France-Nicolas Sarkozy est sorti de prison, sous contrôle judiciaire
par Juliette Jabkhiro
PARIS (Reuters) -Nicolas Sarkozy est sorti lundi de la prison de la Santé, 20 jours après y avoir été incarcéré après que la Cour d’appel de Paris s’est prononcée en faveur de sa remise en liberté, dans l’attente de son procès en appel pour l’affaire dite du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007.
La voiture de l’ancien président de la République a été vue en train de quitter la prison de la Santé dans le 14e arrondissement de Paris en début d’après-midi, escortée par une escouade de forces de l’ordre. Nicolas Sarkozy s’est rendu à son domicile, dans le 16e arrondissement de la capitale.
L’ex-président est soumis à un contrôle judiciaire avec interdiction notamment de quitter le territoire français et interdiction d’entrer en contact avec tout fonctionnaire du ministère de la Justice et le Garde des Sceaux Gérald Darmanin.
Le ministre de la Justice avait rendu visite en prison à Nicolas Sarkozy, quelques jours après son incarcération.
Agé de 70 ans, Nicolas Sarkozy a été condamné le 25 septembre à cinq ans d’emprisonnement ferme avec mandat de dépôt assorti d’une exécution provisoire par le tribunal correctionnel de Paris pour « association de malfaiteurs ».
Dans ce jugement sans précédent dans l’Histoire politique française, l’ex-chef de l’Etat est reconnu coupable d’avoir tenté, par l’intermédiaire de ses proches collaborateurs, d’obtenir des fonds auprès de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi afin de financer la campagne qui lui a permis de diriger la France de 2007 à 2012.
Nicolas Sarkozy a toujours plaidé la thèse du « complot » et a fait appel de sa condamnation, se disant victime de vengeance et de haine. Le procès en appel est attendu en mars 2026.
L’ex-président avait été incarcéré le 21 octobre et ses avocats avaient déposé aussitôt une demande de libération.
« Le droit a été appliqué. Je vais maintenant préparer le procès en appel. Mon énergie n’est tendue que vers le seul but de prouver mon innocence. La vérité triomphera », a écrit en fin de journée Nicolas Sarkozy sur son compte X, remerciant par ailleurs ses soutiens.
« DUR, TRÈS DUR », DIT SARKOZY SUR LA PRISON
Lors de l’annonce de la condamnation de l’ancien président en septembre, la présidente du tribunal, Nathalie Gavarino, avait justifié la peine de prison assortie d’un mandat de dépôt en raison de « faits d’une gravité exceptionnelle de nature à altérer la confiance dans les institutions mêmes de la République ».
A l’audience lundi de la Cour d’appel de Paris, Nicolas Sarkozy a été entendu en visioconférence. Il a évoqué ses conditions de détention et assuré qu’il respecterait toutes les obligations fixées dans le cadre d’une remise en liberté.
« C’est dur. C’est très dur, ça l’est certainement pour tout détenu. Je dirais même que c’est éreintant », a-t-il dit à propos de la prison.
« Je me bats pour que la vérité triomphe. Je respecterai toutes les obligations qu’on me fixera, comme je les ai toujours respectées », a-t-il ajouté.
La classe politique n’a pas tardé à réagir à la libération de Nicolas Sarkozy, premier ancien locataire de l’Elysée à être placé en détention depuis Philippe Pétain, emprisonné après la Deuxième Guerre mondiale pour avoir collaboré avec l’occupant allemand.
« Une décision juste et digne, à la hauteur de l’homme qui a tant donné à notre pays », s’est félicité sur le réseau X le président du groupe Droite républicaine à l’Assemblée nationale Laurent Wauquiez, issu de la même famille politique que Nicolas Sarkozy.
A gauche, le député Debout! de la Somme, François Ruffin, a manié l’ironie.
« Que Nicolas Sarkozy profite de son répit pour apprendre à cuisiner, même avec une Rolex au poignet. Parce qu’en prison, il doit y retourner », a-t-il écrit sur X.
Nicolas Sarkozy a déjà été condamné en 2023 dans une affaire distincte de corruption dite des « écoutes », une condamnation confirmée par la Cour de cassation en décembre dernier. Reconnu coupable de corruption active sur magistrat et trafic d’influence active sur personne dépositaire de l’autorité publique, il a été condamné à un an d’emprisonnement ferme sous bracelet électronique.
L’ancien chef de l’Etat a également été condamné en appel en 2024 pour financement illégal de campagne électorale de 2012. Un arrêt définitif de la Cour de cassation dans cette affaire est attendu courant novembre.
(Reportage Juliette Jabkhiro, version française Benjamin Mallet et Zhifan Liu, édité par Blandine Hénault)
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