L’Ukraine dit avoir abattu six missiles Kinjal russes tirés dans la nuit
par Gleb Garanich et Sergiy Karazy
KYIV (Reuters) – L’Ukraine a affirmé avoir abattu au cours de la nuit de lundi à mardi six missiles hypersoniques russes Kinjal, une arme pourtant présentée par Moscou comme quasiment impossible à intercepter, une annonce démentie par le ministre russe de la Défense.
Les autorités ukrainiennes n’avaient jusqu’à présent jamais revendiqué une telle interception d’une volée entière de missiles hypersoniques. Cela pourrait prouver l’efficacité des systèmes de défense antiaérienne fournis par les Occidentaux et récemment déployés par les Ukrainiens.
Cité par l’agence de presse officielle RIA, le ministre russe de la Défense a rejeté l’annonce de Kyiv, déclarant que Moscou avait lancé moins de six missiles Kinjal au cours de la nuit.
Sergueï Choigou a ajouté que l’Ukraine revendiquait avoir abattu un nombre de missiles trois fois supérieur au nombre de missiles réellement lancés par la Russie – des commentaires ne portant semble-t-il pas directement sur les tirs effectués dans la nuit de lundi à mardi.
La Russie a au contraire détruit un système Patriot de conception américaine à l’aide d’un Kinjal, a rapporté plus tôt Zvezda, publication spécialisée dans le domaine militaire, précisant que ces tirs visaient des unités de combat ukrainiennes et des dépôts de munitions.
Ces six Kinjal font partie de 18 missiles tirés dans la nuit par la Russie contre Kyiv, une attaque d’une intensité « exceptionnelle » selon l’armée ukrainienne, qui affirme les avoir tous interceptés.
Les sirènes d’alerte ont retenti dans quasiment toute l’Ukraine au cours de la nuit. Elles ont fonctionné pendant plus de trois heures à Kyiv et dans sa région.
Le ciel de la capitale ukrainienne s’est illuminé d’éclairs à chaque interception de missiles, avec des pluies de débris.
Selon le chef d’état-major de l’armée ukrainienne, Valery Zaloujny, la Russie a tiré six missiles hypersoniques Kinjal à partir de bombardiers stratégiques, neuf missiles de croisière depuis des navires en mer Noire et trois missiles Iskander depuis le sol.
Tous ces missiles ont été abattus, ainsi que six drones Shahed de fabrication iranienne et trois drones de reconnaissance, a-t-il affirmé sur la messagerie Telegram.
ATTAQUE « EXCEPTIONNELLE »
« La mission de l’ennemi est de semer la panique et de créer le chaos. Cependant, dans la zone opérationnelle Nord (dont Kyiv), tout est parfaitement sous contrôle », a dit le général Serhiy Naev, commandant des forces conjointes des forces armées.
Les autorités municipales à Kyiv ont fait état de trois personnes blessées par des chutes de débris.
« C’était exceptionnel en terme d’intensité – le plus grand nombre d’attaques de missile en un temps réduit », a déclaré le chef de l’administration militaire de la capitale ukrainienne, Serhiy Popko, via la messagerie Telegram.
Reuters n’a pas été en mesure de vérifier ces informations de manière indépendante.
L’Ukraine avait déjà revendiqué il y a quelques jours l’interception pour la première fois d’un missile Kinjal au-dessus de Kyiv à l’aide d’un Patriot américain.
Le président russe Vladimir Poutine a régulièrement présenté le Kinjal comme la preuve de la supériorité des équipements militaires de son pays vis-à-vis de l’Otan.
Ce missile d’une portée de 2.000 km, dont le nom signifie « poignard », peut transporter des ogives conventionnelles ou nucléaires et vole à 10 fois la vitesse du son. La Russie l’a utilisé pour la première fois l’an dernier dans le cadre du conflit en Ukraine, contre laquelle elle a lancé en février 2022 une « opération militaire spéciale », et elle n’a reconnu en avoir tiré qu’en quelques occasions.
Alors que l’Ukraine ne cache pas sa volonté de déclencher une vaste contre-offensive dans les semaines à venir, la Russie a repris fin avril ses tirs de missiles à longue portée et multiplié ces derniers jours ses attaques aériennes, principalement contre Kyiv. L’Ukraine dit être parvenue à repousser la majorité de ces attaques.
Les forces ukrainiennes ont déjà accompli au cours de la semaine écoulée leurs plus importantes avancées depuis novembre dernier, reprenant plusieurs kilomètres carrés de territoires au nord et au sud de Bakhmout, ville de l’Est de l’Ukraine que les Russes s’efforcent de conquérir depuis des mois.
La Russie a reconnu que certaines de ses unités s’étaient repliées dans ce secteur mais elle dément que ses lignes soient en train de s’effondrer.
L’Ukraine déclare que ces percées sont localisées et ne constituent pas le début de sa contre-offensive à proprement parler, qu’elle espère pouvoir mener avec les nombreux chars et véhicules blindés livrés par ses soutiens occidentaux depuis le début de l’année.
(Avec Aleksandar Vasovic, Dan Peleschuk, Maria Starkova, Lidia Kelly; version française Tangi Salaün et Bertrand Boucey, édité par Blandine Hénault et Jean Terzian)
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