A Bruxelles, Zelensky dit que l’Ukraine lutte pour sa liberté et pour l’Europe
(Corrige coquille §1)
par Gabriela Baczynska et Kate Abnett
BRUXELLES (Reuters) – Volodimir Zelensky a déclaré jeudi aux dirigeants de l’Union européenne et aux députés du Parlement européen réunis pour l’occasion à Bruxelles que l’Ukraine se défendait contre « la plus grande force anti-européenne du monde moderne » et les a remerciés d’aider son pays à se défendre contre la Russie.
Le président ukrainien est arrivé à Bruxelles dans l’avion de son homologue français Emmanuel Macron, qui l’avait reçu la veille à l’Elysée avec le chancelier allemand Olaf Scholz, une initiative qui a fait grincer quelques dents au sein de l’Union européenne, notamment en Italie.
Volodimir Zelensky avait effectué auparavant une visite surprise à Londres, son deuxième voyage à l’étranger depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine il y a près d’un an, après les Etats-Unis en décembre.
Après avoir passé la nuit à Paris, le président ukrainien a été accueilli à Bruxelles par la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, qui a plaidé pour que les Vingt-Sept fournissent à l’Ukraine les armes dont elle a besoin pour « protéger sa liberté ».
« L’Europe demeurera libre tant que nous serons ensemble, et nous tenons tous à notre Europe », a répondu Volodimir Zelensky dans son allocution devant les députés européens.
« Nous nous défendons contre la plus grande force anti-européenne du monde moderne. Nous, Ukrainiens, sur le champ de bataille, et avec votre soutien », a-t-il ajouté.
Volodimir Zelensky s’est ensuite adressé aux chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept, auquel il a délivré un message similaire : « Il ne peut pas y avoir d’Europe libre sans Ukraine libre », leur a-t-il dit, rappelant que son pays n’avait « jamais voulu, jamais provoqué la guerre ».
Le président ukrainien a invité les dirigeants européens à durcir et mieux cibler les sanctions contre la Russie, évoquant notamment l’industrie des drones que le président russe Vladimir Poutine disait vouloir développer dans une allocution prononcée au même moment à Moscou. Il leur a demandé d’utiliser « tous les moyens » à leur disposition pour permettre à l’Europe de rester en paix.
PRIORITÉ AU COURT TERME
Alors que les Occidentaux se sont finalement engagés le mois dernier à livrer des chars à l’Ukraine, Kyiv réclame dorénavant des missiles à plus longue portée et des avions de combat.
Emmanuel Macron a assuré à son arrivée à Bruxelles que la question des avions de chasse n’avait pas été abordée lors de l’entretien trilatéral à Paris, bien que l’hypothèse de la livraison de Mirage 2000 soit évoquée par certains experts.
Les pays occidentaux ont, pour l’instant, exclu de fournir des avions à Kyiv par crainte d’une escalade avec Moscou. La Grande-Bretagne a toutefois annoncé mercredi qu’elle souhaitait commencer à former des pilotes de chasse ukrainiens dès que possible.
Emmanuel Macron a déclaré pour sa part que les échanges avec Volodimir Zelensky s’étaient concentrés sur les équipements qui peuvent être fournis rapidement à l’Ukraine, alors que l’armée russe semble avoir lancé une nouvelle offensive visant à s’emparer de l’ensemble du Donbass.
« Il faut regarder ce qui est livrable à court terme. Ce qui correspond aux besoins que les Ukrainiens ont pu détailler. Il ne m’appartient pas ici de les commenter parce que c’est un plan de bataille qui appartient au président de l’Ukraine et qu’il a partagé avec nous de manière stratégique et ce n’est pas quelque chose que je vous dirai », a-t-il expliqué.
« Nous sommes prêts comme depuis le début à aider, à résister et réussir pour que les négociations puissent se tenir dans le cadre le plus utile et le plus positif pour l’Ukraine. »
ADHÉSION À L’UE
Selon un responsable ukrainien, Volodimir Zelensky souhaite notamment profiter du sommet européen pour obtenir de nouvelles livraisons de munitions.
« Il faut que le Conseil européen accélère ses livraisons à l’Ukraine », a expliqué le responsable à la condition de conserver l’anonymat. « Nous avons terriblement besoin de munitions. »
Les moyens de sortir du conflit et l’après-guerre sont également au coeur des préoccupations ukrainiennes.
A Paris, Volodimir Zelensky a discuté avec Emmanuel Macron et Olaf Scholz de son « plan de paix en dix points », a indiqué le président français.
Le président ukrainien a aussi appelé les dirigeants de l’UE à entamer rapidement les discussions en vue d’une adhésion de l’Ukraine au bloc.
« L’Ukraine fera partie de l’Union européenne, une Ukraine qui gagne », a-t-il assuré devant les députés européens.
Dans l’entourage de Volodimir Zelensky, on se dit « persuadé que la décision d’entamer les négociations en vue de l’adhésion peut être prise cette année ».
Bien que certains pays membres de l’UE souhaitent donner à l’Ukraine un signe de bonne volonté, d’autres se montrent plus prudents, soulignant que les pays faisant acte de candidature doivent remplir plusieurs critères, notamment en termes de lutte contre la corruption, avant même le début des négociations.
« L’Ukraine ne peut bénéficier d’un statut spécial par rapport à des pays comme, disons, les Balkans occidentaux, qui ont entamé le processus d’adhésion (à l’UE) et franchissent toutes les étapes », a dit un diplomate européen.
« On ne peut pas dire aux pays des Balkans : ‘Eh bien, pour entrer dans l’UE, il vous faut être en guerre’. »
(Reportage de Gabriela Baczynska et Kate Abnette, avec Andrew Gray, Sabine Siebold, Philip Blenkinsop, Bart Meijer, Charlotte Van Campenhout, Sudip Kar-Gupta et Dan Peleschuk ; version française Camille Raynaud, Jean-Stéphane Brosse et Tangi Salaün, édité par Kate Entringer et Blandine Hénault)
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