Russie et Ukraine ont discuté ammoniac et échange de prisonniers aux Emirats, selon sources
Des représentants russes et ukrainiens se sont rencontrés la semaine dernière aux Emirats arabes unis (EAU) pour examiner la possibilité d’un échange de prisonniers permettant une reprise des exportations d’ammoniac de la Russie vers l’Asie et l’Afrique via un gazoduc en Ukraine, a-t-on appris de trois sources informées de la tenue de cette réunion.
Ces pourparlers se sont déroulés sous la médiation des Emirats et sans la participation des Nations unies malgré le rôle central joué par l’organisation dans la création de couloirs maritimes permettant les exportations de produits agricoles à partir de trois ports ukrainiens de la mer Noire, ont dit les sources.
Les discussions sur l’ammoniac russe visent cependant à lever les derniers obstacles pour compléter l’accord sur les céréales, conclu en juillet et prolongé de quatre mois la semaine dernière, et atténuer la pénurie mondiale de certains produits alimentaires en débloquant les exportations aussi bien ukrainiennes que russes, ont-elles ajouté.
L’ammoniac sert à la fabrication d’engrais utilisés dans l’agriculture conventionnelle.
Des émissaires russes et ukrainiens se sont ainsi rendus le 17 novembre à Abou Dhabi, capitale des Emirats, où ils ont discuté d’une reprise des exportations d’ammoniac russe conditionnée à un vaste échange de prisonniers, ont dit les sources.
Reuters n’a pu déterminer dans l’immédiat si ces pourparlers avaient débouché sur des progrès.
Les ministères des Affaires étrangères des EAU, de Russie et d’Ukraine et les ministères russe et ukrainien de la Défense n’ont pas répondu aux demandes de commentaire de Reuters.
Interrogé sur l’implication ou non de l’Onu dans ces discussions, un porte-parole de l’organisation a refusé de s’exprimer.
ZELENSKY A POSÉ DES CONDITIONS
Le projet envisagé consisterait à acheminer l’ammoniac russe via un gazoduc existant, conçu pour transporter jusqu’à 2,5 millions de tonnes d’ammoniac par an de la région russe de la Volga jusqu’au port ukrainien de Pivdennyi, appelé Youjne en russe, près d’Odessa sur la mer Noire, où il serait chargé sur des navires à destination de clients internationaux.
Ce gazoduc a été fermé après l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dans le cadre de ce que Moscou qualifie d' »opération militaire spéciale ».
Les exportations d’ammoniac ne sont pas concernées par la prolongation de l’accord sur les couloirs maritimes à partir de ports ukrainiens de la mer Noire.
Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced) et médiatrice dans les négociations sur les engrais, a exprimé son optimisme la semaine dernière sur la possibilité pour la Russie et l’Ukraine de conclure un accord sur les exportations d’ammoniac russe via ce gazoduc. Elle n’a pas précisé les raisons de son optimisme.
Le président ukrainien Volodimir Zelensky a publiquement posé plusieurs conditions à la reprise des exportations russes d’ammoniac via son pays, parmi lesquelles un échange de prisonniers et la réouverture du port de Mykolaïv.
Ni la Russie ni l’Ukraine n’ont publié de chiffres officiels sur le nombre de prisonniers capturés depuis le début du conflit. Volodimir Zelensky a déclaré le 29 octobre que la Russie en avait libéré 1.031 depuis mars.
Denis Pouchiline, dirigeant prorusse de la région ukrainienne de Donetsk, a déclaré que la Russie et l’Ukraine allaient échanger ce jeudi 50 prisonniers chacun.
La Russie et l’Ukraine ne fournissent quasiment plus d’informations sur leurs éventuels pourparlers directs depuis l’échec de discussions sur un cessez-le-feu dans les premières semaines de l’invasion russe.
Les efforts des Emirats s’inscrivent dans la continuité de la médiation entreprise par l’Arabie saoudite, qui a enregistré en septembre un succès diplomatique en obtenant la libération par la Russie de combattants étrangers capturés en Ukraine.
Comme l’Arabie, les Emirats font partie du cartel pétrolier Opep+ auquel participe la Russie. Ils ont maintenu de bonnes relations avec Moscou malgré les pressions occidentales.
Leur président, Mohammed ben Zayed al Nahyan, s’est rendu le mois dernier à Moscou où il a discuté avec son homologue russe Vladimir Poutine de la possibilité d’une médiation émiratie au sujet de l’ammoniac russe, ont dit deux des sources.
(Reportage Aziz El Yaakoubi à Ryad, Pavel Polityuk à Kyiv et Jonathan Saul à Londres, avec Jonathan Spicer, version française Bertrand Boucey, édité par Sophie Louet)
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