Renault-Une forte hausse des ventes éclipsée par l’effet Tesla
La forte hausse du chiffre d’affaires de Renault au premier trimestre grâce à un rebond de ses ventes en volume et au maintien d’un fort effet prix a été éclipsée jeudi en Bourse par les craintes d’une guerre des prix sur l’électrique dans le sillage de Tesla.
Le spécialiste californien de l’électrique baisse régulièrements ses tarifs, et le prix catalogue de départ de sa Model 3 est maintenant au niveau de celui de la nouvelle Mégane (42.000 euros), l’un des modèles électriques phare de Renault.
Vers 10h30, l’action du groupe au losange perd près de 7%.
« Les résultats et la publication étaient bons », commente Oddo. « C’est Tesla qui pèse avec le message que l’agressivité sur les prix devrait continuer, alimentant les craintes de guerre de prix. »
L’ensemble du secteur automobile est lui aussi sous pression et l’indice des valeurs européennes du compartiment recule de près de 3% à la même heure.
Tesla a publié mercredi soir une marge brute au premier trimestre inférieure aux attentes, dans le sillage de sa campagne de baisses des prix. L’action du constructeur dirigé par Elon Musk reculait de plus de 6% dans les transactions électroniques avant l’ouverture de la Bourse de New York.
Au cours d’une téléconférence avec les analystes, le directeur financier Thierry Piéton a assuré que Renault, qui a confirmé son objectif d’une marge opérationnelle d’au moins 6% en 2023, ne se lancerait pas dans une bataille sur les tarifs.
« Il n’y a pas grand intérêt à se mettre à réduire les prix et à détruire les valeurs résiduelles, et à s’engager dans une spirale comme celle que suivent certains de nos concurrents », a-t-il affirmé.
« Si la conséquence sur le court terme est une légère baisse des volumes, ainsi soit-il », a-t-il ajouté.
Thierry Piéton a reconnu qu’en janvier et février la demande pour les modèles électriques s’était un peu tassée, conséquence d’une baisse des aides publiques dans plusieurs pays, mais il a souligné que la demande en mars avait été vigoureuse.
La stratégie du groupe consiste à travailler sur les coûts et à améliorer à la marge les termes de ses offres de financement, a poursuivi Thierry Piéton, qui juge le tarif actuel de la location longue durée de la Mégane – entre 300 et 400 euros par mois – suffisamment compétitif.
CHIFFRE D’AFFAIRES SUPERIEUR AUX ATTENTES
Soutenu par les lancements récents de la Mégane – 11.000 ventes au premier trimestre – mais aussi du Dacia Jogger et des Renault Arkana et Austral, le constructeur automobile français a vu ses ventes unitaires rebondir de 14,1% sur les trois premiers mois de l’année à 535.000 véhicules, après quatre années consécutives de baisse, donnant un chiffre d’affaires de 11,498 milliards.
Ce chiffre est supérieur à un consensus d’analystes de 11,076 milliards d’euros fourni par Renault.
« Le groupe poursuit sa politique commerciale centrée sur la valeur en optimisant sa politique de prix et de remises commerciales, et en se concentrant sur les canaux les plus rentables », a déclaré Thierry Piéton, cité dans un communiqué.
L’effet prix est resté fort à 9,4 points et l’effet mix produit, reflet lui aussi de la montée en gamme lors des lancements, a progressé pour atteindre 5,2 points.
« Le portefeuille de commandes élevé à fin mars et tous les lancements à venir continueront de soutenir l’activité commerciale du groupe », a-t-il ajouté. L’année 2024 constituera ainsi un des points d’orgue du renouvellement produit du groupe avec l’arrivée du nouveau Scenic électrique, de la très attendue R5 et du nouveau Dacia Duster.
Renault s’attend ainsi à ce que son portefeuille de commandes en Europe se maintienne au-dessus de deux mois tout au long de l’année, après un nouveau record de 3,3 mois de ventes à fin mars.
Le chiffre d’affaire du trimestre n’inclut plus les activités industrielles russes, déconsolidées après leur vente dans le sillage de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
(Gilles Guillaume, avec Lucy Raitano et Clément Martinot, édité par Camille Raynaud et Blandine Hénault)
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