Indignation après le fiasco de la distribution d’aide à Gaza
par Nidal al-Mughrabi et James Mackenzie
LE CAIRE/JERUSALEM (Reuters) – Les scènes de chaos lors de la distribution de nourriture supervisée par Israël et une société de sécurité américaine mardi à Gaza ont suscité mercredi de vives critiques de la part des organisations humanitaires et onusiennes, qui ont dénoncé un processus « indigne » et une opération de « diversion » destinée à faire oublier les atrocités commises dans l’enclave.
Quarante-sept personnes ont été blessées lors de cette distribution d’aide organisée par la Fondation humanitaire de Gaza, une organisation créée à l’initiative d’Israël et des États-Unis, a déclaré mercredi le chef du bureau du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés.
« Ce que nous avons vu hier est un exemple très clair des dangers de la distribution de nourriture », a déclaré Ajith Sunghay à la presse à Genève.
« Nous exposons les gens à la mort et aux blessures », a-t-il estimé, précisant que « quarante-sept personnes ont été blessées en raison de tirs » de soldats israéliens déployés à proximité du site de distribution.
Les Nations unies et d’autres organisations humanitaires ont refusé de participer à l’opération, estimant qu’elle viole le principe selon lequel l’aide doit être distribuée dans le cadre d’un système neutre fondé uniquement sur les besoins de la population, et non des considérations politiques.
Pour pouvoir bénéficier de l’aide, les Gazaouis sont censés faire l’objet d’un contrôle visant à s’assurer qu’ils ne sont pas liés au Hamas, une mesure qui a renforcé la méfiance des Palestiniens à l’égard de l’opération. Toutefois, des témoins ont déclaré mardi qu’aucun processus d’identification efficace ne semblait avoir été mis en place.
Après près de trois mois d’un blocus total qui a empêché tout approvisionnement en nourriture d’entrer à Gaza, des centaines de milliers de Palestiniens vivent au bord de la famine et un porte-parole de l’Onu a qualifié les scènes de mardi de « déchirantes ».
Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des clôtures brisées par la foule qui tente d’atteindre des caisses de nourriture, tandis que les agents des entreprises de sécurité privées qui gèrent le site se replient.
UN SYSTÈME « EFFICACE », SELON WASHINGTON
En déplacement à Tokyo, le patron de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a fustigé une opération de communication destinée à faire oublier les violations quotidiennes du droit humanitaire à Gaza.
« Je pense qu’il s’agit d’un gaspillage de ressources et d’une opération de diversion face aux atrocités » commises par l’armée israélienne, a déclaré Philippe Lazzarini à la presse.
« Le modèle de distribution d’aide proposé par Israël n’est pas conforme aux principes humanitaires fondamentaux. Nous avons vu hier des images choquantes de personnes affamées se pressant contre les clôtures, cherchant désespérément de la nourriture. C’était chaotique, indigne et dangereux », a-t-il ajouté.
Israël a imposé un blocus total sur l’aide humanitaire en mars en accusant le Hamas de s’emparer des fournitures destinées aux civils, ce que le groupe islamiste nie.
Les employés de l’Onu dans l’enclave disent n’avoir recueilli aucune preuve que le Hamas a pillé des camions autorisés à y entrer depuis qu’Israël a légèrement assoupli le blocus ce mois-ci, sous la pression internationale croissante.
Lorsque le nouveau système de distribution d’aide a commencé à fonctionner mardi, l’armée israélienne a autorisé l’entrée de 95 camions de l’Onu et d’autres organisations caritatives, mais un certain nombre d’entre eux ont été pillés avant d’arriver à destination.
Selon un transporteur palestinien, au moins 20 camions du Programme alimentaire mondial (Pam) ont été attaqués dans la nuit de mardi à mercredi.
Face aux critiques, l’ambassadeur des États-Unis à Jérusalem a vanté un système de distribution d’aide « efficace » et couronné selon lui de succès, et jugé « triste et dégoûtant » que des organisations humanitaires internationales dénoncent le processus au lieu d’y participer.
Le propre directeur exécutif de la Fondation humanitaire de Gaza a démissionné ce mois-ci en dénonçant le manque d’indépendance et de neutralité de l’organisation.
(Nidal al-Mughrabi au Caire et James Mackenzie à Jérusalem, avec la contribution d’Olivia Le Poidevin à Genève et John Geddie à Tokyo, version française Bertrand Boucey et Tangi Salaün, édité par Jean-Stéphane Brosse)
Le Journal Chrétien est un média indépendant financé par des chrétiens comme vous, en accès libre, sans subventions ni publicité. La générosité de la communauté chrétienne garantit notre indépendance.
Aujourd’hui, une poignée de chrétiens rendent possible une information indépendante accessible gratuitement à des millions de personnes sur nos sites, nos applications et notre chaîne de télévision chrétienne.
Chaque article, chaque émission, chaque reportage, chaque enquête existe uniquement grâce à votre générosité. C’est ce qui nous permet de répondre à l’immense soif spirituelle de nos contemporains et ce, avec une exigence de qualité journalistique reconnue, et de donner la parole à ceux qu’on n’entend jamais ailleurs.
Mais aujourd’hui, nous arrivons à un moment décisif. Partout, les médias indépendants sont fragilisés, attaqués, précarisés. Pendant que quelques grandes fortunes verrouillent toujours davantage le paysage médiatique, les médias chrétiens et tous ceux qui refusent de se soumettre sont maintenus sous pression permanente.
Le Journal Chrétien et sa chaîne Chrétiens TV, diffusée sur le canal 246 de la Freebox, n’échappent pas à cette réalité. Oui, nos médias chrétiens pourraient disparaître si nous ne parvenons pas à toucher de nouveaux donateurs dans les prochains mois.
Je soutiens le Journal Chrétien !
Au moment où les milliardaires étendent leur emprise sur l’information, nous pensons au contraire qu’il faut plus de travail de terrain, plus de reportages, plus d’enquêtes, plus de pluralisme, plus de médias chrétiens capables de résister aux pressions religieuses, politiques et économiques. C’est pour cela que nous lançons un appel à la communauté chrétienne.
La question est simple : voulons-nous laisser mourir les médias chrétiens et laisser la presse ainsi que la télévision aux mains des grands groupes privés ?
Si vous lisez les articles du Journal Chrétien, regardez nos émissions sur Chrétiens TV, partagez nos contenus dans les réseaux sociaux ou pensez qu’une autre voix doit continuer d’exister dans le débat public, alors c’est maintenant qu’il faut agir.


