L’heure n’est pas aux sanctions contre l’Azerbaïdjan, dit Macron
GRENADE, Espagne (Reuters) – Emmanuel Macron a déclaré jeudi que l’heure n’était pas aux sanctions contre l’Azerbaïdjan après son opération militaire du mois dernier au Haut-Karabakh, soulignant qu’il fallait privilégier le dialogue avec Bakou et que la priorité était de répondre à la crise humanitaire.
Le président français s’exprimait à l’issue du troisième sommet de la Communauté politique européenne (CPE) organisé à Grenade, en Espagne, auquel devait initialement participer le président azerbaïdjanais Ilham Aliev. D’après la presse officielle azerbaïdjanaise, celui-ci a changé d’avis au dernier moment du fait de commentaires de la France jugés pro-arméniens.
Ilham Aliev a aussi été contrarié par le refus opposé par la France et l’Allemagne à la présence du président turc Recep Tayyip Erdogan aux discussions, a rapporté mercredi l’agence de presse officielle azerbaïdjanaise APA.
Emmanuel Macron a démenti jeudi tout veto de la France à la présence d’un quelconque pays. « La France a toujours eu une position très exigeante. Peut-être n’est-elle pas vue comme un partenaire conciliant », a-t-il déclaré en conférence de presse.
« Ce n’est pas la France qui a un problème avec l’Azerbaïdjan. C’est l’Azerbaïdjan qui a un problème avec les engagements qu’il prend, avec le droit international », a ajouté le président français, disant regretter « profondément » l’absence de ses homologues Aliev et Erdogan.
Interrogé sur l’hypothèse de sanctions contre l’Azerbaïdjan pour l’offensive militaire éclair ayant permis à Bakou de prendre le contrôle de l’enclave du Haut-Karabakh, le 20 septembre, Emmanuel Macron a répondu que de telles mesures seraient « contre-productives ».
« Le temps n’est pas aux sanctions (…) Il faut continuer de discuter avec l’Azerbaïdjan », a-t-il déclaré, soulignant le soutien de la France à l’Arménie et sa volonté d’être avant tout « utile ».
Le « coeur de la bataille » est aujourd’hui la situation humanitaire, a-t-il poursuivi, alors que le Haut-Karabakh a été déserté par plus de 100.000 personnes ayant fui vers l’Arménie depuis l’opération militaire de l’Azerbaïdjan.
MICHEL VA CONVIER ALIEV ET PACHINIAN À BRUXELLES
Au coeur d’un conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie depuis plus de trois décennies, le Haut-Karabakh est reconnu comme territoire azerbaïdjanais par la communauté internationale mais était de facto indépendant depuis la chute de l’Union soviétique et une guerre au début des années 1990, dirigé par des Arméniens de souche considérant l’enclave comme leur patrie ancestrale.
En dépit de multiples cycles de discussions, Bakou et Erevan ne sont jusqu’à présent pas parvenus à un apaisement, qui semble s’être éloigné davantage avec l’intervention militaire du mois dernier.
Le président du Conseil européen, Charles Michel, a fait savoir jeudi qu’il allait convier à Bruxelles d’ici la fin du mois Ilham Aliev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, après la défection du président azerbaïdjanais ayant empêché la tenue d’une réunion à Grenade à laquelle devaient aussi participer Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz.
Une source au sein de l’administration azerbaïdjanaise a déclaré mercredi à Reuters qu’Ilham Aliev était disposé à prendre part à des discussions trilatérales avec Nikol Pachinian et Charles Michel.
En parallèle, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dit s’être entretenue avec Nikol Pachinian en marge du sommet de la CPE.
Dans un communiqué conjoint avec le Premier ministre arménien, elle a réitéré sa condamnation de l’opération militaire azerbaïdjanaise au Haut-Karabakh, soulignant aussi la nécessité de respecter l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan.
(Rédigé par Jean Terzian, édité par Bertrand Boucey)
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