L’économie pourrait déjà être dans le scénario « défavorable », selon Dolenc
par Balazs Koranyi
LJUBLJANA, 1er avril (Reuters) – L’économie de la zone euro pourrait déjà avoir basculé dans le scénario « défavorable » décrit par la Banque centrale européenne (BCE) dans le cadre du conflit au Moyen-Orient, a déclaré mercredi Primoz Dolenc, membre du comité de politique monétaire de l’institution.
En mars, l’inflation dans le bloc monétaire a dépassé l’objectif de 2% de la BCE sous l’effet de la hausse des coûts de l’énergie liée à la guerre en Iran.
Face au conflit qui bouleverse les perspectives économiques et d’inflation, la BCE a esquissé le mois dernier des hypothèses alternatives à son scénario de référence, impliquant une inflation plus élevée et plus durable et un impact plus important sur la croissance.
« Mon impression personnelle est que le scénario de référence ressemble davantage à un scénario optimiste pour l’avenir et que le scénario défavorable actuel a plus de chances de devenir notre prochain scénario de référence », a déclaré Primoz Dolenc lors d’un entretien à Reuters.
Le scénario « défavorable » de la BCE suppose qu’au deuxième trimestre, 40% des flux de pétrole et de GNL transitant par le détroit d’Ormuz – objet d’un blocus de l’Iran – seraient perturbés sans dommages majeurs causés aux infrastructures énergétiques (au-delà de ceux déjà observés). « Il en résulterait une hausse significative des prix des matières premières et une accentuation temporaire de l’incertitude sur les marchés financiers », décrit la BCE, qui prévoit dans cette hypothèse un prix du pétrole à près de 120 dollars au deuxième trimestre.
Le scénario « adverse » prévoit une perturbation plus intense et prolongée avec un choc sur l’offre d’énergie plus important, qui porterait les cours du brut à près de 150 dollars le baril.
Une telle détérioration des perspectives, liée à la prolongation du conflit, risque d’inciter les entreprises et les ménages à revoir à la hausse leurs anticipations de prix et de salaires, déclenchant ainsi des effets dits de second tour susceptibles d’alimenter un cercle vicieux d’inflation.
« Les effets de second tour pourraient se faire sentir plus rapidement que lors de notre dernier épisode inflationniste », a estimé Primoz Dolenc. « Les particuliers et les entreprises se souviennent encore du pic inflationniste de 2022. Et c’est l’une de nos plus grandes inquiétudes. »
« AGIR AU PLUS TÔT »
Les marchés monétaires anticipent désormais entre deux et trois hausses de taux de la BCE cette année, la première étant déjà pleinement intégrée d’ici juin.
Selon Primoz Dolenc, la BCE ne doit pas réagir à la flambée des prix à court terme mais être prête à agir si l’inflation des prix de l’énergie commence à se propager à d’autres biens et services ou si les revendications salariales se renforcent.
« S’il y a des signes indiquant que la hausse des prix de l’énergie se répercutera assez rapidement sur d’autres secteurs de l’économie et que les anticipations d’inflation augmenteront rapidement en raison de l’effet mémoire, alors nous devrons envisager d’agir au plus tôt, notamment pour préserver notre crédibilité », a déclaré Primoz Dolenc.
Certains responsables de la BCE, comme le président de la Bundesbank Joachim Nagel ont déclaré qu’une hausse des taux dès avril était envisageable. Mais d’autres, dont Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, et Christodoulos Patsalides, gouverneur de la banque centrale chypriote, ont mis en garde contre une action trop rapide.
« Nous ne pouvons pas dire aujourd’hui si nous aurons suffisamment d’informations d’ici le 30 avril », date de la prochaine réunion de politique monétaire de la BCE, a déclaré Primoz Dolenc. « Si nous n’avons pas suffisamment d’informations, il serait probablement préférable d’attendre juin, date à laquelle nous disposerons de projections actualisées pour les trois prochaines années. »
Mais si la guerre semble devoir perdurer, que la hausse des prix de l’énergie risque de se propager à l’ensemble de l’économie et que les anticipations d’inflation augmentent, la BCE pourrait devoir intervenir dès ce mois-ci, a-t-il ajouté.
« Nous ferons assurément tout notre possible pour ramener l’inflation à notre objectif de 2% à moyen terme. »
(Reportage Balazs Koranyi, version française Blandine Hénault, édité par Augustin Turpin)
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