France: Le RN peine à asseoir sa crédibilité auprès des milieux économiques
par Elizabeth Pineau, Mathieu Rosemain et Michel Rose
PARIS, 17 avril (Reuters) – Le Rassemblement national (RN) poursuit son entreprise de séduction des milieux économiques à un an d’une élection présidentielle qu’il espère gagner, sans arriver pour l’heure à convaincre tous ses interlocuteurs de la solidité de son projet, a appris Reuters auprès de sources informées de ces questions.
Le président du parti, Jordan Bardella, sera reçu lundi par le comité exécutif du Medef, deux semaines après un dîner très commenté mais peu concluant, selon deux sources, entre Marine Le Pen et des patrons du CAC 40.
L’euroscepticisme de la triple candidate à l’Elysée et sa volonté de remettre en cause la réforme des retraites – actuellement mise sur pause – se sont révélés, sans surprise, les principaux points d’achoppement, ont ajouté les sources.
Selon des sources confirmant des informations du Nouvel Obs, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, et des dirigeants de Capgemini, Accor, Bolloré Group, AXA, Engie et Renault étaient présents à ce repas au restaurant parisien Drouant organisé par l’influent club Entreprise et Cité, qui compte Bernard Arnault et Vincent Bolloré au nombre de ses membres.
La séance de questions-réponses a largement porté sur le programme économique du parti d’extrême droite et l’Europe, selon une source qui a aussi précisé que le gestionnaire de fonds François Durvye, qui conseille Jordan Bardella sur les thèmes économiques, avait facilité la rencontre.
Le ton policé n’a pas empêché les divergences avec la patronne du RN, selon une source au fait des discussions.
« Ce n’est pas parce que c’était courtois sur la forme que nous étions d’accord sur le fond », a-t-elle dit, présentant la retraites comme un point de friction avec un Rassemblement national partisan d’une remise en cause de la réforme de 2023 repoussant à 64 ans l’âge de départ.
« Sur les retraites, il y a eu un désaccord extrêmement clair et extrêmement franc », a indiqué la même source.
L’AMBASSADE AMÉRICAINE À PARIS PEU CONVAINCUE
Au chapitre européen, Marine Le Pen a répondu de manière idéologique plutôt que pragmatique, a dit une source, évoquant son souhait de réformer l’Union avec ses alliés l’Italienne Giorgia Meloni et le Hongrois Viktor Orbán, qui a perdu les élections dimanche après 16 ans de pouvoir – un revers pour ce proche du Russe Vladimir Poutine et de l’Américain Donald Trump.
Sur les questions relatives à l’éducation ou le marché du travail, Marine Le Pen est restée sur le terrain politique alors que ses interlocuteurs essayaient de l’amener à s’engager sur des mesures concrètes, a poursuivi la source.
Marine Le Pen et le RN n’ont pas répondu à une demande de commentaires sur le dîner ou la teneur des discussions rapportées par Reuters.
LVMH, Renault, TotalEnergies et Engie n’ont pas non plus répondu à des questions portant sur le dîner.
Parmi les éléments du programme du RN – en cours de finalisation via des groupes thématiques coordonnés par le directeur de cabinet de Marine Le Pen, Ambroise de Rancourt – figure la disparition des régions, la révision des politiques d’immigration – dont le RN espère une économie de 20 milliards par an – et une baisse drastique de la contribution de la France à l’Union européenne.
Le problème de crédibilité du parti s’étend au-delà des frontières françaises : des représentants de l’ambassade américaine à Paris ayant récemment rencontré Marine le Pen et Jordan Bardella se sont montrés sceptiques quant à la solidité de leur projet, a-t-on appris auprès de deux sources.
Selon ces dernières, l’ambassadeur Charles Kushner et ses équipes doutent de la capacité du RN à assainir les finances publiques et redresser une économie française plombée par plus de 3.300 milliards d’euros de dette, soit 114% du PIB du pays.
« CASSER LES CARICATURES »
Absent chez Drouant, Jordan Bardella déjeunera lundi prochain avec le comité exécutif du Medef, a-t-on appris auprès du RN et de l’organisation patronale, qui interroge tous les potentiels candidats à l’élection présidentielle.
Le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a déjà été reçu et les dirigeants de Renaissance, Gabriel Attal, et des Républicains, Bruno Retailleau, devraient notamment suivre.
Cette main tendue à une extrême droite naguère considérée comme peu fréquentable n’est pas du goût de tous les chefs d’entreprises.
L’arrivée au pouvoir du RN « serait une ruine pour la France », a ainsi estimé lundi sur France Inter le directeur général de la Maïf, Pascal Demurger au lendemain de la publication d’une tribune dans le quotidien Le Monde.
« On a tous reçus depuis deux ans quasiment des sollicitations du Rassemblement national pour rencontrer ses dirigeants. Heureusement, la très grande majorité des patrons a refusé. Seule une minorité a accepté », a-t-il dit.
Un proche de Jordan Bardella voit au contraire dans ces rapprochements le signe d’une « meilleure perception de notre programme économique ».
« À cause de la guerre en Ukraine, il n’y a pas eu de campagne de fond et beaucoup des chefs d’entreprise ne connaissent même pas le programme économique de 2022 qui était très différent de celui de 2017 », a-t-il dit à Reuters. « Cela permet de casser les caricatures qui sont faites de notre programme qui est en réalité le plus pro-croissance et pro-entreprise du spectre politique ».
Pour un ancien cadre d’un groupe du CAC 40 proche de plusieurs convives chez Drouant, il est d’autant plus urgent de « former » les dirigeants du RN sur les questions économiques que leur programme est flou et leur expérience du pouvoir inexistante. « Qui en France sera le Mario Draghi qui a formé Meloni ? », s’interroge-t-il.
LE MEDEF NE VEUT PAS EXCLURE LE RN DE SES CONTACTS
« Peut-on exclure le RN du spectre de nos contacts politiques ? Évidemment non, parce que c’est une formation qui pèse lourd au Parlement », a déclaré mercredi le président du Medef Patrick Martin, lors d’une conférence de presse.
Mais cela ne veut pas dire pour autant que le patronat a « massivement pris parti pour le Rassemblement national », a-t-il ajouté.
Cela n’empêche pas Matthias Renault, le député de la Somme, de voir des signes encourageants dans les propos de Patrick Martin et dans le dîner organisé en début du mois.
« Ca montre au minimum que les entreprises en question se projettent (…) Si l’année prochaine on gagne le pouvoir, la priorité principale sera la réaction des marchés financiers. Très concrètement, quel premier budget, quel signal envoyé », a-t-il dit.
« Si ça se passe mal, ça peut se passer mal très très vite. On a l’exemple de Liz Truss en Angleterre. Mais je pense que c’est bien intégré par le parti », a poursuivi Matthias Renault, en référence au plus court gouvernement qu’ait jamais connu la Grande-Bretagne.
Liz Truss, devenue Première ministre le 6 septembre 2022, avait démissionné 49 jours plus tard, le 25 octobre, après la vive réaction négative des marchés financiers – et du grand public – à l’annonce d’un « mini-budget ».
(Reportage Elizabeth Pineau, Mathieu Rosemain et Michel Rose, avec la contribution de Gabriel Stargardter, édité par Blandine Hénault et Benoit Van Overstraeten)
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