartisan Policy Center, qui ne trompe guère les investisseurs étrangers, ces derniers délaissant les bons du Trésor américain en prévision d’une forte hausse des dépenses et du déficit des Etats-Unis.
L’argument est susceptible d’alimenter l’inquiétude des élus républicains hostiles à une envolée de la dette que ne cesse de fustiger Elon Musk, ancien allié de Donald Trump devenu le plus bruyant adversaire de ce projet de loi.
« Chaque membre du Congrès qui a fait campagne en faveur d’une réduction des dépenses du gouvernement avant de voter immédiatement pour la grande augmentation de la dette dans l’histoire devrait avoir honte », a écrit le milliardaire sur son réseau social X.
D’autres sénateurs du parti majoritaire s’inquiètent des coupes dans les dépenses sociales destinées à compenser les baisses d’impôts que dénonce le Parti démocrate, unanimement opposé au projet de loi.
« Ce texte, comme nous le disons depuis des mois, prive de soins de santé les Américains et augmente leur facture d’électricité pour offrir des cadeaux fiscaux aux milliardaires », a déclaré le leader de la minorité démocrate au Sénat Chuck Schumer dans un discours devant la chambre haute.
Le chef de la majorité républicaine, John Thune, a répondu que les exemptions fiscales donneraient un coup de pouce aux familles et aux petites entreprises.
Il a également justifié les réductions de dépenses dans le programme Medicaid par la nécessité d’améliorer son efficacité.
Le projet du Sénat prévoit en outre de relever le plafond de la dette américaine de 5.000 milliards de dollars, soit 1.000 milliards de plus que la version votée par les représentants.
Cette disposition a convaincu le sénateur républicain Rand Paul de s’opposer verbalement au texte. Un autre élu du camp présidentiel, Thom Tillis, a également manifesté son hostilité au projet de loi pour d’autres raisons, dénonçant les coupes dans Medicaid et les programmes en faveur des énergies renouvelables.
La « grande et belle loi » ne tenait donc mardi qu’à un fil, le Parti républicain ne comptant que trois voix de plus que la majorité à la chambre haute.
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Blandine Hénault)
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