Nouveau coup dur pour Credit Suisse, contraint de changer de président
par Anshuman Daga et Oliver Hirt
SINGAPOUR/ZURICH (Reuters) – Credit Suisse continue de travailler à la refonte de sa stratégie, a déclaré lundi son nouveau président, Axel Lehmann, nommé dimanche soir après la démission inattendue d’Antonio Horta-Osorio, après des infractions aux règles sanitaires liées à la pandémie de COVID-19.
Antonio Horta-Osorio était arrivé il y a moins d’un an à la tête de la deuxième banque suisse avec pour mission de réparer les dégâts causés par la faillite du fonds d’investissement Archegos et celle de la société de crédit britannique Greenshill Capital, alors que le groupe était déjà affaibli par le départ en 2020 de Tidjane Thiam de la direction générale à la suite d’un scandale d’espionnage de salariés.
Les dossiers Archegos et Greenshill se sont soldés par plusieurs milliards d’euros de pertes et le limogeage de plusieurs cadres. En novembre, Antonio Horta-Osorio a présenté une nouvelle stratégie visant entre autres à mieux encadrer les équipes de banque d’investissement et à rompre avec une culture d’entreprise jugée trop laxiste.
« La stratégie n’est pas remise en cause », a dit lundi Axel Lehmann, jusqu’ici membre du conseil d’administration, lors d’un entretien téléphonique accordé à Reuters.
En Bourse, l’action Credit Suisse perdait 1,84% en matinée après ces annonces.
Le conseil d’administration avait mandaté une enquête interne après les révélations sur le comportement d’Antonio Horta-Osorio, qui a enfreint à deux reprises les obligations d’isolement liées à la pandémie en 2021.
« Je regrette que certaines de mes actions aient entraîné des difficultés pour la banque et compromis ma capacité à la représenter en interne et en externe », a déclaré Antonio Horta-Osorio dans un communiqué.
« Je pense donc que ma démission est dans l’intérêt de la banque et de ses parties prenantes à ce moment crucial », a-t-il ajouté.
Axel Lehmann, de nationalité suisse, a travaillé dix ans pour UBS, la grande rivale helvétique de Credit Suisse, et près de 20 ans pour l’assureur Zurich Insurance Group. Il a déclaré lundi qu’il n’avait pas l’intention d’engager des transformations d’ampleur au sein du groupe.
« QUEL GÂCHIS ! »
Il a assuré que les activités se portaient bien en dépit des dernières péripéties traversées par la banque et qu’aucune refonte des équipes dirigeantes n’étaient en préparation, ajoutant que le directeur général, Thomas Gottstein, était un élément « central » pour le groupe.
Le conseil d’administration a jugé que le moment était venu pour Antonio Horta-Osorio de partir, a-t-il expliqué.
« Nous avons conclu au cours du week-end – et il y a lui aussi réfléchi – que mettre un terme à cette histoire était tout simplement ce qu’il y avait de mieux à faire dans son intérêt mais aussi surtout pour la banque, et donc il a démissionné. »
Reuters avait rapporté le mois dernier qu’Antonio Horta-Osorio avait assisté en juin à la finale du tournoi de tennis de Wimbledon alors qu’il aurait dû respecter une période de quarantaine.
Le président de Credit Suisse avait également enfreint les restrictions liées à la pandémie de coronavirus lors d’une visite en Suisse au mois de novembre, en quittant le pays alors qu’il devait respecter 10 jours d’isolement, avait reconnu la banque.
« L’ironie de l’histoire, c’est qu’Horta avait été recruté pour réparer les dégâts subis par la réputation de Credit Suisse et refonder la culture de la banque en matière de prise de risque », a commenté lundi Justin Tang, responsable de la recherche de la société de conseil en investissement United First Partners à Singapour.
En interne, le remplacement contraint du président représente un nouveau coup au moral pour une partie des salariés.
« Quel gâchis ! Encore une fois, nous faisons les gros titres pour une mauvaise raison », a dit un spécialiste de banque privée qui a requis l’anonymat car il n’est pas autorisé à parler à la presse.
« En attendant, nous allons être paralysés pendant un an, en attendant la nouvelle stratégie du nouveau patron ! »
(Avec Anshuman Shivani Tanna et Maria Ponnezhath; version française Camille Raynaud et Marc Angrand, édité par Blandine Hénault)
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