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Les Vingt-Sept conviennent de fluidifier le marché unique face à la « tenaille » sino-américaine

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par Julia Payne et Philip Blenkinsop

ALDEN BIESEN, Belgique, 12 février (Reuters) – Les dirigeants de l’Union européenne sont convenus jeudi d’un éventail d’engagements destinés à fluidifier le fonctionnement du marché unique afin de renforcer la compétitivité du bloc communautaire et de parer à la concurrence agressive des Etats-Unis et de la Chine.

Réunis dans un château de l’est de la Belgique, les Vingt-Sept ont souligné la nécessité d’agir rapidement, de modifier les règles encadrant les fusions et rachats d’entreprises pour favoriser la création de « champions » européens et d’alléger la bureaucratie du bloc, ont dit ​de hauts représentants.

« Une Europe, un ‌marché (…) Voilà notre ambition », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der ​Leyen, à l’issue du sommet organisé ⁠à Alden Biesen.

L’exécutif européen va présenter en mars un plan détaillant les mesures à mettre en oeuvre pour renforcer le ‌marché unique, qui représente quelque 450 millions ‌de consommateurs, avec l’idée que les chefs d’Etat et de gouvernement du bloc s’accordent sur un calendrier.

Parmi les mesures, a précisé Ursula von der Leyen en conférence de presse, figure une préférence pour le « Made in Europe » pour les achats publics effectués dans des secteurs stratégiques.

La croissance économique de l’UE est au ralenti par rapport ​aux Etats-Unis et à la Chine, tandis que l’innovation européenne dans des secteurs tels que l’intelligence artificielle (IA) est à la traîne. Par ailleurs, le bloc est mis sous pression par les droits de douane et les restrictions sur les exportations imposés par ses concurrents mondiaux.

S’exprimant devant les journalistes, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré après les discussions qu’il était important que l’UE agisse « rapidement et efficacement ». « Cet engagement a été souligné unanimement aujourd’hui par tous les participants » au sommet, a-t-il ajouté.

Ursula von der Leyen a fait savoir que Bruxelles entendait avancer sur le projet d’union des marchés ⁠financiers, avec l’objectif de permettre que quelque 10.000 milliards d’euros soient investis dans l’économie européenne.

En cas d’incapacité à concrétiser rapidement ce projet avec tous les pays membres, la Commission oeuvrera ⁠à regrouper au moins neuf Etats, a-t-elle précisé.

DÉSACCORDS FRANCO-ALLEMANDS

« On va regarder ensemble en juin où on en est et sur certains sujets, si on n’avance pas à 27, en se donnant le droit de faire des coopérations renforcées pour aller plus vite », a déclaré le président français Emmanuel Macron, souhaitant que le sommet européen de juin prochain fasse office de date butoir pour prendre des décisions en commun.

Si tous les pays membres aspirent à davantage de compétitivité, ils ne s’accordent pas sur la manière d’y parvenir, et ce depuis des ⁠années, à ‌commencer par le « tandem » franco-allemand, qui représente les deux premières économies du bloc.

Mardi, Emmanuel Macron a renouvelé son appel à l’UE pour qu’elle ⁠consente à faire davantage d’emprunts communs afin de pouvoir investir à grande échelle et contester l’hégémonie du dollar. La France ​promeut également une stratégie « Made in ​Europe » qui fixerait un seuil minimal en matière de contenu européen dans les biens achetés avec des fonds publics.

Berlin rejette les deux idées, estimant que la clé réside dans l’augmentation ​de la productivité plutôt que dans la création de nouvelles dettes. L’Allemagne souligne également la nécessité de conclure des accords commerciaux, par exemple avec le bloc sud-américain Mercosur, ce que la France refuse en raison de l’opposition de ses agriculteurs.

« On ‌partage ce sentiment d’urgence que notre Europe ​doit agir », a déclaré Emmanuel Macron à son arrivée à Alden Biesen, s’affichant au côté de Friedrich Merz avec qui les désaccords sur les solutions envisageables pour relancer la machine ​européenne sont de notoriété publique.

Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson a abondé: « Il y a beaucoup de paroles et très peu d’actes, c’est l’occasion d’au moins inverser cette tendance ». Son homologue tchèque Andrej Babis a résumé la situation encore plus brutalement : « Des mots, des conférences, et aucune action. »

« Nous devons constituer un marché unique de l’énergie, c’est la seule solution », a ajouté le dirigeant tchèque, une idée partagée par de nombreux autres dirigeants alors que l’industrie européenne doit faire face à des prix de l’électricité plus de deux fois plus élevés qu’en Chine ou aux Etats-Unis.

« Les coûts de l’énergie sont le principal problème de l’industrie européenne ⁠à l’heure actuelle », a estimé le Premier ministre belge Bart De Wever. « Nous ne sommes pas compétitifs et nous risquons de perdre les secteurs de la pétrochimie, de la sidérurgie, de la métallurgie qui sont la base de toute prospérité », a-t-il dit.

(Reportage Philip Blenkinsop et Julia Payne, avec la ​contribution de Sudip Kar-Gupta, Anna Ringstrom, Benoit Van Overstraeten, Bart Meijer, Inti Landauro, Alex Chituc, Jan Strupczewski, ​Kate Abnett, Giuseppe Fonte; version française Jean-Stéphane Brosse et Jean Terzian)

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