Le dialogue national inclusif reporté au 10 mai, l’opposition radicale incrédule
Au Tchad, les autorités de la transition ont annoncé, le 27 janvier 2022, que le dialogue national inclusif prévu pour le 15 février est repoussé au 10 mai. Elles justifient ce report par deux motifs, le besoin d’inclusivité et la préparation du pré-dialogue avec les politico-militaires.
Le Comité d’organisation du dialogue national inclusif (CODNI) et le Comité technique spécial chargé de négocier avec les politico-militaires (CTS) ont tenu une réunion avec le Président du Conseil militaire de transition et le Premier ministre de transition, le 27 janvier 2022. Cette rencontre a acté un report sine die du dialogue national inclusif de près de trois mois, du 15 février au 10 mai 2022. C’est d’abord par un post sur le site internet de la Présidence de la République que l’opinion publique nationale et internationale a appris ce report. Ensuite, le Premier ministre de transition, Pahimi Padacké Albert, est monté au créneau pour un exercice d’explication de texte.
« Le 31 décembre 2021, le Président du Conseil militaire de transition a annoncé la tenue du dialogue inclusif et souverain le 15 février 2022. (…) Dans le schéma de l’organisation de ce dialogue national inclusif et souverain, il fallait que comme les autres pré-dialogues, le pré-dialogue des politico-militaires se soit tenu. » Seulement, le Premier ministre a observé que le Qatar « a proposé de réunir les politico-militaires à Doha à partir du 27 février 2022. » Par ailleurs, « le CODNI prévoit déposer au Premier ministre, Chef du gouvernement, le rapport général incluant les conclusions de Doha le 15 avril 2022. A partir de ce moment, le dialogue pourra être convoqué le 10 mai 2022. »
En justifiant le report du dialogue inclusif, Pahimi Padacké Albert a signifié que le pré-dialogue avec les politico-militaires, initialement prévu pour le 15 janvier 2022, est repoussé au 27 février à cause des « questions logistiques ». D’abord une « dispersion des politico-militaires » et ensuite « beaucoup d’entre eux n’ont pas de titres de voyage ». L’autre raison est que « la tenue du pré-dialogue des politico-militaires devient un préalable pour la tenue du dialogue national inclusif », étant donné qu’il faut « avoir un dialogue inclusif avec tous les Tchadiens, sans que personne ne soit laissé de côté. »
Pour mémoire, dans la feuille de route publiée par le gouvernement le 29 juillet 2021 pour préciser l’agenda de la transition, la tenue du dialogue national inclusif était programmée pour novembre-décembre 2021. Le 11 août 2021, le Président du Conseil militaire de transition avait même soutenu que « le temps n’attend pas et que toutes les diligences possibles et imaginables doivent être mises au point » pour respecter le délai de 18 mois. Ce qui n’a pas empêché que le 31 décembre 2021, il annonce la tenue du dialogue inclusif plutôt pour le 15 février 2022.
Présenté comme la pièce maîtresse du processus de transition en cours au Tchad depuis la prise du pouvoir par la junte militaire après l’assassinat de l’ancien Président tchadien Idriss Déby Itno, le 19 avril 2021, le dialogue national inclusif enregistre ainsi son deuxième report avec cette nouvelle date du 10 mai 2022. Ceci laisse plutôt incrédules certaines voix de l’opposition tchadienne. Par exemple, le Président du parti « Les Transformateurs », Dr Masra Succès affirme ne pas être surpris de ce report. Lui qui appréhende ce dialogue inclusif comme une « dernière chance » à saisir « pour créer les conditions d’un véritable nouveau départ » en vue d’une « transmission démocratique du pouvoir. »
Selon le Président des « Transformateurs », « le temps de ce décalage va permettre enfin aux autorités de la transition d’accéder aux conditions que nous mettons sur la table au nom de notre peuple pour participer à ce dialogue. » Ces conditions sont la formalisation de la non-candidature de ceux qui gèrent la transition, la nécessité de préciser des critères de juste représentation et la co-définition d’un agenda.
Yamingué Bétinbaye
Docteur en géographie
Le Journal Chrétien est un média indépendant financé par des chrétiens comme vous, en accès libre, sans subventions ni publicité. La générosité de la communauté chrétienne garantit notre indépendance.
Aujourd’hui, une poignée de chrétiens rendent possible une information indépendante accessible gratuitement à des millions de personnes sur nos sites, nos applications et notre chaîne de télévision chrétienne.
Chaque article, chaque émission, chaque reportage, chaque enquête existe uniquement grâce à votre générosité. C’est ce qui nous permet de répondre à l’immense soif spirituelle de nos contemporains et ce, avec une exigence de qualité journalistique reconnue, et de donner la parole à ceux qu’on n’entend jamais ailleurs.
Mais aujourd’hui, nous arrivons à un moment décisif. Partout, les médias indépendants sont fragilisés, attaqués, précarisés. Pendant que quelques grandes fortunes verrouillent toujours davantage le paysage médiatique, les médias chrétiens et tous ceux qui refusent de se soumettre sont maintenus sous pression permanente.
Le Journal Chrétien et sa chaîne Chrétiens TV, diffusée sur le canal 246 de la Freebox, n’échappent pas à cette réalité. Oui, nos médias chrétiens pourraient disparaître si nous ne parvenons pas à toucher de nouveaux donateurs dans les prochains mois.
Je soutiens le Journal Chrétien !
Au moment où les milliardaires étendent leur emprise sur l’information, nous pensons au contraire qu’il faut plus de travail de terrain, plus de reportages, plus d’enquêtes, plus de pluralisme, plus de médias chrétiens capables de résister aux pressions religieuses, politiques et économiques. C’est pour cela que nous lançons un appel à la communauté chrétienne.
La question est simple : voulons-nous laisser mourir les médias chrétiens et laisser la presse ainsi que la télévision aux mains des grands groupes privés ?
Si vous lisez les articles du Journal Chrétien, regardez nos émissions sur Chrétiens TV, partagez nos contenus dans les réseaux sociaux ou pensez qu’une autre voix doit continuer d’exister dans le débat public, alors c’est maintenant qu’il faut agir.


